DEUXIEME PIECE
A monsieur le Gérant de la Société d'assurance contre les accidents de voyage et de loisirs, à Londres.
Monsieur,
Lorsque j'assurai à votre administration ma femme qui partait avec une de ses cousines pour l'exposition universelle de Londres, il me fut remis, contre la somme de 1 fr. 50 c, une promesse d'assurance contre tous les accidents de voyage ou de loisirs qui pourraient lui survenir. Je vous envoie copie de ma police
d'assurance et vous fais part de l'accident qui est arrivé, vous laissant libre de le classer dans les accidents de voyage ou dans les accidents de loisir.
Ma femme, qui est partie en bon état de santé et de fidélité, n'est pas arrivée à Londres. Elle a perdu sa cousine au chemin de fer et l'a remplacée par un grand monsieur à moustaches blondes et à cheveux séparés en bandeaux sur le devant de la tête. Au lieu de prendre le chemin de fer qui mène à Calais, elle a pris, en compagnie du monsieur aux bandeaux, le chemin de fer de Lyon, d'où elle est allée en Suisse. — Il y a de cela trois mois, monsieur ; je n'ai reçu d'autre nouvelle d'elle qu'une lettre dans laquelle elle me dit que M. Isidore, — probablement l'homme aux bandeaux, — lui a fait comprendre que je ne l'ai jamais comprise et lui a expliqué que je mange sa dot, laquelle elle m'engage à lui envoyer à Lausanne, où, en compagnie d'un cœur qui la comprend, celui-là, elle a trouvé un chalet — (c'est la chaumière à son dernier degré de perfection), — où elle compte finir ses jours.
Je doute fort, monsieur, quYï puisse arriver un plus grand accident à un mari épris de sa femme comme je l'étais, et comme je ne l'ai pas caché à l'employé qui m'a délivré la police d'assurance.
Que vous placiez ce genre d'accident dans la classe des accidents de voyage ou des accidents de loisirs, je désire que vous me fassiez savoir quelle est l'indemnité que vous m'offrez. Ma femme a vingt-deux ans, et c'est son premier accident.
Agréez, monsieur, etc.,
Joseph D**\