‹ Souveniers sur la vie privée du général LafayetteChapitre 36 sur 58 · DU GÉNÉRAL LA VIE PRIVÉE · texte numérisé non relu

DU GÉNÉRAL LA VIE PRIVÉE

d'observer de plus près les effets du traitement, et de disputer à la mort une vie » précieuse!

Le 20 mai , vers une heure du matin , les accidents augmentèrent encore de gravité. La respii^àtion , qui depuis quarante - ht^t heures était fart. gênée, devint plus difficile et la suffocation plus imminente. L'assoupissement, le léger délire qui étaient survenus, et la prostration, se prononcèrent de plus en plns,et Lafayette expira dans nos bras, à quatre heures vingt minutesdu matin!

Peu d'instants avant de mourir, Lafayetle ouvrit les yeux, les promena avec attendt*issement sur ses enfants qui entouraient son lit; comme pcmr les bénir. et leur dire un étemel adieu^ Il me s^ra 3a UKain d'une. xinantère convulsive, éprouva une légère contraction dans le front et les sourcils, fit une profonde et longue inspiration, immédiatement suivie du dernier soupir. Le pouls, qui avaitoonservé de la force, cessa subitement débattre : quelques bruissements se faisaient encore saitir dans la: région du oœur.: pour le ranimer , nous employâmes des frictions stimulantes ; efforts inutiles ; le génial n'existait pIu&J 3^ ^figure reprit «me expression calmé , celle d'un sommefl paisible. Sa fin fiit celle, d'un homme de l>ien, qui abandonne ce monde sans crainte «et sans remords, celle du «âgé de :La Fontaine :

Approche-t-il du but? quitte-t-il ce séjour?

Rien ne trouble sa fin; cest le soir d'un beau jour.

Digne bénitier des vertus de son père, à lomlnre duquel il se tenait modestement, M. George Lafayettc nous a offert,

dans la circonstance pénible que je viens de rapporter , un modèle admirable de piété filiale. Il avait pour son père ce respect religieux qu*6n n'accorde ordinairement qu'à la mémoire des personnes quon a cbéries. Il connaissait, par expérience, ses hautes qualités, ses vertus domestiques, et lui prouvait son affection par im dévoue-^ ment sans bornes à ses moindres désirs. Mais s'il é^t à lK>n droit glorieux de 1 auteur de ses jours, le géoéral de son c6té sentait tout le prix d'avoir. un véritable fils : il recueillait la récompense des soins qu'il avait pris de son éducation, des conseils et des easemples quil lui avait donnés.

Depuis long-temps M. George Lafayette s'était en quel-* que sorte attacbié aux pas de son père; il l'avait suivi dans ses voyages ef avait été témoin de ses trion^bes lôrs de sa dernière visite aux États-Unisii Qu'il dut jpuir en voyant cette gi^de ndtion doimer à sdn père des témoignage si éclatants et si unaûimes de sa reconnaissance ! en la voyant confondre ses vœux avec lés siens pour le bonheur et la conservation des jours de TaiAi de Washington et de Franklin ! . Digne élève de Washington, doué d^un caractère doux^ mais plein de force et de franchise , M. George Lafayette^ supporta avec courage lès inquiétudes qui le poiirsuivaient pendant la maladie de son père : il lui cachait ses angoisses , et comme un génie consolateur il né quittât pas le "chevet de son ht, s'acquittant des devoirs de l'amonr filial, devoirs sacrés que la nature a profondément gravés diuis lès cœurs Bertueilx^rexempleitouchantoffert à notre siècle, où le respect pour les vieillardsylès paœnis, et les

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liens de famille, ont une si grande tendance à s affaiblir ; où Tesprit égoïste d'une indépendance illimitée et mal entendue, endnrdt Famé, et peut jeter dans des écarts non moins funestes , que les abus de l'autorité dans les siècles d'igno-^ rance et d'abrutissement. Lafayette était lui-même, comme nous t'avons vu, un modèle parfait de ces sentiments honorables , iquï élèvent autant qu'ils ennoblissent le cœur d« l'homme, et que le vice seul peut tourner en ridicule chez des gens- incapables ou indignes de les éprouver.

