LES GRANDS FONDS DE LA MÉDITERRANÉE
À quelle cause peut-on attribuer un fait qui est en si complète contradiction avec ce que l’on a également constaté ailleurs ?
Le problème à résoudre est intéressant et mérite que de sérieuses études soient faites à son
sujet; mais, en attendant qu’elles en donnent la solution, nous espérons que quelques indices ré-
. dans les eaux des cuvettes où leur accumulation
vélateurs pourront être obtenus par l’analyse chi-
mique des échantillons rapportés de ces fonds. Nous l’espérons, par ce motif que nous pensons que cette cause pourrait bien tenir à ce que la Méditerranée, en grande partie au moins, repose sur un sol volcanique, que sans doute la couche qui la sépare des feux souterrains est non seulemen poreuse, mais peut-être criblée de fissures et surtout fort peu épaisse.
On en trouve une preuve dans la fréquence des éruptions, qui, à certaines époques, font tout à coup surgir des îlots, des terres, qui ne sont er réalité que des boursouflures dont la croûte est si peu solide que leur existence n’est qu’éphémère
. et qu’elles s’affaissent bientôt. Simples soulève-
ments de la surface du sol, ils montrent combien celui-ci doit être mince.
Il est donc fort présumable que cette couche relativement faible se pénètre par les fissures d’infiltrations de gaz meurtriers, qui incessamment
- amenés et poussés se trouvent ainsi chassés jusqué
rend celles-ci impropres à la vie; que les couches DE FoLIN. — Sous les mers. II
sont d'autant plus facilement imprégnées que la profondeur est plus grande, puisqu’alors elles pourraient bien être d'autant moins épaisses; que ces gaz ne peuvent s'échapper des fonds qu’à mesure que leur condensation est assez considérable pour qu’elle ait acquis une force élastique suffsante, capable de vaincre l’énorme pression sous laquelle ils se réunissent, et alors seulement qu'un courant ascendant ait pu ainsi se produire. L’épanchement dans la masse générale des eaux s’opère d’abord, puis ensuite a lieu la diffusion dans Pair.
S'il en est ainsi, nous pouvons croire que les vases qui tapissent les fonds de ces grandes profondeurs étant saturées des gaz toxiques, les échantillons qui en proviennent en contiendront encore et en fourniront au moins des traces à l’analyse chimique. Il est cependant à craindre qu’au contact de l'air ces principes aient totalement disparu. Ce serait donc une analyse au moins sommaire faite à
bord au moment de l’arrivée des vases qu’il serait
utile de faire.
Nous avons dit que, dans ces fonds infectés, la
vie ne se rencontre pas; cependant nous n'avons
pas voulu poser le fait d’une manière tout à fait absolue, et bien que nous n’ayons guère obtenu d’eux que des animaux morts, nous pensons cependant qu'il peut s’y trouver des animaux qui sy sont acclimatés ‘:
1. Les dragages exécutés sut les côtes de Provence et de Corse avaient produit à bord cette impression générale