‹ Sous les mers; campagnes d'explorations du "Travailleur" et du "Talisman,"Chapitre 46 sur 99 · DÉPART DU «( TRAVAILLEUR · texte numérisé non relu

DÉPART DU «( TRAVAILLEUR

; est arrivé au fond : le fait est constaté avec la - plus grande précision, aussi bien par l’arrêt subit du déroulement que par la secousse que reçoit l'appareil en touchant le fond et qui se transmet instantanément à bord, avec une incroyable net- teté. Le compteur accuse 420 mètres.

Le sondeur, rendu à bord, rapporte dans la vase que renferme le godet un assez grand nombre de petits Crustacés, des Mysis. Le fait est assez remarquable; la capacité du récipient étant fort restreinte, il faut qu'il y ait sur le fond une grande abondance de ces animaux; de plus il est encourageant.

Un premier dragage est décidé, à 3 h. 35; on mouille une drague en filant 600 mètres de fune; elle reste à l’eau pendant 1 heure, et à son retour à bord il est aisé de voir qu’elle n’a pas touché le fond.

Un second sondage est exécuté : cette fois il indique une profondeur de Io19 mètres. Ce chiffre nous indique d’abord que nous avons trouvé ou à peu près le point que nous cherchions; ce qui me rassura, car le premier métrage avait été reçu avec quelques sourires; le doute avait commencé à s'emparer des esprits, qui ne pouvaient se faire à l’idée que des abimés existaient en vue de terre. Il expliquait également ce qui nous était arrivé; pendant l'intervalle qui s'était écoulé entre . le premier sondage et la mise à l’eau de la drague . nous avions dépassé le fond de 400 mètres et

l’instrument avec 600 mètres de fune était resté suspendu à 419 mètres du fond.

A 4 h. 48, la drague est immergée de nouveau avec un poids de 100 kilogrammes fixé à 200 mètres en avant d'elle; on file 2000 mètres de fune.

À 5 h. 42, on commence à la relever, elle se retrouve à bord à 7 h. 45, et cette fois elle est si pleine que la vase en déborde. Mais la nuit est venue, nous faisons route pour aller coucher en rade de Saint-Sébastien. Pendant ce temps on vide le contenu de la drague dans des bailles.

Le lendemain, de fort bonne heure, tout le monde est debout, pressé de voir ce qui avait été ramené du fond. On s’empresse de procéder au lavage et au tamisage de la vase.

Le premier animal qui se présente est une

Calveria. Singulière particularité, ce genre si curieux d’Échinide, trouvé pour la première fois à bord du Porcupine, fut dédié au capitaine Calver, qui le commandait. Celui que nous venons de rencontrer paraît appartenir à une espèce nouvelle; ceci nous permet de donner lieu à un heureux rapprochement, en dédiant les prémices de nos récoltes au capitaine du Travailleur. Ce bel animal fournira ainsi l’occasion de réunir scientifiquement les noms des deux marins qui auront commandé, l’un l'expédition anglaise, l’autre l'exploration française, puisque l’organisme portera les noms de Calveria Richard.

= Nous avions lieu de nous féliciter : on aurait

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pu dire que nous étions servis à souhait, car bien d’autres espèces inédites se montrèrent. |

Un Mollusque surtout fort remarquable mérite une mention particulière. Il fut d’abord pris pour le Mytilus incurvatus par M. Jeffreys, mais c’était bien une espèce nouvelle, et des plus belles, qui porte aujourd’hui le nom de Mytilus luteus (fig. 11). Indépendamment des brillantes couleurs de son épiderme, il montrait un byssus fort particulier sus-

ceptible en s'épanouissant de former une base assez

large qui s'implante dans la vase et qui supporte le mollusque en dessus d’elle, exactement comme un chevelu de racines pour certaines plantes.

Le 19 au matin, nous reprenons la mer; c’est > D

peut-être un peu trop dire, car nous ne nous éloi-

gnons guère de la côte. Est-ce en effet prendre la mer, lorsqu'on ne perd pas la terre de vue?

À 6h. 35, nous trouvions le fond par 331 mètres. Les fils de fer au moyen desquels les poids destinés à alourdir le sondeur sont maintenus y attenant jusqu’à ce qu il ait atteint le fond et ne s’étant pas déca-

- pelés, l'appareil revient à bord avec sa surcharge.

