‹ Sous les pins [microforme]Chapitre 66 sur 69 · DE CARILLON A CHATEAUGUAY · texte numérisé non relu

DE CARILLON A CHATEAUGUAY

Les clairons s'étaient tus, et les engins de guerre

Sur leurs affûts dormaient. D’abondantes moissons

Mûrissaient au soleil dans les champs où naguère

Se promenaient les lourds caissons.

Evoquant, pleins d’orgueil, leur vie aventureuse, Les vieux en s’éteignant louaient notre destin;

Eux qui n’avaient connu qu’une vieillesse heureuse,

Saluaient notre heureux matin.

Le sabre et le mousquet, croisés en panoplie, S’étalaient sur le mur, et l’aïeul bien souvent En passant croyait voir sur la lame polie

Reluire un poème émouvant.

I] disait: “ Pourront-ils d’une paix énervante, Quand l’appel sonnera, secouer la torpeur, Et devant l’ennemi qui sème l’épouvante

Se former en phalange et s’avancer sans peur?”

Soudain un cri de guerre a traversé l’espace. Qui donc y répondra?... Les anciens se sont tus. Maïs les jeunes sont là... Ces fils de grande race

Montreront les mêmes vertus.

On détache l’épée. En un instant la rouille À cessé de ternir l'éclat du sabre nu.

Pendant ce saint travail une larme la mouille ;

C’est que le fils s’est souvenu. *

Le fils s’est souvenu que cette arme héroïque Au vieux mur suspendue, inutile ornement, Moderne Durandal, dans la lutte homérique

Eut ses jours de rayonnement.

Et, songeant à l’aïeul, il vole à la frontière; Il ÿ retrouve, ému, la trace de ses pas Et quelque fois, hélas! le petit coin de terre

Où l’a couché le prompt trépas.

Vengeur de ses aïeux, son arme déjà brille Et fauche sans repos aigrettes et cimiers.

Ainsi devait tomber sous son humble faucille

La moisson qui l’attend pour combler ses greniers.

Ayant lutté sans peur et vaineu sans jactance, Il retourne à ses champs, nouveau Cincinnatus, Heureux de retrouver sa modeste existence,

Ses robustes travaux et ses mâles vertus.

Re

Ce brave ignorera l'éclat de ce fait d'armes ; Il mourra sans savoir qu’il fut un vrai héros. Son fils, seul, sur sa tombe ira verser des larmes

Et le froid de l'oubli glacera son repos.

Du moins en ce grand jour où Québec en liesse Fait surgir des tombeaux tous ses morts glorieux, Cet humble défenseur que l’histoire délaisse,

Tombé près de ses chefs, doit revivre avec eux.

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