‹ Sous les pins [microforme]Chapitre 46 sur 69 · MIS · texte numérisé non relu

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Mais dans le noir chaos de l’oubli tout retombe ; L’écho ne redit plus le doux parler français. Vestiges du trépas, une croix, une tombe

Proclament le néant de ces premiers essais.

Pourtant la France est là; sur la lointaine grève Où Cartier, le premier, vint ployer les genoux. Des marins endormis disent — l'étrange rêve! —

“Lieu de notre repos, cette terre est à nous.

“ Cette terre est à nous. Cette froide demeure Est du moins à l’abri de la foudre et des vents; Couchés dans leurs cercueils et sans souci de l'heure,

Impassibles, les morts attendent les vivants.”

Et les ans s’écoulaient sans qu’une voix de France

Ne troublât le silence étouffant des tombeaux, Q'iand soudain retentit un long cri d’espérance:

C'était l’aube promise à des destins plus beaux.

Puis un homme parut qui dit: Iei doit être Jeté le premier grain de la grande moisson :

Sur ce roc doit germer le peuple encore à naître;

Des fautes de la France il sera la rançon.

C’est alors que naquit cette ville héroïque, Ce glorieux berceau de tous les dévouements, Ce foyer qui devra sur toute l'Amérique

Sans trève projeter ses purs rayonnements.

Des remparts de Québec à la rive lointaine Où l’'Erié déverse avec fracas ses eaux Cet homme promenait, superbe capitaine,

L’antique fleur de lys, orgueil de ses drapeaux.

Il créait, il fondait, il luttait sans relâche, Jetant partout l'espoir dont son cœur était plein, Et mes yeux, éblouis de cette immense tâche,

Lisaient au livre d’or des nations: Champlain !

Je m’éveille, et pourtant je crois rêver encore,

Car après deux cents ans de luttes sans merci

Pour remplacer Champlain que ce jour commémore

C’est un fils de français que je revois ici.

Oui, la réalité l'emporte sur le rêve.

Les hommes du passé, sortis de leurs cercueils, Croiraient rêver sans doute en voyant, plein de sève,

Un peuple vigoureux survivre à tous ses deuils.

Et si le fier drapeau qui flotte sur nos têtes N'est plus comme jadis l’antique drapeau blane, La France est toujours là, car, bravant les tempêtes,

Robuste est le rameau surgi d’un sol sanglant.

C’est qu’un peuple parfois accomplit des miracles Quand il a pour exemple un héros comme toi, Et que, fermant l’oreille aux sinistres oracles,

11 demeure fidèle à sa langue, à sa foi.

O Champlain, tu n’es plus, mais ton œuvre immortelle N

N'a pas besoin, pour vivre et résister au temps,

Du magique ciseau d’un nouveau Praxitèle,

Ni du fier dithyrambe aux rhythmes éclatants.

Valises ce

L’empreinte de tes pas n’est plus sur cette rive; La poussière des ans la dérobe à nos yeux,

Mais la reconnaissance, en nos cœurs toujours vive,

Evoque avec émoi tes exploits périlleux.

k Tant qu’un souffle de vie enflera nos poitrines, ‘4 Que nos lèvres diront le franc parler normand,

Un peuple survivant à toutes les ruines 1

e Sera ton plus durable et plus beau monument.

Orgueilleux de ton nom, fidèle à ta mémoire Qu'il fera rayonner aux siècles à venir, Le Canada français prendra soin de ta gloire

Et dans tous ses grands jours saura se souvenir.

Car, grâce à toi, la France ici se renouvelle; Elle retrouve ici son vieux sang rajeuni; Sa vigueur d'autrefois sur nos bords se révèle,

Et pour cette œuvre sainte, à Champlain, sois béni.

Oh! qui teut dit qu'après deux grands siècles de lutte Les deux races mêlant leurs drapeaux glorieux, Sans faiblesse oublieraient leur si longue dispute

Dans un commun hommage au premier des aïeux ?

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Que des marins anglais salueraient ta grande ombre, ng! gr

Qu'un vice-roi debont acclamerait ton nom,

Et qu’au pied de ton socle une foule sans nombre

Mélerait ses bravos aux clameurs du canon ?

Dressetoi, noble et fier; voici l’apothéose.

Un monde devant toi défile en s’inclinant ;

Et, gardien de la ville en ta virile pose,

L’ampleur de ton regard embrasse un continent.

Voici que, déployant son aile frémissante,

L’Eloquence sur toi plane avec majesté ;

Pour ne pas regretter la Poésie absente, Père de la patrie, ému, je t’ai chanté.

Le ciel s’illuminait. La brume dispersée

Aux feux de l’astre souverain, Retombait sur les fleurs en brillante rosée, Et toute la nature en éveil, reposée,

Grand orchestre, entonnait hymne d’un jour serein.

Les filles du hameau peu lentes à paraître Quand le ciel se teint de vermeil,

Aux rumeurs du matin entr’ouvrent leur fenêtre,

Tandis que les garçons plus vifs, sous l’œil du maître,

Préparent des moissons le rustique appareil.

Partout la vie, et l’on entend les jeunes filles Rire en peignant leurs longs cheveux.

Au chaud soleil d’août reluisent les faucilles,

Les merles babillards sifflent sous les charmilles

Et les fleurs vont s’ouvrir pour les tendres aveux.

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