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LA CHAIRE CATHOLIQUE

La chaire est un fief qui appartient en France à deux Ordres, éternels rivaux, éternels Vadius et Trissotins de cette Célimène qui est la popularité : les Jésuites et les Dominicains.

Jusqu'ici les procédés oratoires avaient différé. Les sermons dominicains commençaient comme les drames d'Alexandre Dumas et faisaient s*agiter sur leur base desséchée, les vieilles demoiselles romanesques raidies sur leurs chaises.

Les Jésuites avaient une éloquence plus austère : la : parole de leurs orateurs avait gardé jusqu'ici cette modération de forme, cette élégance concise, ce charme séducteur, qui pénétrait les âmes sans agiter les corps. L'Ordre n'avait pas, comme celui des Dominicains, deux ou trois brillants ténors dont la voix éclatait à travers le monde. Les Jésui-

tes séduisaient et charmaient, par une doctrine forte, les auditeurs très attentifs.

Paris était peut-ôtre aux Dominicains; la province était sûrement aux Jésuites.

Ces derniers avaient Jusqu'à ces temps derniers la puissance de la richesse, la force que donne la pièce de cinq francs, hostie d'argent qui contient un Dieu vivant.

Les expulsions changèrent tout cela : les collèges désorganisés cessèrent de former Télite de l'armée; le malheureux essai de Cantorbéry se termina par une liquidation qui fut presque une faillite; les Jésuites perdirent le sceptre de l'éducation et du même coup la royauté de la chaire.

Les collèges de Moulins, du Mans, de Vannes, de Montgrès, de Bordeaux et de Sainte-Marie à Toulouse, devinrent de simples pépinières moitié laïques, moitié religieuses et ne fournirent plus que des arbustes chétifs à la grande forêt de la rue des Postes.

Pendant ce temps, les Dominicains, entreprenants, libéraux, ardents, réorganisèrent des collèges où de beaux parcs séduisirent les parents, où une discipline très douce retint les élèves. Les conférenciers célèbres devinrent les maîtres de la jeunesse, et c'est avec orgueil que les élèves d'Arcueil, appelèrent un beau jour le Père Didon leur prieur.

Le collège d*Arcachon, au milieu des sapins, en face de la mer, est le nid moelleux ou les petits Parisiens souffreteux trouvent une éducation conforme à leur faiblesse de tempérament.

Les fils des fonctionnaires, que dis-je, des dignitaires républicains furent accueillis chez les Dominicains et de triomphe en triomphe TOrdre put fonder, rue Saint-Jacques, à côté de la célèbre rue des Postes, une maison insolente où l'on prépare avec succès aux écoles du Gouvernement.

La Société de Jésus affolée, presque ruinée, ayant fait de vains appels aux riches frères d'Amérique, sentit le besoin de lutter par le cabotinage contre la mode. L'éloquence libérale des Dominicains avait peuplé leurs collèges : Pourquoi l'éloquence réactionnaire des Jésuites ne repeuplerait-elle pas les Caousou, les Yaugirard désertés ? Il fallait sans plus, sans moins, retourner l'éloquence de la chaire comme un vieux gant; il s'agissait pour la Société de Jésus, caméléon historique, de changer encore une fois de couleur, ou plutôt de recolorer le blason de l'Ordre, un peu pâli *par les pluies révolutionnaires.

Le P. Didon, le P. Ollivier avaient bruyamment adhéré à la République; le P. Lemoigne et le P. Forbes furent chargés, à Tavant-dernier carême, de défendre avec éclat la Monarchie.

On se souvient encore du scandale qui éclata à

Saînt-Merry et à Sainte-Clotilde : comment le P. Lemoigne frappa d'une main trop provinciale sur le clavier parisien, et comment le P. Forbes oublia sa qualité d'étranger pour faire concurrence à M. Descaves dans Tart de malmener Tarmée.

Nous sommes aujourd'hui loin du temps où, Magdeleine mâle, le P. Didon s'en allait demander pardon à Rome pour avoir trop parlé. Les idées dont il était le précurseur persécuté ont triomphé et il est allé de nouveau aux pieds du Pape, mais cette fois pour recevoir secrètement une bénédiction nécessaire à sa mission secrète.

