‹ Soutanes politiquesChapitre 13 sur 38 · MONSEIGNEUR · texte numérisé non relu

MONSEIGNEUR

néral, duc et petit-flls de roi, avait une liration pour une dame aux yeux doux, !8 gais.

vrette avait vu le jour sur les marches non trÛDe, mais d'un escalier dont sa mère urveillance.

m soir, après de longs manèges prépale duc avait exprimé son amoureux enne par les premiers outrages.

!l nom oseraî-je donner maintenant à lesse, interrogea la belle, encore rougisfatiguée ?

le gêne pas, mou enfant, répondit le grand

seigneur, qui, déjà, rajustait sa cravate ; appellemoi tout simplement monseigneur.

Les évêques de France demandent à leurs ouailles ce que le général demandait à sa maîtresse. Ils veulent du monseigneur. Et pourtant, ils ont une femme contre eux, et cette femme s'appelle la Loi. Elle dit très clairement que les évêques doivent être appelés monsieur. Les articles organiques du Concordat, de ce Concordat que rÉglise et TÉtat soignent en le maudissant, sont précis :

a II sera libre aux archevêques ou évêques d'ajouter à leur nom le titre de citoyen ou de monsieur. Toutes les autres qualifications sont interdites. »

Citoyen s'en est allé où vont les vieilles formules de révolution I Le terme monsieur est revenu, lui, dans la correspondance ofBcielle.

Le gouvernement républicain a voulu restaurer solennellement l'article cité plus haut ; mais, dans la conversation, les ministres et surtout les femmes des ministres, donnent volontiers du monseigneur, aux prélats dont l'ambition vient échouer, par hasard, sur les rouges fauteuils officiels.

L'histoire de ce mot monseigneur ferait un joli chapitre dans l'histoire générale de la vanité française. Chez nous, le titre est comme le ruban, cette délicieuse bride de soie, qui a la solidité de la corde pour mener les bêtes rebelles.

itre de monseigneur n'est piis, comme on it le croire, une vieillerie moyen âge, où le le et le respectable s'unissent en un mariage imettant pour le respect, e portaient pas d'étiquette, ces hardis com- " s d'évôques, qui chevauchaient au temps de alerie k la tète de leurs hommes d'armes ; ippelaît Pères et ils avaient une paternelle

tre fut inauguré pendant le xvii* siècle, à.

ique où il y avait déjà certains abbés de de ville dont la science était légère et dont us n'étaient pas lourdes. Au début du règne s XIV, les évèques portaient encore le titre sieur, pour désigner l'évoque de Paris, on Monsieur de Paris ; nom qui, depuis, a •é. L'évoque de Beauvais, était évêque- 3e Beauvais, vidame de Gerberoy, et soutitre nobiliaire était rivé au siège épis-

emier évèque qui im^na de se faire monr fut M. de Valançay, archevêque de Reims, 1 première représentation de Mirante, chez tial de Richelieu, se fit pompeusement aponseigneur de Reims.

irapensation, il fut fehargé, pendant la soirée, ribuer des rafraîchissements et de servir les << tout ce qu'il leur fallait i.

La fatuité de M. de Valençay trouva vite des imitateurs et le duc de Saint-Simon raconte, avec ce grand air d'ironie qu'il porte partout, la curieuse anecdote que voici :

Dans une assemblée du clergé, les évoques, pour tâcher de se faire dire et écrire Monseigneur, prirent délibération de se le dire et de se l'écrire réciproquement les uns les autres.

Ils ne réussirent à cela qu'avec le clergé et le séculier subalterne : tout le monde se moqua d'eux et riait de ce qu'ils s'étaient monseigneurisés.

La cour ratifia bientôt le titre nouveau. Seul, le roi se dispensa de cet arrêt du bon goût. Louis XIV et Louis XV ne dirent monseigneur à aucun prélat du royaume et la chapelle royale ne fut jamais d'aucun diocèse. Elle releva directement du Saint-Siège.

Pendant le xvra* siècle ils jouèrent du mot sonore, ces évêques qui souillèrent de leur indignité le pur et grand clergé de France ; leur punition fut d'être imités par les intendants et les traitants que leurs valets traitaient de monseigneurs.

Vint la Révolution qui supprima les titres, quand elle ne supprima pas les titrés. Le Concordat remit les choses d'Église en ordre par un compromis passable au demeurant :

. . . Encore qu'en quelques pages,

Il méritât, au Louvre, d'ôlre giflé des pages.

