‹ Souveniers sur la vie privée du général LafayetteChapitre 28 sur 58 · B. OF GLOUSTER IN THE JERSEYS · texte numérisé non relu

B. OF GLOUSTER IN THE JERSEYS

2° Retraite de Barren-Hill. Au printemps de Tannée 1 778, le général Washington fit sortir, de ses retranchements à Valley-Forge, un corps de plus de deux mille hommes de tmupes d'élite sous le commandement de Lafayette, auquel il ordonna de se porter en avant pour surveiller de plus près les Anglais, contenir les détachements qu'ils envoyaient ravager le pays autour de Philadelphie, et inquiéter leur arrièregarde, s'ils se décidaient à évacuer la ville; ce qui paraissait

assez probable. En conséquence Làfayette prit position à Barren-'HiUy entre le fleuve Skuylkill et la Delaware, à dix milles environ des lignes de Valley-Forge. Instruit de ce mouvehient, le général Howe fit reconnaître la position du général américain ,• et résolut -de le faire attaquer san^ délai; Un détacbement de cinq mttte honnnes partit donc sous les ordres du général Grant, dans la nuit du 19'au 20 mai; parvint à tourner l'aile gauche de Lafayette, et à s*étabUr à un mille presque en arrière de sa position , tandis qu un autre détachement moins fort suivait les rives du Skuylkill pour s'emparer d'un gué qui se trouvait sur son flanc droit. La situation de l'avant-garde américaine était ainsi devenue si périlleuse, qu*on s'en ap^çaf même au camp de Valley- Forge, et que foute l'armée américaine prit sur-le-champ les armes et se rangea en bataille. Lafayette jugea d'un coup d'œil l'imminence du danger: il vit qu'il était serré de toute part par des forces supérieures qui ne pouvaient tarder à l'attaquer, et qu'il était trop complètement séparé de Washington pour espérer en recevoir du secours. Il n'en conserva pas moins un sang-froid admirable, et prit sans hésiter une décision aussi hardie que l'exécution en fut habile et le succès étonnant. Avec quelques hommes seulement, il réussit à en imposer aux Anglais , tandis que sa colonne principale gagnait, par un rapide mouvement de flanc, un gué de la Delaware qui n'était pas gardé , mais qui se trouvait plus près de la position du général Grant que de Barren-HilL Cet offi-» cier s'était tellement laissé tromper par la contenapttce ferme de Lafayette , qu'il n'arriva au gué que pour voir passeï^

1 arrière-garde américaine et être témoin de sa rémiion au gros du détachement qui s'était déjà retranché sur [la rive opposée, à l'abri de toute insulte. Le général Washington parle avec éloge, dans sa lettre au Congrès, de l'habileté et de la présence d'esprit qu'avait déployées Lafayette en conduisant cette retraite, que représente le bas-relief au-dessus duquel on lit: Retreat OF Barren-Hill,

3** Bataille de MoNTMOUTH. Après Tévacuation de la ville de Philadelphie par l'armée anglaise, les avis des officiers américains étaient très^rtagés quant à l'opportunité de iivrei^ bataille à rennenai pendant sa retraite vers New- York. La plupart opinèr^t qu'il fallait éviter une action générale , et cette opinion prévalut. Cependant Washington, qui penchait vers Favis contraire, résolut de faire harasser les Anglais par un corps de quatre mille hommes , et, dans le cas où ce corps se trouverait trop exposé, de le soutenir avec toute l'armée. Le commandement de cette force revenait de droit au général Lee; mais cet officier qui était opposé à

tout ce qui pouvait amener un engagement général, le céda volontiers à Lafayette qui partageait lopinion de Washington. Lee toutefois changea bientôt d'idée, et fat envoyé rejoindre Lafayette avec un renfort de mille hommes: il reprit le commandement de^ tout le détachement. Dans la bataille qui s'engagea presque aussitôt , lune des plus importantes et des plus dhaudement contestées de la guerre américaine, Lafayette se montra digne de la brillante réputation qu'il s'était déjà acquise. Le bas-relief représente le fort de l'action. Les^ casens am^icains foudroient l'armée anglaise qui fait en déroute. Sur le devant^ Lafayette, l'épée à la main , traverse rapidement à cheval le champ dte bataille. Mus loin , des cavaliers «é battent corps à corps-^^ur la gauche, des artilleurs: anïéricaina rainassent des r boulets pour alimenter leurs batteries. Au-dessus du bas-^?eUef est écrit : Battle of Montmouth.