Le prédicateur politique va , succéder au prédicateur pour femmes, que fut jusqu'ici le dominicain aux yeux de flammes. Les ailes que les pieuses affolées voyaient à ses larges épaules sont tombées ; le drapeau tricolore cachera de ses plis furieux la calme draperie du vêtement dominicain.

Jusqu'ici, le P. Didon avait appartenu — échantillon rare et précieux — à la race des prédicateurs héroïques, qui jouèrent le rôle de chevaliers pour les vieilles dames revenues de Cythère, et pour les filles dont la barque avait chaviré en route, sans jamais aborder.

Vers 1830, le prédicateur pour femmes était maigre, anémique, poitrinaire; il ressemblait aux saints peints psf Hary Scheffer, le beau-père de Renan. On ne souffrait dans la chaire que des clairs

de lune, s'effaçant de plus en plus sur le fond noir du vieux chêne. La robe de Lacordaire eut des drapées célèbres, la voix de Liamennais des éclats d'enfer.

Les femmes aimaient & trouver, dans la physionomie physique de leur prédicateur, Tair sinistre du moine allant au ciel par le chemin du Dante.

Aujourd'hui, ces vignettes idolâtres, ces romanesques culs-de-Iampe, qui faisaient rêver les cœurs candides, n'existent pas. Le prédicateur à la mode doit n'être plus jeune, avoir un profil grossier, des tempes puissantes, largement découpées dans le marbre dur d'une tête carrée. Les clientes du sermon, qui ne sont pas les femmes pieuses, aiment les déclamateurs, les poseurs de colère et de mépris, ceux qui, sous prétexte de les mettre à genoux, les roulent dans leur vieille fange.

Peut-être que le P. Didon fait-il bien de quitter le genre auquel il dut ses premiers succès. U avait inauguré le verre d'eau sucrée qu'il avalait sous les yeux de ses admiratrices, avec l'impassibilité d'un vieux Turc sourd et aveugle. Enfin il avait inventé les silences pleins de choses, les silences qui permettent aux auditrices haletantes de mettre un peu de poudre et d'arranger les plis de leurs robes.

Mais il y a en lui un acleur taillé pour un rôle

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plus beau. Sa robe déneige cache une âme de feu, et ce moderne apparaît comme le fils spirituel des grands Dominicains que l'Histoire a calomniés sous le nom d'Inquisiteurs, et qui furent des Justiciers.

Lui aussi est un justicier lorsque, du haut de sa chaire, il jette sur les auditeurs son regard noir, au fond duquel semblent passer les images des femmes attendries et frémissantes, qui vibrent sous sa voix. Sa parole a la majesté des grandes vues et des grandes idées. Sa voix de prêtre plane et retentit sur les hauteurs des événements; avec lui, on perd la respiration de l'esprit, le regard de la raison et l'on monte toujours.

Pourtant, ses ennemis traitent d'orgueil son calme souverain, comme si, orgueilleux, il n'aurait pas déjà enveloppé sa rébellion dans un lambeau du froc de Calvin.

Lamennais disait un soir à La Ghesnaie :

— « Messieurs, voyez cette pendule. Vous lui diriez on te brisera si tu sonnes dans dix minutes, qu'elle n'en sonnerait pas moins dans dix minutes. Faites comme elle; quoi qu'il puisse arriver, sonnez toujours votre heure. »

£h bien ! l'heure du P. Didon a sonné sur un timbre d'or. Qu'il le veuille ou non, il est désormais arraché à son public de dames et il ne leur reste plus, & ces pauvres dames vieillies et tristes, que la caricature qui est le P. Ollivier.

Bronze mal venu, tordu à faux, et qui grimace une énergie convulsive, ce prêcheur rappelle les plus folles fantaisies des Gallot Japonais qui font grimacer leurs dieux. Il s*est bâti un palais de publicité avec le renom de son obscénité pieuse. Assis dans la chaire, il n'enseigne pas comme un prêtre, il parle comme un professeur de la Faculté de médecine. Il analyse les horreurs inconnues avec le bonheur qu'a un barnum de musée anatomique en montrant ses pièces les plus honteuses.