Dès que j'avais vu Lafayeite dans un danger imminent , j'en avais prévenu son fils , et a trois heures du matin toute sa famille et quelques uns de ses plus intimes amis se trouvaient réunis dans sa chambre. Tous portaient dans leurregard , dans k pâleur de leur visage, dans l'expression de leur physionomie, lés marques de la plus cruelle in^ quiétude^ de cette anxiété qui se sent mieux qu'elle n6< peut s'^primer, lorsque nous sommes à l'instant d'éprou-' ver un grand malheur. Us gaidaient un -morne silence ^ interrompu seulement de temps à autre par leurs soupirs; çt 1^ questions quils nous faisaiient, à ^ voix Basse, sur la position du malade.

Le v^érable cîiré de l?Assomption était venu mêler ses: prières à celles xle la famille.' î

Le jour qui commençait à paràkre faisait >paUr la clarté des lampes^ pour édsàrer ce lieu idé douleurs. Nous paraissions tous sortir de' ces rêves pémbles dont l'horreur nous~ dominé et nous fiait douter encore, -à notre réveil, si nous^ sommes bien éveillés. Mais qui pourrait dépdndre la scène

déchirante dont nous sommes témoins , dès que l'heure fatale a sonné? Les sanglots retenus par le respect religieux des assistants, par la crainte qu'ils ont de troubler les derniers moments de Lafayette, éclatent de toutes parts: des cris perçants et suffoqués, expression si forte et si vraie de la douleur à laquelle le cœur est en proie, se font entendre de tous côtés: George Lafayette, les yeux immobiles, noyés de larmes, est comme frappé de stupeur: il ne sort de cet état que pour adresser à son père des adieux étouffés par les sanglots et comme arrachés par le désespoir : sa femme le soutient et Fitide à supporter le coup qui le frappe ; mais sourd à tout autre sentiment et comme insensible , il reste muet aux consolations qu'elle lui prodigue. Qu'elle est noble sa douleur! Combien il sent la perte qu'il fait; que l'existence lui semble à charge ! qu'il voudrait retenir la vie de son père ou unir son ame à la sienne pour le suivre dans l'éternité !

Les autres enfants du général, dans un état non moins violent, prosternés autour de son lit, lui baisent les mains qu'ils inondent de larmes : tous confondent leur douleur et leurs regrets : ils se serrent convulsivement dans les bras les ims des autres, comme pour consacrer une nouvelle alliance et resserrer encore leurs liens, en présence des restes inanimés de Lafayette. Ils oublient dans leur désespoir, qu'en leur donnant sa dernière bénédiction, le héros des deux mondes a déposé son auréole de gloire sur leur front et qu'il doit revivre en eux dans la postérité !

Gomment les amis du général, dans cette affreuse circonstance, poûrràient-ils ne pas ressentir les mêmes angois-

ses, et ne pas se croire, pour un instant, membres de sa famille dont ils partagent les douleurs ?

Bastien, qui na point quitté son maître un seul instant, ne reste pas étranger à cette scène de désolation. Il se tient au pied du lit : de grosses larmes roulent dans ses yeux : son désespoir est taciturne, mais non moins expressif.

L accablement et le silence succèdent bientôt à ces premiers moments d'une douleur délirante. Les facultés des assistants sont anéanties, leurs forces épuisées.

Pour conserver les trait$ de liUustre défimt, M. David, membre de ripstitut, en prit une empreinte en plâtre. D un autre côté M. Scheffer en fit un portrait de granc^ur naturelle, dune parfaite ressemblance. L expression de douceur et de calme que le général avait conservée après sa mort, est reproduite dans ce tableau avçc une vérité qui tous attendrit douloureusement.

La fille aînée de Lafayette, madame de Maubourg, avait été la première à vouloir conserver les traits de son père. Son malheur semblait avoir, pour un instant^ affermi sa constitutionj;faible et nerveuse. Immobile, à genoux devant le Kt mortuaire, elle traçait Fimage du général, dune main guidée par un sentiment indicible d amour filial et de piété.