Peu d'évêques réclamèrent Tépithôte de citoyen que la loi leur offrait, et Napoléon P' commença à restituer aux premiers du clergé le monseigneur tant regretté.

En sa méprisante philosophie, l'empereur savait que les sociétés égalitaires haïssent Tégalité et meurent de ce qu'elles ont souhaité.

Le titre revint du fond des mœurs, de ces mœurs françaises qui se jouent des législations et des législateurs, quand législations et législateurs ne s'entendent pas avec elles.

Les évoques ne se contentèrent même pas du titre, ils reprirent le blason. Le recrutement du clergé se faisait dans les classes nouvelles. Aux grands seigneurs qui étaient Altesses de naissance et pour qui le monseigneur était une chute, succédèrent les gars du peuple, les parvenus de TÉglise. Les fils d'honorables sabotiers s adressèrent à des marchands de merle ttes qui, en faisant les armes épiscopales, se moquèrent de leurs clients et entassèrent dans reçu un foule de choses qui bondirent, étonnées de se trouver accouplées là.

Pourtant, dans cette restauration un peu comique du passé, qui sied à certains évéques comme un pourpoint à crevés irait à M. Ribot, il ne failt pas croire que les chefs de l'Église aient obéi au seul amour du hochet.

L'Église connaît les hommes, et les pasteurs

font peut-être preuve de sens pratique, en tenant à leur titre, à une époque de démocratie maladive, oîi les mœurs publiques marchent à Tenvers des prétentions.

Les chefs ont cherché le meilleur moyen, en ces temps irrespectueux, de forcer le respect. Ils ont pensé que pour se tirer d*affaire, eux et la religion qu'ils représentent, il fallait sauver les titres et diminuer ainsi le sublime inconvénient d'être prêtre.

Si quelque archevêque incriminé arrivait à la barre en froc de séminariste, en souliers à clous et avec le bâton du pèlerin, les juges auraient peutêtre pour lui la justice qu'ils auraient pour un prélat violet dont la poitrine serait battue par une croix d'or, et la main chargée d'une lourde améthyste. Maïs la foule est une Chimène qui garde ses yeux pour lesRodrigues dont les atours relèvent la mine.

Nous en sommes venus à ce singulier spectacle d'hommes qui ont la foi, les mœurs, la charité, et qui relèvent les noms portés par les Dubois, les Rohan, les Bernis, les noms dédaignés par les Bossuet et les Fénelon. Pour leur titre, ces évêques feraient-ils ce que faisait le duc de La Vallière pour sa maîtresse ? L'actrice jetant à terre le grand cordon du Saint-Esprit, disait à son amant : « Agenouille-toi dessus, vieille ducaille I »

Je connais des évoques qui, pour recevoir une

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lettre officielle, portant la suscription de Monseigneur, s'assiéraient sur leur mitre.

Ce devrait pourtant être une humiliation, non un honneur, pour les directeurs de diocèses^ que de porter les harnais usés par ces inutiles prélats secondaires, les monsignori romains, gens méprisés de tout le Vatican, et traités de valets par un cardinal français.

Imaginez-vous un Primitif, un de ces prêtres que Ton n'appelait pas Monsieur et à qui les fidèles donnaient le beau nom de Père ; imaginez- vous un tel homme entendant donner aux prélats de ce temps du Monseigneur ; figurez-vous Tétonnement de cet antique : vous aurez la juste mesure d'un ridicule qui fait rire les païens, mais qui attriste les enthousiastes de l'Église et de ses prêtres.

Les évêques qui préfèrent leur surnom de politesse à leur nom de droit, font penser à cet abbé Poule — fier coq — qui, à la fin du dix-huitième siècle, ne prêchait plus la foi de Jésus-Christ, mais la politesse, la bienveillance et le bon ton.

Le monopole de la vanité n'est d'ailleurs pas laissé aux évêques ; les simples abbés font à leurs chefs la plus déloyale concurrence.

Avez-vous vu dans le monde ces mères, dont la bouche — arc depuis longtemps sans flèches — tourne un éternel et suppliant sourire vers les jeunes hommes?

Une fille, pâle et plate, posée sur une chaise comme une marchandise à l'étalage, regarde elle aussi venir le mari rêvé. Mais son corps est immobile ; mais son œil a la tristesse des yeux fatigués par une vaine attente.

