UNE LONGUE COMEDIE
Il se joue, depuis 1891, une comédie, non pas d'Église, mais de trône et d'autel, qui égaya la France catholique ; car la France catholique connaît la gaîté méchante.
Les agences télégraphiques du monde entier firent les affichés et montrèrent certains prélats français portant en main la fleur épanouie de leur protestation contre Tidée républicaine.
L'intrigue de la comédie fut bientôt connue aussi bien que la distribution des rôles.
Feu le cardinal Foulon, alors archevêque de Lyon, jouait les Gérontes.
S. E. Richard, archevêque de Paris, faisait rhabile.
Le Comte de Paris remplissait, avec une aisance
un peu lourde, le rôle du Roi.
SOUTAIiES POLITIQDES
l seigneur, qui est par liasard le plus
^alistes, était le âdèle conseiller.
comte d'Haussonville avait bien voulu
poste ingrat de souffleur.
er acte fut joué en Espagne ; le second
le troisième à Rome.
illeurs un compte rendu fort exact de la
u se lève sur la chambre mortuaire Montpensier, beau-père du Comte de
qui ne met pas en deuil l'Espagne, mort du diic de Montpensier fut un sou- ;nd très brillante la situation pécuniaire rance... in partibus. Au même moment, on XIII souffre du mal de déScit, en ju Vatican. Le grand seigneur, en bon it près de son maître pour le consoler er. Hais, en bon catholique, il gémit lie dont souffre le Pontife, ires privées du Comte de Paris sont en spérité, ses actions politiques sont !s ; la direction du parti est entre les
vieillard que le sommeil du sceptiî doucement.
seigneur sait tout cela etil a une idée, itumier du fait, late habile doublé d'un fin policier, il
SOUTANESo POLITIQUES U
a constaté la froideur indifférente du clergé pour la cause royaliste. Il s'en inquiète et communique son inquiétude au Roi.
— a Que penserait le prince d'une large aumône au Vatican ? Le feu duc de Montpensier n*est pas mort sans quelques péchés sur la conscience.
« Une générosité bien faite abrégerait peut-être les tourments du défunt dans l'autre monde et ferait cesser les malheurs politiques de l'héritier dans ce monde-ci. »
A ce discours, le Comte de Paris ne répond rien ; mais son esprit suit la pensée avec la lenteur qu'aurait la tratne royale d'un manteau de velours.
Le conseiller part pour la France, et, comme le poids d'une idée est trop lourd, il veut le ^faire partager au vénérable archevêque de Paris.
Le cardinal Richard approuve et s'empresse de communiquer la bonne nouvelle au Nonce. Ce prélat, sans retard, informe le Vatican. Aussitôt Léon XIII expédie une dépêche de condoléances au chef de la Maison de France ; le duc de Montpensier était mort depuis soixante-sept jours !
Le conseiller a l'honneur de rédiger la réponse et il profite de l'occasion pour reparler de son idée :
— « Je consulterai ma femme, répond cette fois le prince. »
Si l'esprit de la princesse est très ouvert, sa main est très fermée. Elle approuve pourtant, et le
OUTAHES POLITIQUES
is annonce qu'il va envoyer au pri-
n sa royale aumône.
u Souverain-Pontife une lettre et...
i « quinze cents francs a.
er un trou de dix-huit mitions, c'est
m n'avait pas oublié la générosité
de son auguste Veuve. II Ait très
ajt.
ime époque, le cardinal Lavlgerie
aander au Roi un secours pour la
i-esclavagiste, et il n'avait rien reçu.
mésaventure au Saint-Père qui lui
e des quinze cents francs.
