‹ Sous-offsChapitre 14 sur 199 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

naùin où les objets de toilette et d'étagère, confondus, s<'mblaiont provenir du pillage d'une chambre de fille.

Montsarrat prit une boîte en ivoire, garnie d'une mignonne houpette à poudre de riz.

— Souvenir du premier bal, à Neuville, dit-il. Un peigne en écaille :

— Après une promenade à Puys.

Un porte-cigares en maroquin :

— Je ne me rappelle plus.

Un nécessaire :

— Pour rien.

Il continua son étalage, mettant des dates sur des objets, passant outre quand sa mémoire le trahissait, déballant à la fois ses souvenirs et des bibelots, qui racontaient l'histoire de leurs premiers mois d'amour.

Il enleva le compartiment, découvrit des piles de linge, s'arrêta romplaisammont à cette seconde étape de leurs relations. A mesure qu'il déplaçait un paquet, il déchirait l'étiquette chiffrée, à en-tête de magasin, indiquant des pièces neuves, et il épinglait, à la place, un souvenir, comme on arrache les feuilles d'un éphéméride :

— Six chemises fines, « pour ma fcte ». Deux douzaines do mouchoirs, « pour la sienne ».

— Ah !.. . fit le fourrier, interloque.

— Oui ; c'est la même chose.

Il reprit :

— Trois foulards de soie, pour l'anniversaire de ma naissance. Des cravates, je ne les compte plus. Des chaussettes tricotées par elle. Huit serviettes de toilette, — à Pâques. Et tout ça ourlé, marqué à mes initiales...

Il s'interrompit pour envoyer une pensée de reconnaissance à la donatrice évoquée :

— Je sais bien... oui... j'aurais du la quitter, à cause des officiers, de la consigne, des ennuis qu'elle me vaut... Mais je ne peux pas, hein! Elle est trop bonne pour moi... Je ne la remplacerais jamais^ certainement !

Il revint à son triage ; il oubliait Favières, dans le feu de l'inventaire, le bilan hâtif d'une année d'amour. Il descendait, parfois, à une estimation approximative : « Ça vaut bien... » ; mais il se rattrapait sur d'autres objets, disant alors nettement : « Ça vaut tant ».

Il ne fît qu'une courte pause devant le troisième compartiment renfermant un vêtement civil, bottines et chapeau compris.

— Elle m'a acheté cela l'été dernier, pour aller à la campagne. Nous dînions tous les dimanches au restaurant. Elle me donne son porte-monnaie avant d'entrer et je le lui rends en sortant, après avoir payé. Combien de fois m'a-t-elle dit: « Je neveux pas te coûter un sou. Ta solde n'est pas si élevée. » Par exemple, des cadeaux utiles, toujours. Elle veut que j'aie mon trousseau complet quand je serai libéré... C'est bien aussi grâce à elle que j'ai pu réaliser quelques économies.

Il était arrivé au fond de la malle. Dans une chaussette hors de service, du numéraire tinta.

— Ah! nous nous sommes bien aimés ! fit-il.

Et Favières songeait que son clief venait de déballer toute sa vie, du haut au bas de ce coffre. Chaque tiroir marquait une étape dans la chute ignominieuse. Il n'avait mis qu'un an à parcourir l'échelle, à tomber du couvercle de la malle au fond. Leurs relations commençaient aux boutons de manchettes et fînissaient à la pièce décent sous. Tout l'homme tenait dans cette malle; en la vidant pièce à pièce, il se démontait anatomiquement.

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