Peut-être Lacordaire éprouvait-il une joie secrète à voir frémir et monter avec lui les petites âmes ailées de ses auditrices. Le P. Ollivier, lui, est heureux quand il voit rougir les plus pâles figures de son auditoire ; il se repose d'aise, triomphant comme un gladiateur antique, quand il aperçoit dans la nef une mère de famille, indignée, se levant et sortant avec sa fille.

A cette éloquence nouvelle, il a fallu des admiratrices nouvelles. Autrefois, l'auditrice hasardait une lettre de passion mystique, avec l'espérance secrète de ces Italiennes qui mettent sous la porte des Jésuites, à Rome, les billets qu'elles adressent au Bon Dieu.

Aujourd'hui, celles qui écrivent au P. Ollivier, femmes jaunes et maigres, épouses incomprises de maris couperosés par l'alcool, posent des questions à faire rougir un cent-garde.

Elle sortait de l'école Ollivîer, cette malheureuse I^me de V..., qu'on a dû enfermer dans une maison de fous, parce qu'un jour, en pleine église, elle avait, tous voiles relevés, épousé, matériellement épousé, l'hostie que le prêtre lui avait donné à avaler.

Nous sommes loin des temps mystiques où une vieille demoiselle fit, un soir, appeler l'abbé Dupanloup à son lit de mort. Elle avait été dévorée d'amour par tous les prédicateurs qui avaient traversé sa paroisse. Elle avait, d'ailleurs, offert un fier morceau de résistance à ces vautours successifs, car elle avait quatre-vingts ans ; mais elle voulait, avant de mourir, se confesser d'avoir coupé au passage soixante morceaux de soutane à soixante prêtres, dont la parole l'avait séàuite.

Rien n'était plus pur et plus lointain que ces amours de femmes dévotes pour leurs orateurs. Vu du haut de la chaire, le prêtre ne peut pas être une malingre chose humaine, et si, de temps en temps un moine disparaît, ce n'est pas au pied de sa tribune qu'il oublie sa soutane.

Il n'était pas orateur, ce pauvre abbé d'Armalhac, enlevé aux autels par la comtesse K..., et promené, pendant dix ans, à travers les steppes de la Russie. Aussi, la simplicité de son esprit l'a-t-elle fait pardonner et l'a-t-elle fait porter récemment aux honneurs de Saint-Louis des Français.

'VJrT'V'»

Quand le prêcheur pour daines tombe, c'est par orgueil; ce n'est pas une femme qui l'attire en son piège, ce sont toutes les femmes qui le grisent de leur griserie et lui font perdre le sentiment du bonheur silencieux et monacal dans la claire et tranquille cellule.

Parfois, d'austères amitiés suivent dans sa chute le bonheur tombé ! Le Père Hyacinthe, cette gloire qui s'était allumée un instant comme un phare sur le clocher de l'Église, n'a-t-il pas conservé, dans son apostasie, l'admiration de Julie Bonaparte, cette sœur du cardinal qui, aussi pieuse que son frère, garde sur sa cheminée la photographie de l'enfant du Père Hyacinthe à côté de la photographie du moine.

A côté des prédicateurs en robe s'agitent de la voix et du geste les prédicateurs en redingote.

M. Chesnelong est le type du prédicateur laïque.

Chose singulière et dont on se douterait difftcilement, le royaliste ardent frappé par Léon XIÏI d'un coup de dépêche qui valait un coup de foudre, au milieu d'une assemblée catholique, est le môme homme qui écrivit cette phrase :

— « La forme républicaine du gouvernement doit être considérée comme la seule possible dans le présent et dans l'avenir par tous les hommes qui se rendent compte de la marche providentielle des faits. »

Cette phrase politique fut la première que lança au public, le7 avril 1848, M. Ghesnelong, alors maire d'Orthez, dans les Basses-Py rénées, et marchand de draps dans la même ville comme Tétait le père de M. Jourdain dans la ville de Paris. Par surcroit M. Ghesnelong était saleur de Jambons.

