‹ Sous les mers; campagnes d'explorations du "Travailleur" et du "Talisman,"Chapitre 79 sur 99 · TUE PS · texte numérisé non relu

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trouvons par le travers de lile de Santa-Lucia, puis peu après c’est la partie sud de Branco qui nous reste par bâbord. On gouverne pour s’en rapprocher et reconnaitre le seul point d’atterrissage possible : c’est une petite échancrure de quelques mètres dans les roches, sur la surface de laquelle s'étale un peu de sable.

Une embarcation est armée, et notre ami Jacquet est envoyé avec les deux Portugais pour s'assurer que le débarquement peut s'effectuer. Il revient et considère la chose comme très difficile.

Malgré cela, M. À. Milne-Edwards, qui n'entend pas être venu là pour rien, n'hésite pas à affronter ce que l’entreprise présente de périlleux, la lame brisant assez fortement sur toute cette partie de la côte. Il s’embarque, suivi de quelques autres, et, s’il réussit, on reviendra chercher ceux qui voudront encore tenter l’aventure. Heureusement la mer s’est un peu apaisée, et lorsque la baleinière est près de terre, ne pouvant encore accoster, — le ressac la briserait, — ces messieurs se jettent à l’eau, suivant l'exemple du président, et atteignent la partie sablonneuse, sans avoir pris pied, tant l’île est accore, mème en cet endroit.

C'était vraiment dangereux : on risquait d’être

. jeté violemment sur les roches; l’entreprise ne

pouvait être tentée que par ceux qui savaient bien nager. Comme nous ne sommes pas du tout naseurs, après avoir discuté le pour et le contre avec Jacquet, qui venait de se rendre parfaitement

compte de la chose, il fut décidé, de l’avis de tous,

que je devais me priver du plaisir de mettre les

pieds sur le sol ou plutôt sur les roches de Branco. J'eus plus tard des motifs de me consoler, car il ne fut guère possible de s'éloigner du point de

débarquement. L’excursion avait pour but la re-

cherche d’un grand lézard, le Macroscincus Coctæi (fig. 42), animal qui ne se trouve qu’à Branco, fait des plus curieux et qui, croyons-nous, n’a pas encore été assez étudié pour qu'il puisse être bien expliqué. La capture de 24 Macroscincus, qui furent ramenés vivants à bord, récompensa des peines prises à cet effet; 16 d’entre eux parvinrent en vie au Muséum. De plus, M. A. Milne-Edwards rapportait un oiseau du genre Puflin (Puffinus Edwarsii, Oustalet), d’une espèce nouvelle.

Le président de la mission avait chargé M. Poirault de réunir tous les éléments d’une flore de Branco. Le jeune botaniste fit avec le plus grand soin toutes les recherches nécessaires et put réunir quatorze espèces de plantes, dont une nouvelle, le Statice Ediwardsi, Franchet.

Branco tire son nom de la couleur blanche que

revètent ses rochers et qui est due à des apports de sable que le vent amène et qui s’accumulent en se soudant dans un ciment calcaire.

Pendant les recherches à terre, le commandant Parfait faisait draguer entre Branco et Razo, autre îlot qui n’est guère plus abordable que le premier. Le dragage fut exécuté sur un fond de roches par

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une moyenne de 100 mètres; il ne produisit que peu de chose sans rien de particulier.

Nous nous trouvâmes à un certain moment dans une position qui nous permit de n'avoir en vue de Branco que ce que l’on pourrait appeler son profil, c’est-à-dire une vue suivant sa largeur, qui n’est guère considérable : environ quatre cents mètres, comme sa hauteur, nous servant de celle-ci pour l’estimer. Sa longueur cependant est d’au moins trois milles; c’est donc en quelque sorte une lame de couteau qui s'élève abruptement du sein de la mer.

Les membres de la commission de retour à bord, le Talisman reprend le chemin de Porto-Grande; il passe assez près de Santa-Lucia et suit cette fois la route qui contourne Saint-Vincent du côté opposé à celui que nous avions longé en venant de

: Porto-Praya et pendant la nuit précédente. À huit

heures et demie du soir, nous étions rentrés au mouillage de Porto-Grande.

Le 28 juillet, passé une partie de la journée à terre; à $ h. o5, appareillé; mais, ayant doublé l’île aux Oiseaux, nous apercevons le paquebot venant de France; il doit nous apporter des lettres; le Talisman retourne donc encore une fois au même mouillage et laisse tomber son ancre à 8 h. 30.

29 juillet, beau temps. Aussitôt le retour du vaguemestre avec les lettres, c’est-à-dire à 8h. 45, appareillé.

Quatre dragages ont lieu entre Saint-Vincent et Saint-Antoine.

Le 1°, de 90 à 75 mètres; perdu d’abord un grand chalut; il est remplacé, et l’opération produit des poissons, environ 200 Cidaris, des Ophiures, des Mollusques. |

Le 2°, ou plutôt une série de date par

420 à re mètres, fournit des Astéries, des Cida-

ris, des Éponges, des Corallines, des Mollusques, parmi lesquels de nombreux Strombes, des Tritons, des Mitres, des Xenophora, des Umbrella, etc.

Le 3°, par 410 à 460 m., sur sable et gravier: coup magnifique : plus de 1000 Malacocephalus, une Baudroïe. En Crustacés, 750 Pendales et d’autres espèces encore, un Pentagonaster, Astérie dont les bras sont rudimentaires; elle est de .nouvelle espèce. En Mollusques, des Trochus et des Fuseaux. Rhizopodes dans les tamis, et parmi ceux-ci un grand nombre de très grands et très beaux spécimens de la tribu des Spiculacés, appartenant au genre Hyperamminella, que nous avons désignés spécifiquement sous le nom de #1agnifica. Leur taille nous permit de les distinguer facilement parmi les résidus du dragage; le fond n'étant pas vaseux, ils étaient mêlés à un peu de sable et à beaucoup de fins spicules, qui pénétraient dans la peau quand on se servait des doigts pour aider au triage. Il en résultait d'assez désagréables piqûres, qui ne nous arrêtèrent cependant pas dans notre recherche, tant la trouvaille nous paraissait belle et intéressante.

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