pe et Cardinal se trouvèrent républi-
mt de détacher leur coeur du passé,
ils avaient prise pour une laque
Rampolla fut chargé d'exprimer les lions du Pontife et le Primat d'Afriea de formuler tout seul la sienne X toast qui fit le bruit d'un coup de
3 Paris, très anxieux, appela le grand fidèle conseiller.
BSt grave, dit ce dernier. Mais il faut goter sur la parole du Pape, qui n'est traiter en quantité négligeable l'opiit. »
— « Toi;s nos journaux ont couvert de fleurs le cardinal Lavigerie, répliqua le prince. »
-^ «Ils le couvriront de boue, repartit le conseiller. »
Sur ce mot régence, ainsi fut fait. Gela n'empêcha pas le mouvement catholique cle grandir. Le flot roulant de la pourpre et du violet emportait la foule des prêtres et des laïques aussi. M. de K^rohant^ avec plus de verve que d'à-propos, irrita le bas clergé. Par un mot malheureux, il fit se levei dans les âmes le démon de la contradiction, qui dort en tout prêtre et qui est si promptement debout.
Le cardinal de Paris restait seul à la monarchie. Tout en devenant prince de TÉglise, M»' Richard est resté hobereau et provincial. Bourgeois armorié, il est royaliste pour avoir Tair gentilhomme. Il a un pied dans le présent, Tautre dans le passé, et, comme dit TÉcriture, il boite de tous les deux.
Le fidèle conseiller, expert en hommes, comprit tout ce que Ton pourrait tirer de la vanité du prélat. Habilement, sans secousses, le vieillard fut amené à présider un Comité qui, sous des apparences catholiques, cachait des espèces royalistes. Le conseiller du Comte de Paris déploya, en cette affaire, plus de diplomatie que feu Talleyrand. Tout Comité se doit à lui-même et doit au public un manifeste. Tous les membres voulaient em-
ployer des termes clairs, des phrases transpareDtes et lumineuses, où l'idée monarchique brillât comme un soleil sous le voile religieux. Le cardinal fit une opposition féroce.
Théologien argumentant, doctrinaire professionnel, il voulut une rédaction obscure et mixte où chacun pût lire ce qu'il lui plairait de lire. Et c'est ainsi qu'en fait de proclamation royaliste, le Comité finit par distiller une véritable bouteille d'encre.
Cela ne faisait point l'affaire du fidèle conseiller. Il demanda à l'archevôquâ d'adresser une lettre de protestation privée au Saint-Siège contre la conduite des évêques républicains.
Ce document ne donnerait aucun travail ni aucune peine à l'Éminence. Le conseiller avait en poche toutes les notes nécessaires à. la rédaction, voire môme le texte tout prêt.
C'en était trop : Mr Richard éclata. On abusait de son dévouement à la monarchie. On voulait le compromettre, le perdre dans l'esprit du I*ape. La scène fut si violente que pendant un mois le conseiller du Roi dut se renfermer en lui-môme et réfléchir.
11 finit pourtant par trouver ce qu'il cherchait : un prélat, vaniteux sans orgueil, royaliste sans passé, ayant déjà servi avec zèle plusieurs gouvernements, un évoque dont la cervelle fut pétrie de
libéralisme vague, une épave religieuse de la tempête révolutionnaire.
Le cardinal Foulon, Primat des Gaules, archevêque de Lyon, était cet homme-là comme s*il avait été fait sur mesure.
Il avait atteint une situation que ses rêves les plus fous ne pouvaient lui faire espérer.
Ancien caudataire de M»"" Dupanloup, il demandait à se venger de s'être aplati devant la République en servant la Monarchie, comme^il s'était déjà vengé d'avoir encensé l'Empire, en se faisant le familier de Gambetta.
Il n'aspirait plus du reste qu'à une chose au monde, et cette chose était un fauteuil académique : le parti des ducs pouvait l'y asseoir, l'y bercer, l'y endormir. Il n'en fallait pas davantage pour que M»"^ Foulon accueillit à pallium ouvert l'envoyé du Comte de Paris.
On lui demandait d'écrire une lettre : il était disposé à en écrire dix. Il reçut la parole royale comme un rayon de Dieu lui tombant sur la tête, plus chaud que le soleil de Murillo éclairant le pouilleux célèbre.
Le conseiller eut pitié de cette platitude, honte de cet écrasement. Il se dit qu'un tel homme devait être, depuis beau temps, usé à Rome. Il n'osa pas demander une lettre pour le Pape à ce