Jeu singulier de TÉglise immuable : lorsque M. Ghesnelong était républicain, la Papauté était royaliste. Lorsque, après des étapes successives, M. Ghesnelong fut devenu l'ange de la fusion et l'archange de Torléânisme, la Papauté se trouva républicaine.

Ceci prouve que l'Église et M. Ghesnelong ont également marché, mais en sens inverse.

Il est peu probable que le vieux sénateur français, refasse, à soixante-treize ans, le chemin qu'il a mis quarante-quatre ans à parcourir. Il faut donc nouer un crêpe autour de son buste : M. Ghesnelong est mort — mort à la politique ; et il a été exécuté par l'honmie qu'il avait le plus admiré, par Léon Xni.

L'Église garde pour les fidèles vieillis à son service les cruautés que les maîtres méchants savent réserver aux domestiques dont une longue patience a diminué les forces, mais grandi le dévouement.

Aucun des exagérateurs patentés qui sont à la dévotion du Vatican n'a empilé, pour la gloire du

Pontife autant de mots que M. Ghesnelong. La récompense est venue un beau soir du mois de mai de Tan dernier : le vieillard de Rome a frappé le vieillard de Paris d'un superbe coup droit qui tuait Y Union chrétienne et blessait son président.

Déporté au Sénat, classé, étiqueté comme les autres momies, M. Ghesnelong vivra là de sa gloire passée, dans ce coin où les hommes ont les airs et les formes de pièces archéologiques.

Il y a quelque intérêt à llxer la figure de cet orateur qui fut le héros d'une époque sans héros ; de cet honnête bourgeois qui prit, pendant quarante ans, la succession de Montalembert — sans grand air de noblesse ni manteau de pairie.

M. Ghesnelong a été Thomme des circonstances; il n'a jamais eu cette originalité puissante qui commande aux événements, ce coup d'oeil d'aigle qui prévoit les faits. Il a suivi les partis politiques, créé, non pas pour commander comme un chef, mais pour battre le rappel comme un tambour.

Sa vie a manqué d'unité politique, précisément parce qu'il a voulu ne pas manquer d'unité religieuse. L'Empire, tant que ce gouvernement triompha, suffit à ses besoins de légitimité ; Tannée même où il recevait de Napoléon III la rosette de la Légion d'honneur, le républicain de 48 écrivait : « Je ne séparerai jamais dans mon dévoue-

ment la cause de FEmpereur de la cause de la France. »

Sept ans après, le même homme, chevalier de la fusion, s'en allait à Salzbourg négocier avec le comte de Chambord, en compagnie de M. Lucien Brun et de M. Gazenove de Pradines.

L'indigène d'Orthez fut si étonné de trouver un Roi là oîi il croyait rencontrer un candidat, qu'il ne comprit absolument rien aux paroles d'Henri V, et que, quinze jours après Tentrevue, le malheureux plénipotentiaire reçut à la figure le royal démenti de la superbe lettre sur le drapeau.

Plus tard, par sentiment de légitimité, M. Chesnelong renversa M. Thiers. Il prononça un discours qui ne le classa pas dans la famille des grands orateurs mais son talent ressembla, pour une fois, à cette mâchoire d'âne avec laquelle Samson abattait les Philistins.

Puis Tamour de la légitimité disparut devantune passion pour le ministère de Broglie jusqu'à ce que M. Ghesnelong se mita chauffer ouvertement au profit de Torléanisme et, imprudent, fit sauter la chaudière.

Tel fut l'homme politique : il ne jette pas de rayons et il serait difficile d'attacher un nimbe autour de ce front; heureusement, à côté du politicien variable, se dresse le marguillier, c'est-à-

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dire le catholique aux vues fermes dans leur horizon étroit. ^

Marguillierl c'est Tinsulte que ses adversaires ont souvent jeté à la tête de M. Chesnelong, et cette insulte, il la faut ramasser comme un titre de gloire, comme un parchemin précieux.

Théologien, M. Ghesnelong a été enfanté h la science divine dans une sacristie.

Orateur, il s'est formé à l'éloquence dans les réunions d'un conseil de fabrique où il prit cette faculté de parler qui était devenue chez lui une mécanique à vapeur dont l'Empire même n'avait pu casser le grand ressort.