4** Retraite de Rhode-Island. Les Anglais étaient de retour à New- York, et Washington se disposait à camper près

d eux sur les rives de THndson, lorsqu'il apprit Farriyée du comte d'Estaing avec une flertte française. Cet amiral voulait d'abord attaquer la flotte anglaise qui se trouvait mduiBée dans la baie de New-York, mais les renseignements qu'il recueillit lui firent craindre de ne pouvoir £ûre franchir à ses gros vaisseaux la barre qui obstrue Tentrée de ce port. D se décida donc, après avoir consulté le général américain, à mettre à la voile pour Rfaode^Island, que Fennemi occujpait en force presque depuis le commencement de la guerre. En même temps un corps de douze mille hommes dont Lafayette commandait deux brigades, s assembla sous les ordres du génial Sullivan sur un point du continent en face de cette Se. Ces troupes débarquèrent sans peine et forcèrent bientôt les Anglais à se replier sur leurs ouvrages à New-Port, auquel les Américaiiis vinrent mettre le siège en règle. A peine avaient*ils ouvert la tranchée, qu'une flotte anglaise parut sur la rade, et que le comte d'Ëstaing s'empressa de sortir pour lui offrir bataille. Après beaucoup d'évolutions faites de part et d'autre pendant trois jours, les deux escadres furent séparées et leurs vaisseaux dispersés par une tempête. Au retour du comte d'Estaing à New-Port, sa flotte avait tant souffert, qu'il déclara que son intention était de n'y pas rester, mais d'aller à Boston. Malgré les réclamations des généraux américains , il partit , et on lui dépêcha Lafayette avec de nouvelles remontrances. Pendant l'absence de ce dernier, les Anglais attaquèrent avec impétuosité les lignes américaines, et furent repoussés. Cependant Sullivan savait que rien ne les empêchait plus de recevoir des renforts de New-

DU GÉNÉRAL LAPAYETTE- 223

York, de sorte queâon armée pouvait se trouver compromise d'un instant à Tautre : il se décida donc à se retirer, et il exécuta sa retraite avec autant d'habileté que de bonheur, bien qu'en face d'un ennemi formidable. Elle était à peine commencée , lorsque Laf ayette arriva de Boston , et fut immédiatement investi du commandement de l'arrière-garde, avec laquelle il concourut puissamment à assurer le succès d un mouvement dont dépendait peut-être même le sort de la guerre. Cette retraite se fit dans la nuit du 3o au 3 1 août 1778. Le Congrès, après beaucoup d'autres éloges non moins mérités, loua Lafayette sur -tout du sacrifice personnel qu'il avait dû s'imposer en consentant à se charger d'une mission qui devait nécessairement l'empêcher d'être à la tête de sa division, la veille même d'une bataille. Lafayette est représenté entouré de plusieurs officiers américains, et protégeant l'arrière-garde. H est placé sur le devant du bas-relief audessus duqud on lit : Retreat of Rhode-Island.

La lame de l'épée est plate et à deux tranchants soutenus par une double arête. D'un c6té , on voit un médaillon , damas^ quiné en or, suspendu par des chaînes du même métal qui sedétachent admirablement sur le fond azuré de l'acier. Il représente la prise de la Bastille. Le peuple de Paris, placé sur le devant de la scène, assiège la forteresse, dont les remparts s'écroulent sous les coups redoublés du canon. Les assiégés font du haut des tours une vigoureuse résistance. La Renommée traverse les airs, et embouche la trompette pour annoncer Tan I" de la liberté.

Au-dessous de ce médaillon, sont deux 'flambeaux allu-

mes,, du miliea desquek sortent les supports. d'nse clodie mise en branle pour sonner le tocsin. Ces flionbeanx sont

réunis par une traverse qui soutient une draperie sur laquelle on lit : Réveil de la liberté.

De lautre côté de la lame, on observe quatre médaillons, également soutenus par des chaînes artistement disposées. Dans deux de ces médaillons, on voit à nu Tacier poli de larme; dans un troisième, un prisonnier brise les fers qu'il avait aux pieds et aux mains, et s'éloigne du poteau auquel il était attaché : enfin, le quatrième représente la colonne de la liberté, élevée sur les débris de la Bastille, et dominant les autres édifices qu'on aperçoit sur les côtés:

Au-dessous de ce dernier médaillon est représentée la tète de Méduse; et, de chaque côté, deux foyers dont les flammes fondent des chaînes enlacées qui supportent et unissent ces différents sujets. Sur la draperie du bas sont gravés ces mots :.Van IV de la liberté.