Plein du souvenir de la scène déchirante dont je venais d être témoin , j'en traçai une simple esquisse. Mon ami Gudin s'est empressé d'en profiter pour en faire le dessin que je yous envoie. C'est*un dernier hommage qu'il rend.â la mémoire d'un honune dont il est heureux d'avoir admiré les

vertus et cultivé lamitié. Son dessin est fait avec autant de vérité que de sentiment et vous donne une image fidèle du spectacle douloureux auquel nous avons assisté.

I^s personnes que l'amitié ou leur admiration pour Lafayette avaient réunies dans sa maison, furent admises à le visiter sur son lit de repos ; elles purent le voir encore une fois et lui dire un dernier adieu ! Des larmes involontaires qui s'échappaient de leurs yeux attestaient les sentiments pénibles qu'elles éprouvaient.

Bastien avait eu Fidée d'honorer la mémoire du général , en faisant brûler autour de son corps les bougies de lord CornwaDis dont je vous ai déjà parlé.

A peine la mort de Lafayette fiit^llé connue, que partout éclatèrent les mêmes expressions de douleur. Nous fûâaes

témoins des regrets quoccasionait sa perte, même chez les personnes dont les principes politiques étaient opposés aux siens.

L annonce de la mort de Lafayette par les journaux de la capitale servit d'invitation pour ses funérailles. Ses parents, ses amis, tous ceux qui avaient su apprécier son beau caractère, étaient en effet trop nombreux pour être convoqués individuellement.

Toutes les personnes distinguées qui se trouvaient à Paris dans les deux Chambres législatives, les académies, Fadministration civile et militaire, la garde nationale , les étrangers, les réfugiés, se réunirent pour assister à son enterrement.

Les ouvriers venaient de perdre un protecteur éclairé et puissant, les pauvres un bienfaiteur qui compatissait à leurs maux et soulageait leur misère ; aussi leur concours fut-il nombreux.

La marche du convoi ayant été proclamée parles journaux, je m'abstiendrai de vous en entretenir. Les coins du drap mortuaire étaient portés par MM. Jacques Laffitte, Salverte et OdilloUfBarrot, pour la Chambre des Députés; M.Eugène Laffitte, pour la garde nationale; M. le général Fabvier, pour Farinée ; M. Barton, secrétaire de légation, en Tabsence de son beau-père M. Livingston, pour les État^-Unis d'Amérique; M. le général Ostrowski pour la Pologne, et un électeur de Meaux pour les collèges électoraux. Des faisceaux de drapeaux tricolores ornaient les angles du char funèbre, que Bastien suivait immédiatement, por-

tant sur un coussin de velours noir l'épée et les épaulettes de Commandant de la garde nationale qu avait illustrées Lafayette.

Ije corps fut accompagné par une foule immense depuis la rue d'Anjou jusque T^ise de l'Assomption. Les gardes nationales, en grande tenue, portant au bras Fécharpe de deuil, formaient avec les troupes de ligne une double haie de chaque côté du cortège. Le parvis de l'église était déjà rempli de ces anciens soldats de Lafayette. Dès que le char funèbre fut arrivé, ils se précipitèrent vers le cercueil, et se disputèrent l'honneur de le porter dans le sanctuaire. Chacun voulait approcher des dépouilles mortelles du général; chacun voulait au moins toucher son linceul en témoignage de respect, de regrets et d'adieux.

La tenture de l'église était simple et sans distinction particuUère. Les assistants prirent tranquillement leurs places autour du corps , et le service divin fut célébré sans pompe , mais au miheu du recueillement le plus profond. Dans cette triste solennité , tous les rangs de la société étaient confondus, animés des mêmes sentiments, pénétrés des n^êmes douleurs.

Le catafalque était riche, mais, sans luxe, et entouré seulement de trophées de drapeaux tricolores Quatre lampes funèbres se trouvaient à ses angles ; leur flamme bleuâtre et vacillante contrastait avec la lumière qui descendait obliquement des vitraux sur cette scène religieuse , imposante et digne des pinceaux d'un grand maître.

Je me trouvais dans ce même temple il y a quatre ans.