Les profanes, ceux qui ignorent les choses d,e l'Église, pourront prendre M. Ghesnelong pour le Fâcheux de Tadmiration : s'il se tenait à la porte des encycliques et des simples mandements, avec de grands saints à la mode antique et de grands discours, il savait bien ce qu'il faisait.

Né sur le théâtre catholique, ayant l'habitude de son parterre spécial, il produisait sur le public une impression profonde parce que son talent, ridicule parfois, était à la portée des auditeurs.

Prédicateur séculier, il parlait à des prêtres le langage des prêtres. L'apostrophe théâtrale, les tremblements de voix, les phrases en coups de tonnerre, sans Téclair de l'esprit, tout cela faisait supporter les distinguo subtils, que M. d'Hulst,

héritier présomptif de la couronne tombée, a le tort d'offrir tout secs.

Quand Tauditeur s'était nettoyé, lavé et essuyé de Temphase oratoire où l'avait embourbé M. Chesnelong, il s'apercevait qu'un théologien déguisé venait de parler et des lambeaux de vérité restaient collés à l'oreille de l'auditeur.

Dans un temps où l'on hait l'élégance, et où M. de Mun échoue parce qu'il reste de bon ton, M. Ghesnelong dut plaire beaucoup, car ce qui manqua surtout à son éloquence, ce fut la grâce. On voyait qu'il n'avait point été formé dans le commerce des femmes et qu'il n'avait point reçu au berceau ce qu'on appelait autrefois le don françaiSy le don du charme.

Ce n'était qu'un homme de parti, mais il parlait le langage de son parti dans toute sa subtilité, et il inspirait aux catholiques un sentiment de respect fait de peur, le seul qui assure le succès.

Pendant longtemps, M. Ghesnelong excella à sauter sur le dos des circonstances et à galoper avec elles. Depuis deux ou trois ans, il retarde, l'âge a alourdi ses pas. Autrefois il était plus souple. Un exemple sufBra à peindre son opportunisme catholique. Plaidant, sous l'Empire, pour le maintieù du chapitre de Saint-Denis, il appelait les chanoines « gardiens des tombeaux de nos Empereurs. » A l'époque du Seize-Mai, il prit la parole

> même cause et, cette fois, les chaooioes mt dans sa bouche u les gardiens des tom- 3e nos Rois. >

! façon de tout sacrifier à l'Église peut semi peu étroite et aurait été indigne du génie e Maistre ou d'un Bonald. On se dévoue : l'oD peut. L'important est de se dévouer et

peut demander à un drapier de Jeter dans rouement ce piment rare qui est le génie.

XIII, nouvel ange de l'élise, a desséché le e la cuisse du Jacob qui n'était plus jeune, ni voulait lutter encore. Ce n'est pas un enement pour les athlètes de demain.

s avoir parlé des cabotins de la chaire et de le, il est juste dépeindre celui qui — le derîut-ètre — est monté en chrétien dans la chrétienne : le Père Monsahré.

. dans une retraite que rien ne trouble, pas le regret de ne pas avoir reçu la récompense , pourpre promise.

'ictime du Panthéon, lors du pèlerinage -, ne fut pas Victor- Emmanuel, qui continue lir son sommeil d'excommunié dans son lée béni.

e fut pas non plus le séminariste douteux uva dans sa manifestation une demi-livre de m d'or mauvais teint, appelée célébrité d'un

Ce ne fut pas enfin le M. Harmel qui, en vingt colonnes de journal, se chargea de dresser l'exacte comptabilité des coups de sifflets, dont nos compatriotes et lui furent salués au retour.

Non; la seule victime du Panthéon a été le R. P. Monsabré, qui ne suivait pas le pèlerinage, qui n'avait jamais dû le suivre, et qui se remettait au Havre d'une attaque de zona, pendant que les Italiens souffraient d'une attaque de gallophobie.

Ceci demande une explication : l'orateur qui a rempli pendant des années le vaisseau de Notre- Dame d'une théologie transparente comme l'air, solide et pure comme le diamant, cet orateur allait bientôt recevoir sur sa tête géniale le chapeau cardinalice.

