‹ Souveniers sur la vie privée du général LafayetteChapitre 27 sur 58 · AU MARQUIS DE LAFAYETTE · texte numérisé non relu

AU MARQUIS DE LAFAYETTE

« Passy, 24 *oût 1779.

«Monsieur,

« Le Congrès , pénétré de reconnaissance pour votre conte duite envers les États-Unis, mais se trouvant aussi dans i< l'impossibilité de vous récompenser selon votre mérite, a « pris la détermination de vous présenter , comme une faible «marque de sa profonde gratitude, une épée ornée de de- « vises. Ce qui en fait sur-toUt la valeur, c'est que plusieurs «des principales actions où vous vous êtes distingué par a votre bravoure et votre conduite, s'y trouvent représentées u avec des figures emblématiques admirablement exécutées. « Il n'y a qu'une chose que les talents des artistes célèbres

« que produit la France ne peuvent m'aider à exprimer, c est <c la haute idée que nous avons de votre mérite et nos obliga- « tions envers vous.

« J'ai l'honneur d être avec la plus parfaite estime, etc.

« B. Franklin. >»

uP.S. Mon petit-fils, porteur de cette épée, se rend au « Havre, et aura llionneur de vous la présenter '. »

Lafayette, après avoir reçu le présent des États-Unis, écrivit à Franklin, également en anglais, la lettre suivante:

LE MARQUIS DE LAFAYï?rTE A B. FRANKLIN.

«Havre, 29 août 1779.

« Môçisieur,

u Quelles que soient les espérances qu'aient pu faire naître u en moi les faveurs passées des États-Unis, leur bonté envers

* tO THE MARQUIS DE LAFAYETTE.

« Passy, Attgnst 14, 1779.

«SlE,

a The Congress, sensible of your merit towardsthe United States, but « unable adequately to reward it, determined to présent you with a sword, as K^a small mark of their grateful acknowledgements. They directed it to be « omamented with suitable devices^ Some of the principal actions of the war, « in which you distinguished yourself by your bravery and conduct, are « liierefore represented upon it. Thèse, wifh a few emblematic figures, ail « admirably well executed, make its principal value. By help of the exquisite « artists France afïbrds, I find it easy to express every thing but the sensé we « hâve of your worth, and our obligations to you. I therefore only add, that, « with the most perlFéct esteem, I hâve the honour to be, etc.

« B. Franklin. «

« P«S. My grandson goes to Havre with the sword, and wiil bave the honour « of presenting it to you. »

«^moi a toujoufs été telle, que dans toutes les occasions elle a » surpassé les idées que j en pouvais concevoir. Je trouve u une nouvelle preuve de cette flatteuse vérité dans le noble « présent dont il a plu au Congrès de m'honorer , et qui m est « offert par votre excellence d une manière que rien ne peut «surpasser, si ce n est le sentiment de ma reconnaissance (c sans bornes.

« Je ne puis m'empêcher de considérer quelques unes des « devises comme uue récompense trop honorable pour les « légers services que j'ai eu la bonne fortune de pouvoir u rendre, de concert avec mes compagnons d'armes et sous u les ordres du héros américain qui nous commandait. La « vue de ces actions où j'ai été témoin de la bravoure et de «l'esprit patriotique 'des Américains, sera toujours une M source de plaisir pour mon cœur plein d'attachement pour « votre nation et d'un zélé ardent pour sa gloire et son bonu beur. Les assurances de ma profonde gratitude que je prie « votre excellence d'agréer, sont aussi au-dessous de ce que <c j'éprouve. Ces sentiments peuvent seuls reconnaître vos it bontés envers miHr La délicatesse avec lamelle il a plu à « M. Franklin de me remettre cette inestimable épèe, toé fait « conti^cter envers lui de grandes obligations, et jz^'ongage à u lui adresser en parflculîfer mes remerciements.

u J'ai l'honneur d'être avec le plus profond respect, etc. 3 « Lafa^çtte.'..»

*THE MARQUIS DE LÀFÀYETTE TO B. FRAJSKUN.

«Bftvjre, A«4put atQ, 1779.

« Whatcver expectations might hâve been raised from thc sensé of past

Oo peut rcgiarder cette arme comme un chef-d'œuvre de Fart. La poignée et. la garniture sont en or massif , admirablement ciselées , et offrent des sujets nombreux dont je vais vous donner une analyse : de simples traits en aideront Imtelligence.