De temps à autre, la jeune personne s'affaisse sur elle-même et fait plier le corset de fer. Alors la mère, d'une voix, qui pour être basse n'est pas douce, gronde :

— « Tenez-vous mieux que cela I »

Et la mondaine victime roidit son torse maigre.

Or, on vit un jour, en 1891, M. Gonstans et le cardinal Bichard jouer successivement et sans concert, le rôle de ces mères.

Le Ministre de l'Intérieur, sur un ton gai, qui voulait paraître léger et qui est méridional, suppliait ses amis de devenir des gens très bien.

L'archevêque, d'une voix triste qui voulait être solennelle, ordonnait à son clergé de rester «comme il faut ».

Les prêtres de Paris, par ordre de Son Éminence, étaient priés de ne pas déroger. Il leur était interdit de risquer leurs soutanes bien brossées dans les ruelles étroites.

Goujats, ceux qui, montant les hauteurs de Belleville ou de Ménilmontant, auraient voulu, fils du peuple, parlera des fils du peuple !

Manants, ceux qui s'en iraient promener leur

petit manteau à collet de carton moiré dans les ateliers !

Les oreilles chastes de ces hommes élevés, pour la plupart, dans la vertu des arrière-boutiques, ou grandis sur les « carrés > des étages d'une maison ouvrière, ces oreilles perdraient les âmes auxquelles elles sont rivées en écoutant les chansons joyeuses des apprentis gamins.

Indignes, les prêtres qui mettraient leur main dans la main sale de Touvrier. Les doigts qui touchent le Christ, chaque jour, ne doivent serrer que les doigts bien gantés des douairières pieuses I

Quant au prêtre qui oserait aller dans les assemblées populaires au milieu des foules hurlantes, parmi les apôtres du positivisme et de Tanarchie, celui-là mérite Tanathème et Tinterdiction.

Telle fut la décision de l'archevêque de Paris : ses prêtres prendront seulement la parole dans les églises, au milieu des vapeurs de l'encens, leur figure bien rasée sortira triomphante et rose du nuage parfumé. Ils diront des choses banales et douces à des auditeurs banals et doux ; ils convertiront des gens tout convertis, et, avant de gagner le ciel, récompense de leurs fatigues, ils gagneront la table copieusement servie des fidèles dont ils essuieront les nappes. Par contre, il leur sera permis de transformer leur appartement modeste, mais confortable, en agence matrimoniale.

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L'archevêque heureux triomphera, entouré d'un troupeau d'abbés, marchands de sourires, qui regarderont leurs ouailles comme une clientèle et mesureront la vertu à la générosité de roffrande.

Des prêtres à Tâme très laïque, réglementeront le premier diocèse de France et l'administreront. Ces administrateurs rétribués de bonnes œuvres à commissions, entreront dans l'Église comme dans leur moulin et se confondront avec le vrai clergé pour le corrompre et le trahir.

Car, grâce à Dieu, il y a dans Paris d'autres prêtres que ces gens formés à l'école de l'archevêché. Ils n'ont pas les honneurs, ils ne les cherchent pas, mais la Foi fait immensément pour eux parce qu'ils sont allés à elle et qu'ils l'ont choisie. Elle leur donne la force qui les élève et la charité qui les fait prier pour leurs adversaires. Elle ajoute son Être à leur Être, elle crée leur talent et parfois leur génie.

Pour ces prêtres-là, il y a quelqu'un au-dessus de l'archevêque de Paris, leur maître temporel ; il y a Jésus-Christ, leur maître et leur modèle éternel. Us sont désarmés de leur influence, mais ils ne sont pas découronnés de leur auréole. Ils ne sont pas bons pour les partis qui ramassent tout pour s'en faire des armes ; ils sont bons pour les pauvres qui les aiment et qui les appellent.

Les uns, modestes et timides, restent muets et

impuissaDts ; ils font le bien comme d'autres font le mal : clandestinement. Ils s*en vont, le soir, dans les lieux où Ton travaille ; ils y parlent de paix et de sacrifice; ils sont écoutés par ceux qui ne sont pas chrétiens, car leur pauvreté dit leur vertu. Cette charité secrète, ce zèle qui doit rester voilé, ne convient pas à tous les esprits. De loin en loin il se trouve des hommes entiers et personnels, qui veulent accomplir au grand jour leur devoir d'apôtres, qui veulent faire tète de colonne contre Terreur et trouée contre le mensonge.