La nouvelle avait déjà été plusieurs fois donnée, et elle n'avait été démentie que par ces prélats inférieurs, officiers de paix du Vatican, qui boivent l'eau du Rhin sans la filtrer et s'étranglent avec tout ce qui ne vient pas d'Allemagne.

Le Père Monsabré allait donc devenir un anneau ajouté à la chaîne d'or des cardinaux-moines français. Il allait occuper à Rome la place laissée vide par Son Éminence Pitra, malgré les cris étonnés de ceux qui croient jouer près du trône de Saint Pierre le rôle joué jadis au Gapitole par des sauveurs qui n'étaient pas des aigles.

Mais voilà que pour ménager les Italiens — tou-

jours la combinazione, — le Pape priva de la pourpre le Père Monsabré. Le Pontife eut peur â'eiciter les haines de ses compatriotes, et il immola sur l'autel de Victor-Emmanuel un Dominicain français , le réservant pour un consistoire qui se tiendrait vers les calendes grecques.

Le plus curieux de l'affaire est que le conducteur de toute cette intrigue était un autre dominicain, un autre Français, déjà cardinal.

S. E. Zigliara s'est employée de tout son zèle pervers à empêcher la promotion de son confrère en religion. Le fait paraîtra moins étonnant si l'on se rappelle que le cardinal Zigliara est ce Corse qui, invité unjour h Rome à un banquet de prêtres français, répondit au vénérable cardinal Desprez : « J'ai l'bonneur de ne pas être des vôtres, m'étant fait naturaliser Italien. »

A quelqu'un qui se scandalisait de cette réponse, un prélat répliqua :

— Que voulez-vous ? Quand on ne peut pas tirer des coups de canon, on tire des coups de ftisil.

C'est un nouveau coup de ftisil qu'a tiré le cardinal Zigliara. Celni-là n'a tué personne et n'a pas même blessé le Père Monsabré. L'illustre orateur ne tient guère à la pourpre et il répondit à un ami qui lui parlait de cet honneur prochain :

— Si ce que vous dites arrivait, je ne m'évanouirais pas, comme font les Italiens, mais je serais

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fort ennuyé de me trouver dans les honneurs.

Quand on a été blanc toute sa vie, on a de la peine à devenir rouge.

Telle est la joyeuse bonhomie avec laquelle le moine du Havre prend les incidents que d'autres appellent des événements.

Certes, dans un temps de curiosité littéraire où Ton veut savoir comment tout homme qui a pour deux sous de célébrité, met son bonnet et chausse ses sandales, dans un tel temps le Père Monsabré a été peint et repeint.

Tous les photographes de la plume, tous les sculpteurs de la phrase l'ont représenté; mais aucun n'a fait le portrait en pied et en pleine lumière. C'est que les grands esprits comme les grands palais ont toujours quelque recoin curieux et unique, dont on oublie la visite.

Le recoin du Père Monsabré, c'est la simplicité, la superbe et sainte simplicité dans la force, dans la science et dans la vie.

L'homme n'a ni la flamme du regard, ni la pâleur acétique du visage, ni la tête pensive, ni aucun autre de ces riens que les catholiques aiment à retrouver dans leurs orateurs préférés. Quand il gravit les marches de la chaire, il apparaît comme un ouvrier qui monte à son travail, non comme un inspiré qui va prophétiser sur la montagne. Il ignore les repos calculés et savants ; il méprise

presque le geste; car si son bras s'agite parfois, c'est pour marteler le bord de la chaire comme s'il voulait enfoncer la vérité dans le crâne des auditeurs.

Le langage est d'une royale élégance, mais d'une militaire simplicité. Dans ses conférences à Notre- Dame il évita toujours les faciles succès d'actualité; il ne sema pas son vaste champ théologique des petites fleurs de l'allusion, mais d'une main ferme il dressa contre la philosophie un traité de dogme qui est un monument. Aujourd'hui, le prédicateur est enfoncé dans Tombre de l'Église, dans la solitude du cloître, dans la vie de province, dans la tombe du couvent. Il n'est plus éclairé par cette lumière étrange, venant de partout, d'en haut et d'en bas, qui enveloppe les orateurs de la chaire. La parole a perdu la vie en devenant le livre, et le monument ne paraît ni moins haut ni plus fcoid.

