‹ Sous les pins [microforme]Chapitre 21 sur 69 · RÉCIT D'UN VIEUX CURÉ · texte numérisé non relu

RÉCIT D'UN VIEUX CURÉ

Près de l’humble foyer je disais mon bréviaire.

C'était un soir neigeux. J'avais au cimetière

Inhumé le matin un pâle adolescent

Dont la mort avait clos l’œil en le caressant.

Soudain quelqu'un arrive, et frappant à ma porte, Entre un peu brusquement.—Moïsieur, je vous apporte Une triste nouvelle. Un de vos parcissiens

Se meurt. Accourez vite. Environné des siens,

Dans les trop courts répits que la fièvre lui laisse Il parle de vous voir et d’aller à confesse. —

Je ferme mon bréviaire et je vais en courant

Porter la paix suprême à ce pauvre mourant.

La route semble longue et je me meurs d’angoisse, Car cet homme est le seul, le seul dans ma paroisse Qui se soit éloigné du divin sacrement.

Si la mort le prenait ainsi subitement ?...

Je cours, j'arrive enfin. Un lugubre silence

Pèse sur la inaison; vers le lit je m’élance Et vois avec effroi le pauvre moribond Jetant sur moi les yeux, de terreur faire un bond. 1 Ma présence l’effraie. En vain je fais entendre

Des paroles de paix. Il ne paraît comprendre,

Le malheureux pécheur, rien de ce que je dis.

Je jui parle de Dieu, des saints, du paradis;

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Putain

T1 répond en parlant de son bien, de sa ferme. Aux voix de l’au delà son oreille se ferme, Et son cœur occupé de ce qui fut son dieu,

N’a pas le repentir qui fait naître l’aveu!

Il décline toujours. La fièvre plus ardente

Le consume. Soudain et d’une :ix stridente:

—0 prêtre, me dit-il, que fais-tu sous mon toit? Je meurs sans ton secours, ayant vécu sans toi. Oh! non, ne montre pas tant de soin pour mon ::e; Veille sur mes enfants et console ma femme, Voilà tout; quant au reste, en chaire tu l’as dit: Qui reniera son Dieu, de lui sera maudit !! —

Ces terribles propos d’un saint effroi nous glacent. Sa femme, ses enfants tout en larmes l’embrassent, Le conjurant en vain dans un dernier effort

De faire avec le ciel sa paix... Il était mort!

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