‹ Sous les mers; campagnes d'explorations du "Travailleur" et du "Talisman,"Chapitre 78 sur 99 · LENS · texte numérisé non relu

LENS

Le $°, 800 mètres, même fond. Le produit dominant de la pêche consiste en Holothuries : il s’en trouve 515 dans le chalut; de magnifiques Calveria, et parmi les Mollusques des Cassidaria et des Marginelles, des Rhizopodes (Clavula, Trochammina, Titanopsis, Hormosina, Rheophaxopsis, Cristellaria).

Le 13 juillet, très beau temps, assez belle mer; au jour, un bateau à vapeur en vue. Nous nous trouvons au nord du banc d’Arguin. La journée de pêche comprend six dragages.

Le 1°, par 1013 à 1113 mètres, sur sable vasard verdâtre. Grande quantité de poissons, 49 Macrures, 46 Bathygadus, des Alepocephalus, des Halosaurus, des Bathypteroïs, 49 Calveria, un embryon de Chimére, etc., d'importants Crustacés, et, parmi les Mollusques, des Pleurotomes.

Le 2°, 888 mètres, même fond; la mer est devenue assez grosse; le chalut s’est tordu sur le fond : on y trouve une anguille (Nemychtis scolopacea).

Le 3°, 655 mètres, même fond; le câble s’est enroulé sur le chalut, cependant il rapporte des Crâstacés, Caprelles, et Gnatobhausia entre autres, des Astéries, Ophiures, etc.; pendant le dragage le fond a remonté à 175 mètres : c’est ce qui explique lenroulement du câble sur l'engin.

Le 4°, -175 mètres. Poissons, Bryozoaires, Ophiures, Alcyonaires, Éponges; en Mollusques, des Murex, Fuseaux, Troques et Pecten ; des Rhizopodes dans les tamis.

Le 5°, par 225$ mètres, même nature de fond.

Poissons, dont un grand Congre pesant 13 kilogrammes; des Crustacés, de nombreuses Comatules; en Mollusques, outre les précédents, des Tritons et des Ranelles; quelques Foraminifères.

Le 6°, par 140 mètres. Le peu de profondeur annonce Île voisinage du banc d’Arguin; les ani-

maux capturés sont les mêmes que ceux des précédents dragages de ce jour.

Dans l'après-midi, des Souffleurs se sont mon-

trés, errant tranquillement autour du Talisman.

14 juillet, à minuit 30, coucher de la lune, beau temps, jolie brise de N.-N.-E., des vents alizés, mer belle; nous nous trouvons par le travers du banc d’Arguin, le laissant par bâbord. Trois dragages.

Le 1%, de 149$ mètres à 1283. Même nature de fond qu’hier, sable vasard de couleur verdûtre. Le chalut rapporte de nombreux poissons de diverses espèces, des Astéries, des Holothuries ; en Crustacés, des Pagures et autres; parmi les Mollusques, des Lucina, des Trochus, etc.; dans les tamis, des Rhizopodes.

Le 2°, sur un fond semblable au précédent, par 1090 mètres. Poissons (Xenodermictis, etc.), Crustacés (Gnatophausia, etc.), Astéries. Pendant cette opération, la mer a changé de couleur : elle a pris une teinte vert bouteille, puis vert trouble, comme si le navire se trouvait sur de petits fonds, ce qui n'est pas, puisque le 3° dragage s’opère par 1230 à

1160 mètres, sur un fond semblable au précédent; il produit : Poissons (Xenodermictis, Chi-

mére, etc.), Crustacés, Astéries (Ophiures et autres),

un grand nombre d’Actinies; en Mollusques, des Pleurotomes.

15 juillet, très beau temps, bonne brise de N.-N.- E., mer houleuse ; trois dragages. |

Poe de 2333 à 2320 mètres. Sur un fond de

vase lécèrement grasse et verte, toujours devant le banc d’Arguin, la mer est grosse; cependant le chaiut rapporte des Astéries, parmi lesquelles se trouvent un grand nombre de Brisinga Ediwvardsur, des Comalules, des Oursins, dont un débris de Pourtalesia; en Mollusques, un Dentalium sp. nov., des Scalaria, des Limopsis, etc.

Le 3°, par 3334 mètres. Mèmes animaux qu’au dragage qui a eu lieu avant celui-ci; en plus, comme Mollusques, des Natica, Bulla, Pleuroioma. Nous pouvons sans peine retirer des tamis des exemplaires de Rhizopodes, tribu des Vaseux, dont la taille est proportionnellement gigantesque : ce sont des formes cylindriques de la grosseur du doigt, que nous avons désignés génériquement sous les noms de Myrialobos et d'Enausma.

