‹ Sous les pins [microforme]Chapitre 9 sur 69 · LA TERRE NATALE · texte numérisé non relu

LA TERRE NATALE

O prés pleins de lumière, 6 les vertes montagnes, O vallons remplis d'ombre, étroits sentiers des bois! O les blés jaunissants dans les blondes campagnes |

O les bosquets touffus remplis de douces voix!

Charme toujours nouveau de la terre natale, Epanouissement mystérieux des fleurs, Eden où la nature à nos regards étale

Les plus gais horizons, les plus vives couleurs!

Qui n’aime à revenir au lieu de sa naissance, Et plus près de la tombe évoquer son berceau { A revoir, lorsque l'arbre a fini sa croissance,

Le sol d’où s’éleva l’humble et frêle arbrisseau ?

Quand la première fois depuis quarante années, Je revois le rivage où je reçus le jour,

Les oiselets naissants, les fleurs à peine nées, Tout reste indifférent à mon tardif retour.

Je revois plein d’émoi la maison paternelle Qu’habite un inconnu. Je frappe sans songer

Que le temps brise tout, que j'ai vieilli plus qu’elle, ps J P

Et qu’absent si longtemps, je suis un étranger!

Aussi par le village en vain je me promène,

Personne dans le bourg ne me reconnaîtra, Nul ne peut deviner l’objet qui m’y ramène,

Car nul vieux souvenir à mon aspect naîtra.

Dans cet homme mûri, qui pourra reconnaître Le tout petit enfant qui vit ici le jour?

Combien en reste-t-il dc ceux qui m’ont vu naître?

La mort a mis sur eux sa griffe de vautour.

O vous, témoins muets de ma première enfance, Temple qui vit couler l’eau sainte sur mon front,

Contre vos souvenirs je me sens sans défense,

Mais vous parler d’oubli serait vous faire affont.

Car c’est ma faute, à moi, si ce lieu plein de charmes

De l'enfant de jadis a perdu souvenir.

Plus souvent, je l’avoue en retenant mes larmes,

Au lieu de mon berceau j'aurais dû revenir.

SI DISU ME DISAITI!...

Ah! si Dieu me disait: Homme, veux-tu la gloire?

Je la mets à tes pieds; je répondrais: Seigneur,

Amère est cette source et je craindrais d’y boire,

Donnez-moi plutôt le bonheur!

Et si Dieu me disait: La vaste renommée T'attend, suspens ton vol à ses ailes de feu; Aux superbes essors ma pauvre âme fermée

Dirait: C’est trop pour moi, mon Dieu!

ro

Et si Dieu me disait: Vois cette multitude;

Sous ton souffle puissant voudrais-tu la ployer?

Je dirais: Laissez-moi ma chère solitude,

L’écho discret de mon foyer.

Et si Dieu me disait: Des projets de la terre Choisis les plus brillants, poursuis les plus nouveaux, Je dirais au Seigneur: Ma lampe solitaire

Suffit à mes humbles travaux.

Et si Dieu me disait: Sois un homme de guerre, Je lui dirais: Mon Dieu, s’il faut être un vainqueur, Au lieu du don fatal qui séduit le vulgaire,

Rendez-moi maître de mon cœur!

Mais si Dieu me disait. Veux-tu d’un grand poète Connaître — fût-ce un jour — le redoutable honneur A ces divins tourments ton âme est-elle prête?

Oh! je répondrais: Oui, Seigneur!

Rte (nantes pr

Page 1