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CINQUIEME PARTIE

Cette affaire du Mmée (h; Naplvs, il faut le redire, on l'a jetée dans le procès pour le corser : c'est une chance do plus pour enlever une condamnation difficile. Vous ne la retiendrez pas, Messieurs, comme un élément d'appréciation, parce que, d'une part, M"® Tresse est en dehors de la présente affaire, et que, de l'autre, M. Stock n'est entré comme associé dans la maison qu'eu 188." : il a aujourd'hui 29 ans, il en avait H au moment de cette affaire ; cela ne le regarde j)as.

A part cette condamnation si spéciale, prononcée en ISTo, jamais la maison, en un siècle d'existence, n'a été poursuivie. C'est une librairie connue de tous; sa réputation est bien établie dans le monde littéraire. Ce n'est à aucun degré une librairie pornographique. Elle a été jusqu'à ces dernières années une librairie presque exclusivement théâtrale. M. Stock lui a donné, depuis qu'il y est entré, un caractère un peu différent; M™" Tresse, comme ses prédécesseurs, n'avait édité guère que des brochures de théâtre; à peine si quelques romans avaient paru de temps à autre. M. Stock a voulu donner à la maison une allure un peu plus vivante, plus alerte.

Il connaissait beaucoup de jeunes hommes de lettres, il les a édités. Jeune, il s'est fait l'éditeur de jeunes : de Léon Hennique, de Huysmans, de Robert Caze, de Mullem, d'Ajalbert, de bien d'autres encore dont quelques-uns ont déjà dans l'armée littéraire une grande situation, qui tous sont connus du public, estimés de leurs pairs.

Je sais bien le reproche qu'on peut faire à M. Stock, qu'on lui a fait : les œuvres qu'il édite appartiennent à une école littéraire particulière, dérivent d'une conception tout à fait spéciale.

Une dame qui a fait parler beaucoup d'elle dans le monde, — M. l'avocat général la connaît bien mieux que moi, — (c'est Lucie Herpin que je veux dire), — a publié il y aquelquesmois, un ouvrage en tèteduq lel était une préface aux allures de manifeste, où l'on lisait que « l'art ne peut être que l'image idéalisée de la nature et de la vie ».

C'est une définition qui est au moins assurée d'avoir, outre l'approbation de son auteur, celle de M. Jules de Glouvet et de M. Quesnay de Beaurepaire.

Maistrois têtes, fussent-elles réunies sous le même bonnet, ne constituent pas le public. On me permettra d'opposer à cette définition une autre définition que Descaves et Stock préférèrent, que je me permets également de préférer. Elle est d'un homme de lettres que les suftVages de l'Académie vont peut-être bientôt désigner à l'estime littéraire du Parquet :

« L'art, a écrit M. Emile Zola, c'est la nature vue à travers un tempérament. »

Descaves a un tempérament particulier; il voit les choses d'une façon triste, cruelle peut-être ; il les dit comme il les voit.

J'admets que M. Quesnay de Beaurepaire la condamne, et que M. Jules de Glouvet ne la trouve pas bonne; mais je voudrais bien que M. le procureur général ne mêlât pas à sa querelle littéraire une autre querelle. Et il l'y mêle!

Dans le réquisitoire si remarquable que vous avez entendu tout à l'heure, quel était le fond, le tréfond de l'accusation? Quel est le grand reproche qu'on nous adresse, reproche qui, disparu, ne laisserait pas l'accusation debout? C'est celui-ci : qu'il n'y a pas dans le livre de personnages sympathiques, ou du moins, qu'il n'y en a pas assez.

H y a une école littéraire, — Monsieur le procureur général s'en réclame, — qui veut que dans une œuvre les personnages aillent par paire comme les bœufs et qu'à côté du méchant Thierry on trouve toujours le bon Fridolin.

Je SUIS tout prêt à discuter ces théories, je ne demande pas mieux; mais à une condition, c'est que ce soit ailleurs que dans l'enteinte d'une cour d'assises et pas avec des adversaires, qui, s'ils sont à court d'arguments littéraires, peuvent leur substituer des articles du Code.

Dans ces conditions la partie est trop inégale. Je me refuse à la discussion.

Ainsi, Ton nous poursuit parce qu'il n'y a pas assez de personnages sympathiques dans notre livre; parce que l'auteur a de l'humanité, de l'armée en particulier, une vue trop triste. Il a beau dire : « J'ai vu comme cela! »

On lui répond qu'il ne devait pas voir de cette façon.

Eh! Messieurs, nous sommes en justice, nous ne sommes pas dans une académie!

Et puis, nous avons eu toutes les malechances. Nous sommes poursuivis non seulement par des littérateurs qui sont des magistrats, mais encore par des hommes politiques, le ne veux pas mêler la politique à cette affaire plus qu'il ne convient, mais enfin elle y est. 11 est nécessaire que vous connaissiez toute la vérité, que vous sachiez pourquoi et comment nous sommes ici. Il est indispensable que je vous dise à la suite de quelles circonstances la politique s'est introduite en cette affaire.

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