LA RIME
Un jour, pour la vouloir trop sonore et trop belle, Je cherchais vainement une rime rebelle,
Et la capricieuse, en me narguant ainsi,
De ma muse en arrêt redoublait le souci.
Je croyais la saisir, et, nouvelle souffrance, L’infâme me laissait dans la désespérance.
Par un caprice voir son poème manqué,
Un poète pour moins pourrait être offusqué. Pour un si vil obstacle un beau rêve qui croule! Et les pensers divins qui me venaient en foule
Et qui lassés d'attendre un vers pour s’y loger,
Ne demandent pas mieux que de déménager, Laissant ma pauvre tête abasourdie et vide; Ce malheur, je le dois à la rime stupide Qui se décide enfin, regrettant son travers, À venir prendre place à la fin de mon vers.
Hélas! il est trop tard; aussi toute piteuse, A mon rêve défait elle semble boiteuse,
N’étant plus l’idéal que j’aurai tant cherché;
Et d’en par là finit mon poème ébauché.
LÀ