‹ Sous les mers; campagnes d'explorations du "Travailleur" et du "Talisman,"Chapitre 45 sur 99 · DÉPART DU « TRAVAILLEUR · texte numérisé non relu

DÉPART DU « TRAVAILLEUR

des effets d’un cataclysme, répandant l’épouvante

. et la destruction sur tout ce qui en approchait.

Selon lui, malheur au navire qui se trouvait à sa portée, il l’attirait et l’abimait sous ses immenses vagues d’eau mélangée de sable. Son récit était positivement terrifiant, et nous comprenons fort

bien que de semblables descriptions, faites par des

marins venus à Bayonne et qui exagéraient peutêtre un peu par vanité les périls qu’ils croyaient de bonne foi avoir courus en franchissant la barre, aient fait à ce port une aussi terrible réputation.

Il est certain que lorsque, de terre, on voit s'élever ces lames monstrueuses de hauteur, qui s’avancent mugissantes jusque sur le point diffcile, pour s’y abattre en déferlant presque verticalement avec un horrible fracas, un tel spectacle

vous saisit. On ne peut s'empêcher de ressentir une vive ‘épouvante, en songeant à ce qui se pas-

serait sur un navire, poussé par elles, engagé et tourmenté par ses tourbillonnements, étreint par ses masses, soulevé par son mouvement d’ascension, puis retombant avec la volute qu’elle produit en déferlant. Mais elle n’est pas toujours en semblable état, et ce qui change tout à fait la situation d'autrefois, c’est que les difficultés qu’elle présentait ont à peu près disparu. D’une part, de remarquables travaux ont servi à atténuer ses violences; puis c'est que si, au vieux temps, les voiles n'avaient comme auxiliaires pour franchir la barre que les embarcations des lamaneurs, elles ont

aujourd'hui la vapeur, et qu’avec un puissant remorqueur les difficultés disparaissent, à plus forte raison s’il s’agit d’un bâtiment à vapeur.

La mer s’ouvre toute large devant le Travailleur, mais ce n’est point vers l’ouest que nous avons

affaire. Sur bâbord nous restent le mont Jaïz-.

guibel avec la Bidassoa, Fontarabie et le cap Figuier à ses pieds, puis l’entrée du Passage et la côte du Guipuzcoa. C’est dans cette direction que nous faisons route, car c’est par là que nous devons rencontrer le point signalé par notre pêcheur de Guethary.

A 1h. 59, le commandant fait stopper; nous jetons un coup d'œil en arrière et nous apercevons les terres françaises, qui commencent à s’estomper. Les contours des collines qui des rivages s’élèvent graduellement vers les massifs de l'Oursouïa, du Mondarrain et d'Hartzamundy, tendent à s’effacer, pour se noyer dans un fond de vapeurs bleues; encore quelques instants et elles se confondent dans un tout d’une teinte violacée sur lequel se détachent cependant fort distincte-

ment les flèches de la cathédrale de Bayonne. Le

panorama est vraiment splendide et mérite qu’on s'arrête à l’admirer.

Nous allons sonder, et cela avec le fil d'acier,

la corde à pianos, dont 6000 mètres sont enroulés sur un petit touret armé d'un compteur. C’est une épreuve, car rien de l'outillage n’a encore été essayé. Il se déroule parfaitement, et le sondeur

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