‹ Sous les mers; campagnes d'explorations du "Travailleur" et du "Talisman,"Chapitre 49 sur 99 · LEE L · texte numérisé non relu

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pat M. Richard, qui sans relâche s’occupait d'ap-. - porter quelques améliorations aux méthodes employées. Celle-ci réussit parfaitement; les dragues revinrent pleines sans s’être immédiatement enfoncées dans la vase; elles purent en glissant labourer la surface sans être gènées par les fauberts, qui de leur côté balayèrent les points sur lesquels les dragues ne portaient pas; en somme le système nous rapporta de très nombreux spécimens.

D'abord deux poissons très remarquables; l’un des deux avait, en arrivant, les yeux démesurément gonflés, résultat de la différence entre la pression du fond et celle de la surface. De beaux Crustacés, des Mollusques, des Annélides, des Échinides, des Zoophytes, des Rhizopodes réticulaires, Trioxeia Edwardsi (fig. 16) et Dioxeia Richardi (Gg. 17), entièrement composés de fragments de spicules, etc. Nous nous abstenons de nommer ceux qui furent tout d’abord reconnus; la liste en serait trop longue et sans grand intérêt pour notre récit, puisqu’elle doit trouver sa place ailleurs. | A 2h. 32, la sonde ne donne plus que 306 mè- « tres. On prépare le grand chalut; nous n’avons pas encore essayé de cet engin. Comme on peut le remarquer, rien n’est négligé pour obtenir l’exploration des fonds aussi parfaite qu’il est permis de pouvoir le faire, car il faut bien se résigner, quels = que soient les efforts et les instruments, on ne fait qu’enlever une goutte, un atome à l'Océan. Qu'on juge de ce qui reste à faire! Le chalut, «

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mouillé à 3 h. 10, travaille pendant une heure sur le fond; il faut une demi-heure pour le relever.

* En arrivant à la surface, il se présente parfaitement,

ce qui prouve qu'il a bien fonctionné. La meilleure preuve cependant c’est qu’il contient une assez grande quantité de poissons d'espèces assez communes, Soles, Platissias, Trigles, Merlans, Raïes, etc.; des Crustacés; parmi les Mollusques, un bel exemplaire de l'Avicula Tarentina, un Isocardia cor ; quelques Coralliaires; enfin, une centaine, au moins, d'Holothuries de grande taille, élégamment colorées par de belles nuances vermillon. Elles appartiennent à deux espèces, l’une qui est nouvelle, la seconde qui est méditerranéenne, Remarquons que, si on parlait à nos pêcheurs au chalut d'opérer par. 300 mètres, ils trouveraient la chose tellement surprenante qu’ils pourraient croire qu'on se moque d’eux, et cependant nous irons avec ce filet bien plus profondément encore.

À 7 heures du soir, la sonde indique une profondeur de 564 mètres; on mouille de nouveau le chalut; il n’est de retout à bord qu’à 11 h. 23.

La nuit est très obscure. De nombreux fanaux, une vingtaine au moins, éclairent aussi bien qué possible tout le gaillard d’arrière du Travailleur cependant, aussitôt que le filet paraît au-dessus du couronneinent, il semble non seulenient vaguenent lumineux, mais on dirait qu’à certains ins-: tants il projette des lueurs. Est-ce une illusion, est-ce le reflet des fanaux? Non, le fait est très

réel et s'explique bientôt. Le premier des animaux que l’on retire de l'appareil est un superbe Gorgonien, une magnifique Isis, ayant près d’un mètre de haut; il s’en trouvait plusieurs échantillons, qui furent portés dans le laboratoire, dont la lampe fut enlevée, et il nous fut permis de jouir du magnifique spectacle que présentait la lumière produite par ces animaux. Que d’hypothèses s'accumulent en contemplant un pareil phénomène! que de questions à résoudre ! et si on permet à la pensée de se laisser entraîner par le courant, elle pénètre, mais en vain, dans ce dédale mystérieux dont il n’est pas permis de connaître les détours. Assurément, bien des suppositions se présentent à l'esprit, mais connaîtra-t-on la vérité sans aller y voir? En ceci encore une source de méditations; et qu'on ne s'en étonne pas. Ne sommes-nous pas en position d’avoir à chaque instant sous les yeux des spectacles merveilleux qui comportent souvent de mystérieuses énigmes, des faits inexpliqués, que l'esprit sonde, sans qu’il lui soit donné de toujours en trouver le fond. Le ciel, la mer si profonde, si riche en créatures, le calme, la tempête et le dernier mot de toutes ces choses, Dieu !

Le 30 juillet, à minuit 35, on procède à un nouveau sondage; c’est le soixante-dixième; le fond se trouve à 1700 mètres. On mouille le chalut et on file 2600 mètres de fune. C’est sur de la vase molle qu'il a trainé, car elle s'échappe encore par les

mailles lorsqu'il arrive à la surface; il en résulte qu'une grande partie du butin s’est perdue pendant Ja remonte, mais ce qui reste est d'autant plus précieux que nous pouvons en tirer un utile enseignement. Cette opération prouve en effet qu’il est possible de se servir avec fruit de cette sorte de filet, même dans les profondeurs les plus considérables; elle à donc une valeur réelle à ce point de vue. ;

À 10 h. 33 du matin, la sonde indique 1143 mètres. La vergue garnie de dragues, de fauberts et de balais est mise à l’eau; on la laisse pendant 1 heure traîner sur le fond et y travailler. Lorsqu’elle est de retour à bord, nous constatons que les résultats obtenus sont encore excellents : Crustacés, Mollusques, Annélides dont quelques Chétopodes, Échinides, etc., sont retirés en très orand nombre des instruments. Plusieurs de ces animaux paraissent appartenir à des espèces nouvelles.