Lafayette y assistait à la célébration du mariage de Tutie de ses petites-filles avec le fils de son ancien compagnon d'infortune, M, Bureaux de Pusy. Que le caractère des deux cérémonies était différent! quel contraste pénible s'offrait à la pensée ! Une sombre tristesse et des pleurs avaient remplacé la joie douce des assistants et les ferventes prières qu'ils adressaient alors au ciel pour le bonheur des jeunes époux !

Le service étant fini, le cortège se remit en marche, traversa la plus grande partie de la ville , par les boulevarts intérieurs jusqu'au cimetière de Picpus, où le général avait témoigné le désir d'être inhumé à côté de sa femme.

Pendant ce long trajet, la foule qui se porta -sur le passage du convoi fut encore plus nombreuse que celle qui le suivait. Par-tout elle avait le même recueillement, et faisait entendre les mêmes exclamations de regrets ; le deuil était public : un grand nombre des assistants répandaient d'abondantes larmes : les têtes étaient découvertes, bien que le soleil se fit sentir dans toute sa force. L'illustre auteur du Génie du Christianisme, M. de Chateaubriand, qui n'avait pas cessé d'estimer le noble caractère de Lafayette, voulut rendre hommage à ses restes inanimés et payer un dernier tribut d'honneur à sa mémoire; il alla se placer sur le boulevart Saint-Martin, lieu où pour la première fois, en 1790, il avait vu le général à la tête de son brillant état-major.

Le convoi étant arrivé aux portes du cimetière, une partie de la foule envahit cette enceinte , l'autre s'arrêta paisiblement au dehors. Le cercueil, porté à bras, traversa lentement le jardin et une longue allée de tilleuls , avant d'arriver

au bord de la fosse où il fut placé à côté de celui de madame Lafayette. Aucun discours ae fut prouoncé sur la tombe du général et ne vint troubler le repos des autres sépultures. Les pleurs, les gémissements de ceux qui Fentottraiont, téfmoignaient assez de ses vertus et des regrets qu il laissait pai*mi nous : quelle oraison funèbre aurait été aussi éloquente! quelles paroles auraient pu nous toucher et nous émouvoir autant!

Après les prières d^isage, la terre de France et celle que vos compatriotes avaient envoyée d'Amérique se confondirent pour entourer et protéger ensemble les restes vénérés de Lafayette; plusieurs décharges de mousquetene se firent entendre pour lui rendre les honneurs dus ^ son grade, et les assistants s'éloignèrent en jetant un piéniUec^t dernier regard sur la terre qui venait de le cquvrir.

I^es membres dé la famille et quelques tfmis qui q avaient pu les quitter, se ré&gièrent dans le fond du j^irdin pour attendre 1 écoulement, de là fpule* GfeUiÇ-^^isi^ retira dafis un morne silence : elle venait d'assister à Vu^ae de ces soèn^ douloureuses qui ébranlent profondàop^nt Ip cowr de l'homme^ elle portent instinctivement à f^il-^ un retour sur bn-mèiB^*

Pendant la cérémonie on pouviét recueillir à tout instant les preuves de Timpresision qiae causait surFeaprildu publiciâ mort de Lafayette : « C'était un homme si bienf^sant, » disait une jeune femme qux- personnes qui Tentom^ent) » qu'il n'y a aurait pas de pauvres à Paria, si tous ceux qui le suiyenl^ u avaient fait autant de bien que lui. »

u Maintenant qu'il est mort, » s'écriait d'un air contrîsté ua

vieillard appuyé sur son bâton, «on va le regretter; on ne « connaît ce que valent les gens qu'après les avoir perdus ! »

Un homme, qui paraissait étranger à là capitale, demandait à un ouvrier « ^ le défunt était bien riche pour avoir u tantde monde à son enterrement : « Non , » répondit le brave artisan; « il nous a tout donné; les Français ne^ sont pas in- « grats : ils viennent le remercier, n

Un homme, dont les habits presque usés attestaient néanmoins par leur propreté^ plutôt Tindigence causée par des revers de fortune que l'inconduite, voulait suivre immédiatement le char funèbre, et cherchait à se faire jour entre les gardes nationales qui formaient la haie. « Vous voyez bien « que ce sont les parents qui sont là, » lui dit-on en lui refusant le passage, u Nous sommes tous de la famille, » répondit le pauvre homme, «puisqu'il nous aimait tous comme M ses enfants. » L expression naïve de ses bons sentiments lui ouvrit les rangs ; on le laissa passer sans difficulté et suivre immédiatement le char jusqu'au cimetière.

