RÉCIT D'UN VIEUX CURÉ
Près de l’humble foyer je disais mon bréviaire.
C'était un soir neigeux. J'avais au cimetière
Inhumé le matin un pâle adolescent
Dont la mort avait clos l’œil en le caressant.
Soudain quelqu'un arrive, et frappant à ma porte, Entre un peu brusquement.—Moïsieur, je vous apporte Une triste nouvelle. Un de vos parcissiens
Se meurt. Accourez vite. Environné des siens,
Dans les trop courts répits que la fièvre lui laisse Il parle de vous voir et d’aller à confesse. —
Je ferme mon bréviaire et je vais en courant
Porter la paix suprême à ce pauvre mourant.
La route semble longue et je me meurs d’angoisse, Car cet homme est le seul, le seul dans ma paroisse Qui se soit éloigné du divin sacrement.
Si la mort le prenait ainsi subitement ?...
Je cours, j'arrive enfin. Un lugubre silence
Pèse sur la inaison; vers le lit je m’élance Et vois avec effroi le pauvre moribond Jetant sur moi les yeux, de terreur faire un bond. 1 Ma présence l’effraie. En vain je fais entendre
Des paroles de paix. Il ne paraît comprendre,
Le malheureux pécheur, rien de ce que je dis.
Je jui parle de Dieu, des saints, du paradis;
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Putain
T1 répond en parlant de son bien, de sa ferme. Aux voix de l’au delà son oreille se ferme, Et son cœur occupé de ce qui fut son dieu,
N’a pas le repentir qui fait naître l’aveu!
Il décline toujours. La fièvre plus ardente
Le consume. Soudain et d’une :ix stridente:
—0 prêtre, me dit-il, que fais-tu sous mon toit? Je meurs sans ton secours, ayant vécu sans toi. Oh! non, ne montre pas tant de soin pour mon ::e; Veille sur mes enfants et console ma femme, Voilà tout; quant au reste, en chaire tu l’as dit: Qui reniera son Dieu, de lui sera maudit !! —
Ces terribles propos d’un saint effroi nous glacent. Sa femme, ses enfants tout en larmes l’embrassent, Le conjurant en vain dans un dernier effort
De faire avec le ciel sa paix... Il était mort!