CINQUIEME PARTIE
Des rumeurs confuses vinrent à elles. Laugère frappait à la porte :
— Ne vous effrayez pas trop, dit-il, l'étan;] est parti, mais la mer qui l'a emporté va le ramener avec le flux : il y a eu un terrible raz de marée, une secousse sismique a crevassé les dunes et la combe. Un canal encombré de troncs et de branchages s'est ouvert; je viens d'aller voir le parcours, c'est stupéfiant!
Il ajouta plus bas :
— Voulez-vous venir, mademoiselle Doro? Notre ami Maraval...
Constance Sabattet, fascinée, s'était remise à la fenêtre, en proie à un trouble tel qu'elle n'avait plus bien conscience de la réalité. Ainsi, rien de sûr dans la nature elle-même; elle ne verrait plus les eaux limpides de l'étang Bleu, mais les ondes grises et glauques de la mer montante dont le flot viendrait battre la berge de leur demeure. Sa pensée alla vers Pierre et Adrienne : eux du moins, loin de la tourmente, vivaient les heures les plus belles et les plus douces de leur vie... Mais pourquoi Dorothée ne revenait-elle pas? Pourquoi Guy ï'avait-il appelée?... Avait-elle donc rêvé qu'il eût prononcé le nom de Maraval?...
Elle se sentit prise, dans l'accablant silence de la maison, d'un trouble étrange. Elle regarda le lac où déjà la marée ramenait un filet d'argent envahisseur, suivi de rouleaux obliques de mascaret : c'était la mer, qui allait remplir l'étang d'eau salée. Que tout était bizarre, incompréhensible, en ce bouleversement des choses ! Comme tout semblait, après l'invasion des hommes, leur prédire que leur belle sécurité d'ant:m était à jamais condamnée et qu'il fallait accepter les lois nouvelles... Mais pourquoi ce silence impressionnant?... Quel malheur inconnu planait encore?
Dorothée entra, elle venait de contempler Maraval qu'on avait étendu sur son lit. Devant ce visage atterré, Constance se mit à trembler :
— Est-ce qu'Élie?... balbutia-t-elle, que se passet-il?...
Dorothée sans répondre Tétreignit avec désespoir et éclata en sanglots.