On ignore la moisson d'âmes que le Père Monsabré a faite; le confessionnal seul le sait et ce tombeau des fautes garde bien son secret; mais Ton peut affirmer que l'œuvre lue fera le même bien que l'œuvre entendue.

Il ne faut pas oublier que le dernier orateur de Notre-Dame a été plus un théologien qu'un moraliste. Son âme, pure et simple, son cœur de prêtre, né prêtre, a toujours ignoré les orages. Il ne pouvait pas comme Lacordaire, en mettant ses mains

sur sa poitrine, sentir des tremblements anciens, parce que jamais il n'avait tremblé. Mais en matière de doctrine il reste un maître sûr, un guide expert : on ne saurait nier la carrure de cette tête parce qu elle s'est montrée nue. La force doctorale de cet esprit n'est pas moins grande parce qu'elle n'est pas enveloppée dans une feuille de rhétorique.

D'ailleurs la vie ne manquait pas à la parole du Père Monsabré.

Il ne faudrait pas le confondre avec le bâtard de séminaire et d'université qui Ta remplacé. L'un est froid dans la chaire et reste froid dans le livre ; l'autre est chaud dans le verbe et reste chaud dans l'écrit; mais cette chaleur n'a rien de factice. Elle est naturelle, parce qu'elle vient d'un superbe soleil^ au lieu d'avoir été produite par un petit poète.

La théologie du Père Monsabré marche appuyée sur l'Histoire, et nul mieux que lui ne sait à propos invoquer les grands témoins du Passé. Et pourtant un jour, un seul jour, il hésita devant un fossé historique. Il faut dire que ce fossé est un gouffre superbe. Toujours est-il que le dominicain tourna et prit par le plus long au lieu de sauter à pieds joints. Il s'agissait de l'Espagne et des grands moines inquisiteurs. Il aurait été beau et fier pour un fils de Saint Dominique de réhabiliter ces grands calomniés, de montrer leur rôle réel, de déchirer

la légende, de renoncer à nier Tlnquisition. Pour cela, le Père Monsabré, qui sait les faits, n'aurait pas eu besoin d'humilier ses ancêtres, de les diminuer, de les excuser, de leur demander pardon en leur nom.

Il aurait pu les revendiquer tout entiers, sans coupures, sans accommodements ; et il aurait eu le beau rôle en plantant fièrement le nimbe sur ces tètes rasées.

Cette fois, mais cette fois seulement, la sainte audace lui a manqué et il a sacrifié la vérité en l'honneur d'un vague libéralisme à la Perraud.

Ces choses étaient bonnes à écrire sur le Père Monsabré, parce qu'elles n'avaient pas encore été dites. Ses admirateurs les plus zélés avaient décrit sa personne qui n'est rien, et négligé son talent qui est tout.

Ainsi, après un sermon qu'il venait de prêcher, il avait un soir vu entrer dans la sacristie un jeune homme tout ému.

Ce jeune homme se jeta aux genoux du moine, ou plutôt s'écroula sur le prie-dieu.

Le Père Monsabré crut à une conversion subite et demanda au visiteur : Que désirez- vous, mon ami?

— Je voudrais savoir, mon Père, si vous portez, dans la vie privée, une calotte noire ou une calotte blanche.

Il ne faudrait pas croire que ce jeune homme fût un plaisant de mauvais goût. Non, c'était un excellent reporter qui voulait renseigner d'une façon exacte les lecteurs d'un journal bien pensant.

Certes, il rentra dans soh bureau de rédaction, convaincu qu'il venait de poser une pierre à l'édifice en l'honneur du Père Monsabré.

Quant au dominicain, il eut besoin de regarder sa calotte pour savoir si elle était blanche ou noire : il ne l'avait jamais su.

Tel est l'homme que le Saint-Père avait trouvé digne du Sacré-Collège; tel est le cardinal dont nous a privés l'entreprise Langenieux, Harmel et G»*.

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