À 7 h. 20, la sonde n’accuse plus que 224 mètres; fond de sable vasard de couleur jaunâtre. Nous

obtenons successivement 573 mètres, 374, 618,

- . À ce brasseyage, on mouille la drague en filant

1250 mètres de fune. Nous nous apercevons aisément qu’elle a rencontré un fond très inégal sur

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lequel elle travaille péniblement; les tensions de

l'accumulateur, les secousses brusques que reçoit le treuil de déroulement accusent parfaitement tous les efforts que fait l'instrument.

À 3 heures du soir, on le rentre à bord, ne contenant guère que le cinquième de sa capacité; mais, sur ce fond dur, nous avions recueilli pas mal d’animaux nouveaux pour la faune du golfe, aussi bien que plusieurs espèces inédites.

A 4 h. 15, ayant sondé, nous nous trouvons par

1670 mètres. Nous dépassions déjà le maximum

indiqué comme profondeur des dépressions. Cette fois on fixe, sur une ligne de sonde en chanvre, des fauberts, des balais de bruyère et on file pour en faire l’essai. Cet appareil, rentré à bord, nous apporte des Crustacés, des Échinides et une énorme quantité d’un Rhizopode Arénacé rameux, le Rhabdammina (fg. 12), qu’il est bien difficile de dégager des filaments des fauberts, ceux-ci en retenant les

branches enchevètrées. Celui que nous trouvons.

ainsi appartient à une nouvelle espèce.

A 10 heures du soir on sonde encore une fois; le fond est à 490 mètres; c’est la dernière opération

de la journée.

Le 20, à 1 h. 30 du matin, — on doit remarquer

que le commandant Richard ne donnait guère de repos aux instruments, — par 43° 31' 5” de latitude N. et 5° 9° 25” de longitude O., la sonde

ie oi west VPMRAUEVES

accusait 123 mètres. À $ h. 20, nous nous trouvions par 43° 36° 45” lat. N.et s° 23! $” long. O.:

la profondeur est de 703 mètres. Un peu plus d’une heure après, par 43° 41' 15” lat. N. et s° 22! long.

Fig. 12 et 13. — ARÉNACÉS.

Fig. 12. Rhabdammina À bys- Fig. 13. Rhabdammina sorum, Sats. major, de Folin.

O., nous arrivions sur des fonds bien autrement

bas situés et qui distançaient considérablement ceux - qu’onnous avait indiqués : nous nous trouvons par - 2450 mètres. La position de ce point n’est peut- - être pas parfaitement déterminée, la terre était - embrumée, et elle n’a pu être obtenue que par un seul relèvement et par l’estime. À 10 heures, c’est un peu plus bas encore que se trouve le fond : nous trouvons 2651 mètres.

DE FoLiN. — Sous les mers. 8

À 10 h. 22, on mouille la drague et on la laisse travailler jusqu'à midi 55. À ce moment, on commence à-la relever; 2900 mètres de fune avaient été filés sur la grande drague et 3000 sur une petite qui avait êté mise à l’eau un peu après la première. Un poids de 75 kilogr. était placé à 100 mètres de celle-ci et un de 40 à 20 mètres de la seconde. À 3 heures, ces enginsrentraient à bordnousrapportant une belle récolte d’espèces intéressantes et d’animauxencoreinconnus,aunomr bre desquels un curieux Rhïzopode Globigérinacé (fig. 14).

Parmi les Crustacés, il en est "

quelques-uns qui sont aveu- À

oles. 4

# Ash.rsdusoir,par43°30!

Fig. 14. — Globigéri- lat. N. et 5° 37' 35° long-O., < nacé : Rheophaxopsis nousavonsremontéunepente; elegans, de Folin. ; S É ce qui le montre c’est que la profondeur n’est plus que de 984 mètres. 3 Nous nous dirigeons sur Santander. Vers 9 heures F

et demie, la nuit étant assez obscure, un pêcheur, se donnant comme pilote, nous accoste et monte à bord. Le croyant sur parole, le commandant se fie « à lui et le laisse diriger le navire. Qu'il fût incapable £ ou qu’en raison de lobscurité il ne pût reconnaître « les remarques, le maladroit nous échoue sur un des « bancs de sable qui rendent assez incommode le

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