Le 3°, par la même profondeur, donne comme résultats les mêmes animaux. Par suite des mouvements violents de roulis, le grand treuil éprouve une avarie assez sérieuse et qu'il faut nécessairement réparer avant de pouvoir poursuivre les opération d'exploration des fonds : trois dents sur

quatre de l’embrayeur de la bobine ont été brisées.

Le 16 juillet, beau temps, petite brise. Vers 1 heure du matin, le temps se couvre, la brise mollit; à 3 heures, coucher de la lune; la mer devient phosphorescente. C’est à regret que je me sers de cette expression consacrée, pensant que la lumière produite est due à un développement d'électricité chez les animalcules contenus dans les eaux. On répare activement l’avarie du treuil.

Le chômage donne lieu au puisement d’eau de mer à diverses profondeurs pour observer sa densité, soin auquel nous ne pouvons nous livrer alors que les dragages absorbent tout le temps dont nous pouvons disposer. En effet, les captures sont si nombreuses que c’est à peine s’il est possible de les préparer toutes pour les conserver dans de bonnes conditions; aussi l'examen de chacun des sujets n’est-il que fort superficiel, et rien de décisif sur leur compte ne peut être dit. Pour mieux les déterminer & posteriori, des notes sont prises, leur coloration est figurée sur des croquis, aucun soin n'est négligé; mais, on doit le comprendre, les heures s’écoulent en ces travaux, et chaque journée suffit à peine.

Les opérations de prise d’eau ont donné les résultats suivants : à 500 mètres de profondeur, densité, 25°,2; à 1000 mètres, densité, 25°,4; à 1500,:25,6:;, 42100258; 4%SD0422e

La densité à la surface était de 24°,8, la tempélature/de 2 Sos

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La température à $oo mètres de profondeur, 9°,5 ; à 1000 mètres, 6°,5 ; sur le fond, 2°,8.

Des fauberts ont été trainés sur le fond sans rien rapporter.

Le 17 juillet, beau temps, presque calme; coucher de la lune à 2h. 45. Exécuté deux dragages.

Be r*/parr 617 mètres, vase verdtre. Une grande drague est immergée au lieu du chalut; elle rapporte de la vase, des Pourtalesia, ces curieux Échinodermes, des Oursins de forme ovale, c’est-à-dire des Brissopsis, des Dentales, etc.

Le 2°, par 1550 mètres, même nature de fond, opéré avec le grand chalut : la pêche consiste en poissons, en grandes Holothuries, en nombreux Brissopsis, une Astérie nouvelle, des Dentales, des Bulles, etc. Coupé 250 mètres du câble de dragage, qui paraissaient usés et avariés par des coques.

18 juillet, beau temps, ciel nuageux, petite brise, coucher de la lune à 3 h. 30. Dans la matinée, aperçu un navire à voiles.

Un dragage par 3200 mètres, entre Dakar et l’île de Santiago de l'archipel du Cap-Vert. Résultat de la pêche : Astèries, Brissopsis, Ophiures, petites Éponges; parmi les Mollusques, des Dentales d'une espèce nouvelle, des Cassidaria, des Leda. Khizopodes dans les tamis, entre autres d'énormes

* Pelosina, mesurant plus d’un centimètre de diamètre.

19 juillet, très beau temps, mer belle; dans la matinée de nombreux Requins bleus (Carcharias

ou Prionodon glaucus) se montrent autour du navire. Vers midi un quart, un d’eux est capturé; aussitôt après sa mort, on l’étend sur deux tables juxtaposées et on le dépouille; un matelot auquel on a mis en main un couteau et un scalpel est bien vite au courant de la besogne qu’on lui impose, et il opère presque aussitôt comme s’il n’avait jamais fait autre chose. Dans l'après-midi, de grands Cachalots sont en vue, de nombreuses troupes de poissons volants se montrent de tous côtés.

Un dragage dans les mêmes parages qu’hier, par 3655 mètres, fond de vase grise; il procure des poissons, des Crustacés, de curieuses Ovhiures ; entre autres Mollusques, des Dentales, Bulles, Fuseaux, Limopis; Rhizopodes. |

20 juillet, beau temps, ciel un peu couvert; à 7 h. 53, aperçu l'île Maio; à 8 heures, Boa-Vista, à 45 milles par notre travers : le mont San-Antonio en est le point culminant; à 10 heures, nous-ne. sommes plus qu’à trois milles de la pointe derrière laquelle se trouve le port de l'ile. Au-dessus se dessine le mont Maio, et plus élevé dans l’est le mont Pinos. Un trois-mâts louvoie pour entrer dans la baie. À 11 heures, San-lago, à 20 milles dans l'O. 20° $.; à 1 heure, le mont San-Antonio, le plus haut de cette île, nous reste au N. 60° O. Les contreforts sont bizarrement découpés : les

SP ne:

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dentelures qu’ils montrent indiquent un soulève-

ment brusque et violent subitement refroidi. Le

Talisman longe les rivages de l’île, dont les terrains eux-mêmes, singulièrement tourmentés, présentent l'aspect de terres rocheuses, sèches et brûülées; leur teinte d’un gris violacé est d’une uniformité peu récréante.