La garniture du fourreau est en or et ciselée : d'un côté, ou remarque un grand médaillon ovalaire , qui représente la Renommée portée sur des nuages. La déesse traverse l'océan; elle précède le vaisseau qui ramène Lafayette en France, et qu'on aperçoit sur l'horizon ; d une main elle tient la courontie décernée par l'Amérique à Lafayette, et de l'autre la trompette avec laquelle elle annonce ses exploits à la France, comme l'indiquent les trois fleurs de lis brodées sur le guidon de l'instrument. De lautre côté, se trouve un écusson irrégulier, dont le cadre est enlacé d'une branche de laurier. Il devait, je pense ^ recevoir le chiffre de Lafayette.

Il faudrait plus d'un volume pour décrire les choses précieuses que Lafayette conservait avec un soin et un ordre parfaits dans sa bibliothèque. Cependant nous ne pouvons quitter le château , sans que je vous dise un mot d'un petit

musée dans lequel il gardait presque tous les objets qui lui venaient des États-Unis. Ce musée, vraiment américain, est situé au premier étage, près la porte du grand salon. En entrant, on est tout étonné de la petitesse de la pièce qui lui est destinée. Aussi les objets qu'il renferme, en partie suspendus aux murailles, en partie placés sur les meubles où rangés dans une armoire à glace , sont-ils logés trop à Tétroit ; ils y sont entassés.

La pièce du musée était autrefois la salle d entrée de Tappartement de madame Lafayette. Après la mort de sa femme, le général fit murer la porte de communication, et lappar tement, tel quil était à cette époque, est resté clos : seulement, à certains jours consacrés, il y pénétrait seul ou avec ses enfants, par une porte dérobée, pour rendre hom mage à sa mémoire. Madame Lafayette était bien digne, en effet, des tendres et respectueux souvenirs de toute sa famille ! En approchant de ce sanctuaire, vous êtes saisi d'un saint respect ; on sç rappelle le portrait que M. de Ségur faisait de cette excellente femme le lendemain de sa mort , et que je ne puis m empêcher de vous reti*acer : u Modèle u d'héroïsme, mais aussi de toutes les vertus, son sang « reçut, dans sa captivité et ses malheurs, le poisou qui, « après de longues souffrances, termina sa vie le 24 déoem- « bre 1807... Fidèle à tous ses devoirs, ils furent toujours ses » seuls plaisirs; ornée de toutes les vertus, pieuse, modeste, u charitable, sévère pour elle-même, indulgente pour les « autres, elle fut du petit nombre des personnes dont la réii putation pure a reçu un nouvel éclat des malheurs, de la

«révolution. Ruinée par nos orages, à peine paraissait-elle " se rappeler qu'elle avait joui d une grande fortune. Elle i( fut le bonheur de sa famille, l'appui des pauvres , la consoulalion des affligés, lornenient de sa patrie, et l'honneur « de son sexe. »>

; Dans ce musée sont conservés des modèles de machines, de moulins, de réservoirs, de pirogues, etc. , beaucoup d'objets d'histoire naturelle; des oiseaux, des reptiles empaillés; des coquilles, des minéraux, que Lafayette avait rapportés de ses voyages ou qu'on lui avait donnés. On y voit beaucoup d'armes (arcs, flèches, javelots, sagaies, casse-têtes), d'ornements, de colliers, de calumets, d'ustensiles de pêche ou de chasse , de vêtements et de costumes indiens. Parmi ces derniers objets , nous devons noter :

I** Le bonnet d'un chef indien, et son étendard formé d'une peau de faucon noir (le chef portait le nom dç cet oiseau). Le président Jackson avait destiné ces deux curiosités au général Lafayette et allait les lui envoyer, lorsqu'il apprit sa mort : reportant sur ses enfants l'amitié qu'il avait pour lui, il les leur adressa.

2** Des espèces de guêtres noires, brodées, et la raquette du célèbre chef indien Mackintosh.

3® Une jolie boîte fermée à clef, contenant un flacon de cristal, dans lequel on envoya à Lafayette de l'eau du canal qui unit la rivière du Nord au lac Érié , à l'occasion de l'ouverture de ce canal.

