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LE PARTI CATHOLIQUE ET SA POLITIQUE

Dans le courant de juin 1891, un document communiqué à plusieurs journaux nous apprenait que, pour répondre à l'appel adressé aux catholiques par l'archevêque de Paris, il s'était formé un Comité composé de vingt membres, sous le titre de Y Union de la France chrétienne.

Ce Comité tenait sa première séance sous la présidence du cardinal Richard.

Le Bureau du Comité était ainsi constitué :

Président : M. Chesnelong.

Vice-Présidents: MM. Keller, baron de Mackau, comte Albert de Mun, d'Herbelot.

Trésorier : M. Ferdinand Riant.

Secrétaire : M. Barthélémy Terrât.

Le Comité arrêta le texte d'une déclaration qui peut se résumer en une ligne : « Envisager toutes les questions politiques au point de vue religieux, w

Le parti, conçu depuis neuf mois, était venu à terme. MM. Keller et de Mackau avaient songé à. faire irruption dans le milieu constitutionnel. Ils auraient voulu entrer dans le Pioutisme, au besoin sans M. Pion. On demanda conseil à un évêque très connu :

« La droite républicaine, répondit le prélat, est un rêve auquel il ne faut point songer. C'est ne rien comprendre aux choses d'Église que de nous proposer cette impasse. Croyez-vous, par hasard, monsieur, que mon diocèse se compose de communes?

— Erreur... il se compose de cent cinquante châteaux qui entretiennent mes œuvres. Le reste est une charge, rien de plus. Dans vingt-cinq châteaux, je trouve le portrait du prince Victor, et je salue; dans vingt-cinq autres, je vois la photographie du prince impérial et du comte de Paris, mariées en un seul cadre;]em'incline deux fois; dans

les cent autres, la famille d'Orléans règne seule... je salue trois fois. Mais partout, je trouve aide pour mes écoles, pour mes pauvres. Et je n'ai ce bonheur que dans les trois milieux dont je viens de vous parler. Comment voulez-vous que je devienne Pioutiste ?

Plusieurs voyages vers Rome furent entrepris à la suite de cette conversation ; cela s'appelle des pèlerinages ad limina»

Mi Piou se mit en route le premier; il revint encouragé et raconta ses succès sous le manteau.

Mgy Preppel arriva second au Vatican ; il revint non moins encouragé, mais garda le silence.

Après mille hésitations, on décida d'abandonner, pour le moment, la droite républicaine et de créer un parti catholique pur, en dehors des assemblées parlementaires et en s'adressant au pays. Le cardinal Richard résuma ainsi la pensée de tous :

— Il faut tirer du creuset un or sans alliage.

Les royalistes^ qui avaient eu vent des négociations, profitèrent des pourparlers pour arriver.

Aussi, certains journaux prétendirent-ils que le nouveau parti indépendant avait déjà tourné en succursale du parti monarchiste.

Un fait condamnait pourtant ces suppositions : le cardinal Richard aurait refusé de présider à l'enfantement du nouveau groupe, si ledit groupe s'était présenté avec une cocarde.

rôle de duègne mâle, après avoir joué celui d'enfant terrible ; porte du bruit et de la verve dans Tun et l'autre emploi.

Le baron de Mackau, député, un vaincu d'hier, qui pourrait être un vainqueur de demain, si la valeur et le désintéressement étaient armes suffisantes; met dans ses entreprises un esprit diplomatique si compliqué qu'il échoue toujours.

M. Keller, ancien député, un héros selon les uns, un timide selon les autres ; un orléaniste selon tous.

M. Albert de Mun, le seul orateur de la droite, et peut-être de la gauche. Ses discours sont beaux comme la foudre; ils effrayent leur auteur.

M. d'Herbelot, ancien magistrat; une cravate surmontée d'une perruque.

M. Riant, conseiller municipal, honnête homme qui se dévoue toujours et partout, paie de sa personne et de sa bourse, ce qui n'est pas un mérite commun, parmi les entrepreneurs d'œuvres.

M. Terrât, président du Cercle catholique, aurait pu réunir la jeunesse intelligente ; a préféré régner dans une cave ; a succédé à M. Belluze, de sainte mémoire, sans le remplacer.

M. Ancel, du Comité des Cercles ouvriers; un spécialiste, connaît son affaire, qui est une des plus belles dans le monde catholique, mais ne donne guère d'autre résultat que de remplir les loisirs de ceux qui s'en occupent.

M, Thellîer de PonchevîUe : compte pour un sur la liste.

M. Eugène Yeuillot, nullité prétentieuse, a signé le dernier, se croit le premier ; a cette modestie qui est l'envers de l'orgueil; il laisse au vestiaire le solide gourdin que lui avait légué son frère — le grand; abandonné par son seul charme : sa sœur.

Tels sont les hommes qui se donnèrent la mission de parler aux catholiques de France au nom de rÉglise.

Parmi eux se trouvaient des esprits différents, pour ne pas dire opposés , les uns tenant pour Taction, les autres pour la retraite.

11 fallut, dit-on, l'intervention du cardinal Richard poui que le Comité ne se disloquât pas avant d'être formé. On avait invité à la même table le grand Turc et la République de Venise.

Le fait le plus important en cette affaire, c'était que le nouveau Comité faisait appel à tous les Comités catholiques de province.

Certaines de ces assemblées très anciennes, très actives, rendent des services à la cause de la religion et à la cause des pauvres. On pouvait se demander si, en s'attachant à une section politique, elles ne perdraient pas leurs vertus et leurs influences. On crut qu'elles grandiraient encore en puissance.

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