Je connais un prêtre qui avait reçu le grand don, le ton suprême de Torateur, cette originalité, labarum qui porte dans ses plis hoc signo vinces.

Il parla dans Paris, non pas du haut delà chaire, non pas entre les lampes et le verre d'eau sucrée des réunions académiques. Il parla aux foules et sut être entendu ; il fit comprendre aux hommes penchés sur le travail du jour qu'il y a un repos du lendemain et sa parole fit courir un long frisson dans le peuple de Paris.

Les assemblées le portèrent en triomphe ; au sortir d'une réunion contradictoire, les journaux coureurs d'actualité saisirent cette proie au passage, et il subit avantageusement le ballottage de Topinion.

Le petit abbé bien peigné qui régnait alors sous le nom de secrétaire à l'archevêché coupa les

articles de journaux, souligna quelques éloges maladroits, et mit le tout sous les yeux de Tarchevéque.

Le prélat prenait son maigre repas au milieu de ses vicaires généraux. Il lut et relut les extraits qui lui «étaient soumis ; le chœur s*indigna :

— « Gomment ? Il y avait dans Paris un prêtre qui se permettait d'avoir du zèle et peut-être du génie sans le visa de Tarchevêché ».

M. le grand-vicaire en pâlit I M. le trésorier en rougit !

Le coupable, c'est-à-dire, l'orateur fut cite à comparoir; il accourut, le naïf, croyant recevoir un éloge, un paternel encouragement.

La bouche tordue de M»' Richard avait le sourire des mauvais jours et ses yeux mi-clos se voilaient de haine. Il regarda l'abbé, fit passer sa bague violette de la main droite à la main gauche, puis de la main gauche à la main droite. Trois fois il arpenta le salon de long en large, puis, tout essoufflé, s'écroula sur un canapé, appuya son dos voûté contre un petit coussin armorié par de pieuses mains, et d'une voix qui grinçait :

— « Vous avez fait, il y a trois ans, dit-il à l'abbé stupéfait, une citation de saint Thomas fort inexacte. Il est temps que vous ne parliez plus ; vous allez vous retirer à Rome dans un couvent pour y étudier la théologie. »

rêtre ne sut rien répondre, mais il sut se ttre et son exil nous vaudra peut-être bien livre qui sera un chef-d'œuvre.

;hevéque, lui, se dédommagea d'avoir fermé )uche éloquente en ouvrant trois bouches lies. 11 institua trois missionnaires diocéjui furent chargés de porter la parole au j clergé de Paris. Parmi ces trois abbés fut I. Martin de Gibergue, ce qui aurait dû au débarrasser l'archevêché de sa funeste in- I. Ce sont ces trois abbés qui ont fait la iction un peu enfantine de l'avocat du diais les sermons de carême, ardinal Richard, parfaitement heureux au d'un entourage parfaitement nul, prêtre Qomie sans arôme et sans bandelettes, d'un cisme de parade, le cardinal serait parfaiteleureux si un prêtre étrange n'avait imaginé îdre la parole dans les réunions publiques, ibbé Garnier, dont il a été déj& beaucoup m, dont il sera peut-être davantage question rd, appartient au diocèse de Caen.

l-là est un fort et un habile.

iu porter de fortes aumônes à l'archevêché t resté pialoniquement prêtre d'un diocèse ifince.

d, gros et fort, haut en couleur et en pa- I a, au physique, l'aspect d'un garçon bou-

cber déguisé. Son cou de taureau dit la colère et la violence ; mais son cou ment : ce fort est un doux et un habile. 11 est difficile de lui couper le chemin parce qu'il sait s'arrâter et attendre.

On lui a donné la permission de parler, parce qu'il aurait parlé si on la lui avait refusée.

On lui accorde des bénédictions et des encouragements, parce qu'il serait capable de se donner k lui-même des bénédictions etdes îndnlts.

L'archevé<]ue le bénit et l'approuve en public pour le maudire et le détester en petit comité.

Mais il reste aujourd'hui dans Paris, seul, pour s'adresser à des milliers d'auditeurs, et quand un prêtre courageux vient demander à l'imiter, le cardinal répond :

— n Monsieur l'abbé, tenez-vous mieux. »

Si l'abbé est un peu opportuniste il s'en va dîner en ville et devient dignitaire.

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