‹ Sous les tilleulsChapitre 45 sur 50 · RAPPORT DE M. CHRISTIAN LAHZENFELS, DOCTEUR · texte numérisé non relu

RAPPORT DE M. CHRISTIAN LAHZENFELS, DOCTEUR

Le *** juin 18.

Sur l’invitation de Pierre Ringer, jardinier, nous nous sommes transporté dans la maison appartenant autrefois à feu M. Millier;

Et y avons trouvé la dame Edward S..., née Millier, morte et pendue après la flèche de son lit ; après un examen rigoureux, nous n’hésitons pas à déclarer que cette mort est le résultat d’un suicide. Une lettre laissée sur une table était adressée à M. Stephen, ricbe particulier, fort connu dans cette villes ainsi que dans la ville de ’***•

Les parents, auxquels la lettre a été par nous remise, se sont chargés de la faire remettre à son adresse.

Avons, en conséquence, ordonné Tinhumation de la défunte. El? foi de quoi nous avons signé.

Docteur Christian lahzenfels.

GXLîl

Un mois après l’intiumation de Magdeleine, Stephen reçut la seconde lettre qu’elle lui avait adressée, car il n’avait cessé d’errer au hasard comme un insensé.

Alors il demanda un cheval et accourut à la ville. Pendant tout le trajet, il ne dit pas un seul mot; seulement, de temps à autre, il serrait convulsivement les mains, il regardait le ciel: on voyait qu’il priait Dieu.

Quand il fut arrivé, il alla chez le jardinier; le jardinier était vêtu de noir.

Stephen pâlit et tomba assis sur une pierre.

— Oh ! monsieur Stephen ! dit le jardinier, pourquoi êtes-vous parti aussi brusquement? Vous l’auriez empêchée de se tuer. Elle a dû bien souffrir, car elle était toute défigurée. La famille a fait un superbe enterrement.

Stephen lui fit signe de le suivre et se dirigea vers le cimetière; des ouvriers étaient en train d’élever un tombeau de pierre sur la terre qui la couvrait. Il se mit à deux genoux et baisa la terre, puis il s’éloigna.

— O Magdeleine! pardonoe-moi.

» Pourquoi veux-tu que je vive? Qu’y a-t-il pour moi dans la vie maintenant?

» Mais mon âme est avec toi; elle ne pouvait se séparer de la tienne; c’est mon corps seul que tu as laissé ici.

Qu’ai-je fait!

» Je l’ai tuée ! j’ai tué mon bonheur et ma vie ! ‘|]

» Son regard si doux qui pénétrait le cœur, il est mort; sa vola; J suave, elle est morte; son corps souple et gracieux, il est mort; ses beaux cheveux noirs, soyeux, ils sont morts : tout est mort t |

» Elle était si belle ! )

» Oh! pourquoi n’ai-je pas, au lieu de cette atroce vengeance, fait mon bonheur de son bonheur , veillé sur elle comme son ■ ange gardien! Pourquoi ne l’ai-je pas entourée de mon amour pour écarter d’elle le moindre chagrin, la moindre peine !

» J’aimais tant son sourire; son sourire m’aurait payé de mes souffrances.

» J’aurais renoncé à la vie pour moi, je n’aurais vécu que de la sienne, je n’aurais été heureux que de son bonheur, je n’aurais souffert que de ses souffrances.

» Oui, je me serais élevé au-dessus de l’humanité, et mon âme, divinité protectrice, aurait plané sur elle.

» Mais elle est mortel

» Il faut accomplir ses dernières volontés ; son fils sera mon fils. .

» Et ce dernier baiser sur sa bouche morte ,

Page 1