LE BONHEUR
Oui, le bonheur endort: sommeil délicieux Qui nous fait oublier les ennuis de la vie, Nous fait goûter un jour la douce paix des cieux
Et d’un rêve idéal berce l’âme ravie.
Oui, le bonheur endort, mais d’un trop court sommeil Que la sourde clameur du monde met en fuite, Songe enivrant suivi d’un si triste réveil
Que la félicité bientôt en est détruite.
Oui, le bonheur endort, mais pour qui goûte un jour À sa magie étrange et son charme éphémère A dégoût de la vie, a perdu sans retour
Ce qui faisait son rêve et sa douce chimère.
Oui, le bonheur endort et pour quelques instants Nous fait tout oublier: le travail et l’étude, Il ferme l’horizon, abrège aussi le temps
Et nous fait mieux aimer la calme solitude.
Maïs à puiser toujours aux sources du bonheur L'existence ici-bas deviendrait insipide; L’impitoyable ennui nous rongerait le cœur
Si le temps s’écoulait monotone et rapide.
De joie et de chagrin Dieu parsème nos jours
Afin que, parvenus à notre heure lernière,
Nous puissions, ans regret, dire adieu pour toujours
À ceux qui font sur nous la dernière prière.