À 2 h. 42 du soir, la sonde accuse 700 mètres, fond de vase; à 3 h. $1", 140 mètres, sable fin; HA 6,.1/0 mètres: à 4h67, 422 metres:

D No, 622 mètres: 45 h. 50%, 822; mètres On envoie le chalut sur ce fond ; il le racle pendant 1 heure et ramène à bord une assez bonne pêche.

À 7 h. 40, le fond est à 283 mètres; c’est de la vase que ramène le sondeur ; à 10 h. 15, on trouve du sable par 140 mètres; à 10 h. 45, le fond est à 166 mètres.

Le 31 juillet à minuit, on sonde pour la quatrevingt-huitième fois; on trouve le fond vaseux à 140 mètres; à 1 heure du matin, 142 mètres; à 1 h.35", 133 mètres; à 2 heures, 135 mètres; à 2 h. 35", 373 mètres; à 3 h. 15", 615 mètres; 2 51h50 130 mètres,sable ; à $ heures, 133 mètres; à s h.30", 135 mètres, sable vasard; à $ h. 50", 437 mètres, vase molle; à 6 h. 20", 246 mètres, sable vasard; à 6 h. 40", 144 mètres, à 7 h. 7”, 574 mètres: à 7h. 33",135$ mètres, sur dela vase; à 8 heures, 272 mètres; à 8 h. 35", 276 mètres, fond de roches; à 9 h. 10", 144 mètres, sable et roches: à 10 heures, 327 mètres, même fond; à 10 h. 45", 435 mètres.

C’est sur ce fond que l’on envoie la vergue garnie; elle y travaille pendant trois quarts d’heure, et son labeur a été rude, car une des petites dragues

manque au retour à bord; elle est sans aucun doute restée accrochée sur quelque pointe de roche. Les .

autres engins nous rapportent une bonne pêche et nous y reconnaissons la faune de la Fosse de Cap- Breton, les mêmes Crustacés, Annélides, Mollusques, Brachiopodes, etc., ce qui n’a rien d’étonnant, car nous nous trouvons en dedans de ses limites. |

A 4h. 15 du soir, on mouille par 337 mètres la grande drague, en filant 800 mètres de fune; le travail paraît dur, si dur et les efforts de la fune sont tellement violents qu’il est nécessaire de faire fréquemment machine en arrière pour diminuer la

force de la traction. Cependant lorsqu'elle est de retour à bord, la drague n’est qu’à moitié pleine; elle a dû, en rencontrant des aspérités, être chavirée en les franchissant. Les animaux qu’elle ramène sont, comme ceux du précédent dragage, plus particuliers à la Fosse de Cap-Breton qu'aux grandes profondeurs de la côte d’Espagne. Le point où nous nous trouvons fait encore partie du régime de la Fosse. Nous retrouvons en effet, dans la récolte, les Mollusques que lon peut regarder comme caractérisant la faune de cette dépression, tant ils y sont abondants; ce sont : le Nassa semistriata, le Dentalium gracile, le Dischides bifissus, ’'Odostomia conoïdea. Et, parmi les Vers, les Sfernaspis, si communs en ces lieux qu’on les ramène à profusion de 300 à 600 mètres au bas du Champ des Vaches, enfin les Pectinaria. En retrouvant ces animaux que nous avons l'habitude de voir depuis plus de dix ans dans la plupart de nos dragages, nous ne pouvions mettre en doute qu'ils étaient pris sur un point de la Fosse trop éloigné de terre pour que nous ayons poussé jusque-là. C’était donc une importante constatation que nous venions de faire et qui était cherchée par M. Richard ; elle confirmait en outre l’assertion du pêcheur de Guethary, qui m'avait assuré que le ruisseau (c’est ainsi qu’il appelait la grande profondeur qu'il m’indiquait) devait se trouver dans le nord du cap Figuier, puis remontait pour rencontrer celles de la Fosse de Cap-Breton.

Nous faisons route pour nous retrouver vers le point de départ de cette dépression, en suivant une direction à peu près parallèle à la côte, et, bien que nous soyons à environ 20 milles au large, nous revoyons le même panorama qu’à notre sortie de Bayonne. Vers 4 h. 30 du soir, de bons relèvements, au nombre desquels compte le sommet de la Rhune, qui se montre superbe sous des nuances variées, nous indiquent que nous ne devons pas être éloignés du point où eut lieu notre premier sondage. La sonde confirme le fait : elle nous accuse I120 imètres.

À 7 heures du soir nous procédons à notre dernière opération; le sondage porte le numéro 103, et c’est le vingt et unième dragage qui s'opère par 940 mètres au moyen de la grande drague, à laquelle on ajoute une vergue garnie de fauberts. En relevant l'appareil, la fune casse à 800 mètres de l'outil, qui reste au fond. Nous regrettons d'autant plus cette perte qu’il aurait été fort intéressant d’apprendre, par ce qu’elle aurait rapporté, s’il y a quelque relation entre la faune de ces lieux intermédiaires et celle de la Fosse de Cap-Breton, ou si déjà, presque sans transition, on y trouve celle de la côte cantabrique.

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