‹ Sous les pins [microforme]Chapitre 22 sur 69 · L'APPEL DES AMIS · texte numérisé non relu

L'APPEL DES AMIS

Ami, laisse ton rêve. Abandonne la rive Où ton esprit s’endort dans l’immobilité.

Viens lutter avec nous: l'attitude nsive ; pe

Est signe de faiblesse en ce siècle agité.

Arbore comme nous cette noble bannière Qui s’enfle avec effort sous le vent du progrès. Pour les larges sentiers abandonne l’ornière,

Agrandis l'horizon de tes songes abstraits,

Viens vers la haute mer. Au large ta nacelle!

Ouvre ta voile au vent et ton âme à l’orgueil. L'étoile du progrès dans la nuit étincelle; D’un passé trop vieilli ne portes plus le deuil.

Vois s’écrouler partout les antiques coutumes Que le torrent du siècle emporte avec fracas. Ne nourris plus ton cœur de ces regrets posthumes

Dont le siècle vieilli ne fait plus aucun cas.

Indolent troubadour, de la gloire qui passe Ne peux-tu comme nous dérober un lambeau ? Veux-tu vivre et mourir sans laisser une trace

Et sans rien disputer à l’oubli du tombeau?

À De A AE

La réponse du poète.

Je n’envierai jamais vos luttes incertaines

Et vos nuits sans sommeil. J’ai préféré toujours

Aux flots parfois grondants l’eau calme des fontaines,

Aux combats sans merci les naïves amours.

Tandis que vous mêlez aux rumeurs des tempêtes Vos voix tremblantes, moi, comme aux pins de Tibur, Je ris de l’ouragan qui fait courber vos têtes,

Car mon ciel est formé de soleil et d’azur.

Si l’onde du ruisseau légèrement se ride, C’est quand l’insecte glisse en rampant sur les eaux Ou que le vent du soir sur cette onde limpide

Fait pencher doucement la tige des roseaux.

J’ai toujours sous les yeux la maison paternelle, Les érables, les pins que mon père a plantés, Le cloch-* tout jauni dont l’ombre comme une aile

Nous a, frères et sœurs, si longtemps abrités.

Ne vous vantez pas trop de régner sur la foule. Le souci sur vos £:onts a déjà fait son pli, Et vous n’ignorez pas que le flot qui vous roule

Vous livre sans retour au fleuve de l'oubli.

Quel souffle a pu briser le rameau de Virgile{

Dix mille ans passeront et le nom de Tibur

Rayonnera, lorsque votre barque fragile

Aura déjà sombré sur quelque bord obscur.

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Combien d’ambitieux, contemporains d’Horace, De leur verbe ont couvert ses chants harmonieux ? Hélas! la renommée en a perdu la trace,

Et l’astre de Flaccus brille encor dans les cieux !

Cessez de caresser un espoir si fragile,

Car on a vu le temps si rapide en son cours Epargnant les accents d’Homère et de Virgile,

Emporter sans merci de superbes discours.

Et rien ne restera de votre œuvre éphémère, Tandis que de mes chants quelque vers épargné Peut servir, œuvre utile, à quelque jeune mère

Pour endormir, le soir, son enfant nouveau-né!

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LE DEBALLE

Jean Pierre est un monsieur frais déballé d'Europe,

Et voyageant par goût. Il se dit Philanthrope, Et pour le mieux prouver, prodigue de l’argent, Il en jette aux amis, en donne à lindigent.

Il se dit de famille honorable et connue,

Grâce à beaucoup d'esprit, sa sœur est parvenue À pêcher pour époux un gros ambassadeur

Qui joue au diplomate avec beaucoup d’ardeur. Son frère aîné combat depuis une huitaine,

Ayant conquis déjà le rang de capitaine!

Une autre de ses sœurs, d’une grande beauté, A pris le cœur d’un prince allemand redouté!

Enfin il se compose un système admirable

D’alliés de haut rang, au blason honorable.

Il fait bien! lorsqu'on vient de si loin pour tricher,

Passer pour duc vaut mieux que passer pour cocher.

Baptiste, un Canadien un peu bête et crédule,

Le regarde étonné, l’invite et puis l’adule,

Lui fait tous les honneurs de son humble maison, Bref l’amuse durant une longue saison.

Jean Pierre prétextant le retard d’une traite, Emprunte de Baptiste et chaque jour s’endette, Si bien que pris d’ennui pour le pays natal,

I1 s’enfuit à Paris et meurt à l’hôpital.

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Après son faux baron Baptiste court encore.

D’avoir été si sot le chagrin le dévore;

Il voit pour le payer de sa crédulité

Son cellier presque vide et son argent prêté.

A l’ami qui veut bien le consoler il jure

De ne plus se livrer aux coureurs d'aventure ; Maïs un autre Jean Pierre un jour débarquera,

Il flattera Baptiste et Baptiste paiera !

ECOLE NORMALE LriAivir Au

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