Arh.45,mis aux postes de mouillage; à 2 h. 10, laissé tomber l'ancre sur la rade de Porto-Praya; 42h20, recu.la libre pratique.

La ville de Porto-Praya est bâtie sur un plateau subitement coupé par une falaise sur le bord de la mer et qui s’abaisse aussi brusquement du côté de la terre ; une pente assez raide, dans la partie nord, est la seule issue par laquelle on puisse pénétrer dans la campagne. Des bouquets de cocotiers à chaque extrémité de la falaise donnent au paysage le caractère tropical.

La journée du 2r se passe à parcourir la ville, en commençant par visiter le marché, bien approvisionné, surtout en poisson, qui est très abondant dans ces mers. Comme preuve, un canot du bord, envoyé à la seine, faisait en deux heures une pêche merveilleuse.

Dans le fond de Ja baie, un ilot, l'ile aux Cailles, sur lequel se trouvent quelques batteries, sert de défense à la ville. Sur la pointe Temerosa, à l’extré-

mité sud de la rade, s'élève un assez beau phare.

M. A. Milne-Edwards avait su que le corail, qui se pêche dans la Méditerranée, se trouvait égale-

ment dans les eaux qui baignent les côtes de San-

Jago du Cap-Vert, et qu’une compagnie s'était organisée pour en exploiter la pêche. Grâce au consul, on s’aboucha avec un des corailleurs, et le 23 juillet Ze Talisman appareillait de bonne

heure pour se rendre sur les lieux où l’on pouvait

espérer trouver quelques échantillons des Polypiers en question.

Longeant la côte sud de l'ile, nous nous trouvons vers 10 heures du matin par le travers de la Cayetta de San-Martin, petite baie au bord de laquelle les pêcheurs de corail ont élevé quelques huttes et quelques maisons, car il paraît qu'il y a déjà plusieurs années qu'ils pratiquent cette industrie, sans cependant avoir jamais eu beaucoup de succès. Nous sommes donc sur les lieux de pêche. On procède à l'immersion des engins, installés par le corailleur et le pilote; mais nous ne réussissons guère. La côte en vue est dominée par le pic de San-Antonio et ses contreforts, qui s’étagent pour descendre en avant jusqu’à la montagne de Rubas, sur les flancs de laquelle s'étale un des plus jolis paysages de l’île. En le contemplant, nous déplorions l’état de stérilité dans lequel se trouve la plus grande partie des terrains à San-lago, et nous pensions qu'il y aurait cependant bien peu à faire pour les rendre très productifs : capter les eaux de la même facon qu'on le fait aux Canaries, à Ténérife, mais surtout utiliser une plante qui croît spontanément partout, le Jatropha curcas (Purgueiria

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dans le pays). Des plantations entendues de cet arbrisseau sur toutes les pentes y retiendraient les eaux de pluie; elles se couvriraient bientôt d'herbe et de plantes. On pourrait ensuite y cultiver le caféier, qui, sur les rares points de l'ile voisine de Fogo où on l’a planté, donne des produits d’excel-

lente qualité. Le Jatropha du reste, qui porte un

fruit oléagineux, pourrait être lui-même une source

de bons revenus.

Du point où se trouve en ce moment Ze Talisman, on aperçoit Fogo à 40 milles de distance. Nous poussons jusqu’à Ribeira-Grande, l’ancienne capitale de l’île, abandonnée en raison de son insalubrité. Puis nous reprenons le chemin de Porto- Praya, pour y débarquer le pilote. À 4 heurues du soir, nous faisons route pour l'île de Saint-Vincent, où nous devons prendre du charbon.

Indépendamment de la pêche du corail (on en a obtenu quelques échantillons), 3 dragages ont été exécutés.

Le 1°”, par 225 mètres, sur fond de sable et roches, produit de nombreuses Gorgones, des Astéries, dont une magnifique, possédant onze bras; des Ophiures, des Mollusques, etc.

Le 2°, par 105 mètres. Mêmes résultats qu’au coup précédent.

Le 3°, par 123 à 283 mètres. Le chalut croche dans les roches et revient ne rapportant rien.