A Fépoque de la terreur, madame Lafayette étant à Chavaniac , fit enterrer cette épée , qui fut ainsi cachée et soustraite pendant plusieurs années au vandalisme révolutionnaire. M. George Lafayette, à son retour d'Amérique, la fit déterrer : mais elle avait payé tribut à sa captivité soiiterraine : sa lame était complètement rongée et détruite par la rouille. M. George ne put en conserver que la poignée et la garniture , qu'il cacha soigneusement , et qu'il parvint à porter

«• favours, the goodness of the United States for me bas ever been sucb, that « on every occasion it far surpasses any idea I could bave conceived. - A new « proof of tbat flaltering trnjb I find in tbe noble présent whicb Contres», bas u been pleased to bonour me witb, and wbicb is ofFered in sucb a manner by « your Excelkncy as will exceed any tbing but tbe feelings of my nnboonded « gr&titude. '

« In some of tbe devices I cannot belp finding too bonourable a reward foc « tbose sligbt services wbicb, in concert witb my fellow soldiers, and undér « tbe godlike American bero*s orders, I bad tbe good luck to rander. Tbe « sigbt of tbose actions, wbere I was a witness of American bravery^ and « patriotic spirit, I sball ever enjoy witb tbat pleasure wbicb becomes a beart « glowing witb love for tbe nation, and tbe most ardent zeal for tbeir glory « and bappiness. Assurances of gratitude, wbièb I beg leave to présent to your « Excellency, are mucb too inadéquate to my feelings, and notbing.but tbose « sentiments may properly acknowledge your kindnesstowards me. Tbe polite « manner in whicb Mr. Franklin was pleased to delivcr'that inestimable sword « kys me under gi^at obligations to bim, and demands my particular tbanks. « Witb tbe most perfect respect, I bave tbe hono«r lo be, etc.

« LafÀtette.

ea Hollande à son père, quoique alors il fût très dangereux pour lui de sortir de For de la France.

Lorsque Lafayette rentra dans sa patrie, après le i8 brumaire , il eut rheureuse idée d ajuster à cette poignée la lame d une épée que la garde nationale de Paris lui avait offerte avec une statue de Washington, lorsqu'il lui eut fait ses adieux le 8 octobre 179 1 . Cette dernière lame, foi^ée avec le fer des verrous de la Bastille, afin de consacrer les armes du despotisme à la défense de la liberté, présente des sujets allégoriques relatifs à la prise et à la destruction de cette célèbre prison d'État.

Le bouton de la poignée offre, d'un côté, un écusson aux armes de Lafayette : une couronne de marquis^ surmontée d'une banderole sur laquelle est inscrite la devise CUR non ; de l'autre côté, un médaillon représente le premier croissant de la lune dont les rayons se répandent sur les mers et les terres du continent américain qu*on aperçoit à l'horizon. Les côtes de France forment le devant de ce tableau qui est surmonté d'une bande flottante sur laquelle on lit : GRESGAM UT PROSIM, allusion à la liberté naissante et à la prospérité future de l'Amérique.

Au milieu de la poignée, de l'un et l'autre côté, sont deux médaillons oblongs : l'un représente Lafayette qui a tiré l'épée et terrasse le lion anglais qu'on voit renversé à ses pieds. Le général est près de le tuer, mais il s'arrête, étend sur lui la main, et semblé voidoir ^mign^ sa vie.

Sur l'autre médaillon on voit l'Amérique qui vsant de briser ses fers. Représentée sous la figure d'une jqime femme

à demi vêtue, elle est assise soas une tente militaire; d'une main elle tient ses chaînes rompues et de l'antre offre à Lafayette une branche de laurier.

Au-dessus et au-dessous des deux médaillons pri^cédents , sont ciselés des faisceaux d'armes et deux couronnes d^ laurier qui ceignent la poignée.

SOUVENIBS SDR LA VIE PRIVÉE

Sur les côtés de la garde sont d'autres trophées d armes, et sur Fun d eux oo lit ces mots : from the amërioan €019-*

GRESS TO BfARQUIS DE LAFAYETTE, I779,

Les coquilles de Tépée sont ciselées sur leurs deux faces. Elles représentent , sur leurs médaillons, quatre événemieiits

mémorables delà guerre d'Amérique dans lesquels Lafayette s était distingué par sa prudence ou sa bravoure. Je vais vous les rappeler successivement :

l"" Le COMBAT DE GLOUGESTER DANS LES JERSEYS. Lorsque, après la malheureuse affaire de la Brandywine, le général anglaisHoweeutoccupéPhiladelphie,Washingtonavaitdétaché de son corps principal le général Greene avec trois ou quatre mille hommes, et lui avait prescrit de concourir à la défense des forts. A Tapproche de Greene, le général anglais qui venait de s emparer des forts, était déjà occupé à embarquer des vivres àun endroit sur la Delaware qu'on nomme Gloucesters ou Glosters Point. Greene n'osa pas interrompre cette opération qui était protégée par un corps plus nombreux que le sien et par les canons de l'escadre anglaise. Toutefois avant de se retirer, il permit à Lafayette (qui , rétabli de la blessure qu'il avait reçue à la Brandywine, servait encore comme volontaire), et ait colonel Butler, d'attaquer avec trois cents hommes un piquet ennemi de force égale. Cette attaque faite avec

impétuosité eut un succès brillant; les Anglais fiirmit refoulés dans leurs retranchements avec une perte assez forte. Dans cette affaire, qui eut lieu au mois de novembre 1777 , Lafayette se distingua par sa brillante valeur. Le général Greene disait de lui^ qu'il semblait chercher par-tout le danger. Il commandait cent cinquante hommes de milice; le reste du détachement était composé de carabiniers. — G eéC ce combat qui est représenté sor le basr-relief au-dessus duquel on lit :

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