4* Des bougies de lord Cornwallis. On retrouva, seulement en 1824, les caisses qui les contenaient, et qui étaient à

ladresse de lord Gomwallis , dans une maison que Lafayette •occupait à York-Town, et dans laquelle, quarante-trois ans auparavant, demeurait le général anglais. Les Américains, après avoir éclairé avec ces bougies une fête qu'ils donnèrent à Lafayette , lui en avaient offert plusieurs.

5^ Quelques projectiles et débris d'armes ramassés sur le champ de bataille de Brandywine.

6* Deux cuillères d aident, échantillon de l'argenterie que Ton fit fabriquer en Amérique pour la frégate la Bran-dywine, à l'occasion du retour de Lafayette en France.

7** Du fragment de la frégate américaine V Alliance, qui ramena Lafayette en France après son premier voyage aux État^-Unis : donné par M. J.-F. V\/^atson.

8* Beaucoup de cartes des différents États de l'Amérique du Nord, offertes la plupart a Lafayette par les capitales de ces États, et renfermées, les unes dans des boites d'ai^ent, les autres dans de longs et gros étuis en fer-blanc, parmi lesquels on en voit un qui a plus de huit pieds de longueur.

De la cour du château on entre de plain-pied dans le parc <fuî a soi:8;aDte-douze arpents en prairies naturelles, à-peuprès autant en bois, et quelques arpents de vigne. Il entoure une pai*tie des bâtiments de la ferme. Les allées, tantôt sinueuses, tantôt droites, qui le traversent; les sentiers qui le ^illonneat dans toutes les directions ; les bosquets, ainsi que la partie boisée de la propriété qu'on appelle la Garenne, et où se trouvent l'un des étangs et deux sources vives qui fournissent l'eau pour le château, ont été dessinés par le général, qui s*aida des conseils de son ami Robert le paysagiste.

L aspect de ce lieu est ravissant, sur^tout lorsqu on se promène à quelque distance de là façade du château, avant le lever du soleil. Dans le lointain, Tédifice entouré de vapeurs semble d abord confondu en une masse obscure avec les arbres qui l'entourent; mais, à mesure que le jour parait, Timmense tapis de verdure qui vous sépare du château se colore et s'émaille de fleurs; les toure se dessinent, et semblent s'élever au milieu des arbres qui les entourent, et dont le feuiHage bientôt éclairé par les premiers rayons du soleil, contraste agréablement avec la teinte grisâtre de leurs vieilles murailles. Cette scène calme et imposante est animée par le ramage des oiseaïix ^ le, bruit des travaux et les chants joyeux des ouvriers de la fermé, le bêlement des brebis qui sortent dés bergeries, lie ififâigfesefiÀent des vaches qui quittent leurs étables. ^

Le parc renferme un beau potager clos de murs, et traversé dans son grand diamètre par une allée , dont dhaque extrémité aboutit à une grillé. Dans un des taillis de la Garenne, Lafayette a fait creuser une belle glacière qui fournit avec profusion aux rafraichissenieiità dli château.

En allant du château à la fermé, on trouve dans le parc deux petits bâtiments que je dois mentionner ici. L un est une loge grillée, sorte de ménagerie où Lafayette enfermait lès animaux étrangers qu'on lui envoyait. Depuis son retour en France, il avait reçu du gouverneur Clarke un jetme ours gris du Missouri. Toujours animé du désir d'être utile à ses concitoyens , il ne voulut pas garder à Lagrange un animal aussi

rare ; il en fit présent aux professeurs du Muséum d'histoire naturelle , pour être placé à la Ménagerie.

L autre bâtiment est un élégant pavillon, placé sous les fenêtres de la bibliothèque , et couvert d un toit d ardoises que supporte une l^ère charpente. Ses piliers sont réunis par des grilles de bois; sa forme, très alongée, indique le but de sa construction. Lafayette le fit élever pour conserver un canot que lui offrirent les marins (whitehallers) du port de New-York.

Ce canot était sorti victorieux d une joute avec une chaloupe de la frégate anglaise le Hussard, joute où lamourpropre des deux nations s'était trouvé engagé. Il est très étroit, fort alongé, de manière à fendre Teau avec rapidité , peint en bleu en dedans et en brun, avec une bande jaune, en dehors. Sur les bancs se trouvent inscrits les noms de§ matelots vainqueurs : de chaque côté on lit cette inscription :

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