À 7 heures, nous étions de nouveau en vue de Fogo, qui apparaissait bien au loin dans l’ouest, et

par-dessus sa silhouette élevée brillait la Croix du

Sud, cette constellation qui passe pour la plus

# * belle de l'hémisphère austral et dont

… les quatre étoiles la composant sont.

placées les unes par rapport aux autres

ainsi que nous le figurons (fig. 40).

À 9 heures, la lune se lève; l’éclat des étoiles devient moindre.

Le 24 juillet, beau temps, ciel un peu nuageux, mer un peu houleuse. On opère un dragage par 3705 mètres, entre San-lago et Saint-Vincent; le chalut rentre encore une fois vide : il s’était entortillé dans le câble. Journée de mauvaise chance; 2400 mètres de fil d'acier ont encore été perdus en sondant.

Le 25 juillet, très beau temps; à 2 heures du matin, la terre est signalée au nord du monde. Au jour, l’île de San-Antonio nous reste dans l’ouest et celle de Saint-Vincent dans le N.-O. Nous pouvons facilement saisir tous les déchirements de ses masses de roches, dont les déclivités sont tellement raides et découpées en pointes si aiguës,

Fig. 40.

La Croix duSud.

que leur ensemble parait fantastique. Par suite,

elles ne peuvent retenir aucune parcélle de terre et demeurent consèquemment sèches, brülées, on pourrait presque dire flamboyantes, tant quelques parties sont chaudement colorées. Nous passons devant la baie de San-Pedro, puis c’est la pointe de Botella qui se dessine devant nous par tribord, tandis qu'à bâbord les terres de San-Anto-

Fig. 41. — L'ile aux Oiseaux. Saint-Vincent des îles du Cap-Vert; au fond San-Antonio.

DE FOLIN. — Sous les mers. 20

nio nous semblent un peu moins hérissées de crêtes extravagantes et de dentelures aiguës. Et dans le canal qui sépare les deux îles, mais plus rapprochée de Saint-Vincent et supportant un phare qui indique l'ouverture de la baie, si tant est qu’on puisse dire qu'il y a une baie à Porto-Grande, l’île aux Oiseaux (fig. 41) se montre : étrange pyramide d’un seul bloc de roche au sommet de laquelle on a établi une tour en fer où s'allume le feu. Elle est si raide dans ses pentes que sur la face la plus propice on peint à la chaux le chemin en lacet qui conduit à la petite maison des gardiens, située un peu plus bas que la tour. Cette précaution est prise afin que, pendant un naufrage, peut-être, celui qui s'aventurerait la nuit sur ce sentier ne puisse en perdre la trace; le moindre écart à droite ou à gauche, et l’on serait infailliblement précipité dans. les flots.

À 7 h. 24 du matin, mouillé devant Porto- Grande, où se trouvent un assez grand nombre de navires. Ce port est la station où viennent prendre du charbon tous les bâtiments à vapeur qui ont à traverser l'Atlantique ; aussi le mouvement y est-il considérable.

Porto-Grande est bâtie sur la limite d’une plage sablonneuse, peut-être la seule de toute l’île dont la côte entière est inhospitalièrement formée de rochers taillés à pic et tellement aiguisés que tout accès est interdit. C’est peut-être parce qu’une plage se trouve là sans qu'il y ait un renfoncement sensible,

qu’on lui a donné le nom de baie; il est vrai qu’à.

chacune de ses extrémités se dresse un gros morne

qui forme pointe. Quoi qu’il en soit, le port ne.

pouvait être mieux placé que devant ce rivage, qui se présente propre aux opérations maritimes et qui se trouve placé sur la route des navires, pouvant sans se déranger, venir y mouiller pendant quelques heures. C’est ainsi que durant notre séjour sur ce point nous avons vu arriver et repartir une canonnière anglaise, une espagnole, et une frégate américaine, sans compter de nombreux paquebots et navires de commerce.

Le gouverneur général des îles du Cap-Vert, dont la résidence est d’ordinaire à Porto-Praya, se trouvait, au moment de notre passage à Porto- Grande, en tournée d'inspection. Il avait reçu de

son gouvernement des instructions d’après les-

quelles il devait favoriser les entreprises de la mis-

sion autant que cela lui serait possible. Ayant été

informé par le commandant Parfait que nous désirions nous rendre à Branco pour y faire la chasse aux lézards, il fit chercher quelqu'un qui a servir de guide pour cette excursion.

Le 26 au soir, deux Portugais viennent à bord

pour remplir cette mission. À 11 heures, appareillé

pour Branco. Un dragage qui avait été exécuté en rade au moyen d’un canot avait produit de

superbes Astéries (Pentaceros dorsatum), des Cida-

ris, des Corallines, des Mollusques.

Le 27 juillet, à 6 heures du matin, nous nous

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