Dans laprès-midi je visitai les enfants de I^fayette. Retirés dans une pièce isolée de son appartement, ils m^accueillirént avec cette expansive amitié qui se montre dans les grands chagrins de la vie, lorsque nous recevons les consolations de ceux qui les partagent; témoignage du besoin irrésistible que nods éprouvons alors de nous attacher à toUt ce qui nous rappelle nos douloureu^K souvenirs. Vous jugez, monsieur, combien ces marques d'amitié des enfants de Lafayette me sont chères : elléfit adoucissent le chagrin que j'éprouve de la perte d un homme qui m^avait donné tant de

preuves d'affection et auquel j'étais attaché par la plus sincèi*e reconnaissance.

Le 1 8 juin dernier^ je reçus de M. George Lafayette une preuve d'amitié dont je fus touché* Il m'envoyait , au nom de sa famille , la simple pendule que je vous retrace ici et qui oraaitle cabinet de son père. La lettre qui accompagnait cet.

envoi est empreinte de Tame aimante de M. George Lafayette; quoiqu elle contienne des expressions trop flatteuses pour moi, jé pensé que vous aimerez à la lîre et je vous la transcris : '

Paris V 18 juin 1 $34.

a Mon cher docteur, avant la longue et cruelle maladie «qui a précédé notre nialbeur, je sa.vais çléja que vous « étiez notre ami, et les preuves que vous nous ayief donw^eç « de cette précieuse affection étaient trop multipliées pçjir u quç nous ne la regardassions pas comme nous étaqt ^ p-

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« tièrement acquise. Mais depuis, vous avez ^igné mon père « comme vous auriez soigné le vôtre : c'est dans vos br^s qu il u a rendu le dernier soupir, et vous avez voulu supporter ce «terrible choc avec tious, pour nous éviter lé tourment de ^ penser que tout ce qu'il avait été possible de faire n avait «pas été fait. Mon cher docteur,' nous vous aimons, nous « vous aimerons toute notre vie.

u Celui que nous pleurons vous aimait comme nous, et tf nous avons pensé quil nous serait permis de vous offrir un « souvenir en son nom. En voyant de souvenir, vous devine- « rez le motif qui nous Fa fait choisir pour vous le présenter. « Mon père Taffectionnait beaucoup , parcequll lui venait u d un oncle qu'il chérissait; et depuis la mort du respectable il M. de Tessé, la modeste pendule de son cabinet n'avait pas " quitté celui de mon père. — Cest au nom de ma famille « tout entière que je vous prie de ràccepter comme un gage « de notre éternelle rec onnaissance . Recevez l'expression de u mes inaltérables sentiments pour vous.

« George-W. Lafayette. «

Peu de temps après la mort de Lafayette, mon ami, M. Pradier, me fit une petite statue de notre illustre concitoyen. Le dessin que je vous envoie et que j'ai placé à la tête de ces lettres , a été fait d après cette statue par M. Letellier : je le trouve d une grande ressemblance ; Finscription que j'ai mise au-dessous indiquera, je l'espère, la véritable position sociale de Lafayette. J'aurai pu y placer également les réflexions suivantes de madame de Staël qui sont d'une parfaite vérité : « Dans les prisons d'Olmiitz , comme au pinacle du

u crédit, il a été également inébranlable dans son attache- « ment aux mêmes principes; G est un honmiedont la mate nière de voir et de se conduire e^ parfaitement directe. « Qui Ta observé peut saveur d avance et avec certitude ce a qu'il fera dans tonte occasion... C'est un phénomène sin- « guUer qu un caractère comme cebii de M. de Lafayette se u soit développé dans les premiers rangs des gentilshommes u français. »

Pensant, monsieur, que vous verrez avec intérêt la sépulture de Lafayette, je voi^s envoie les esquisses que j'en ai prises sur les lieuiL ~

Le cimetière particulier où le coi^s de Lafayette est déposé se.trq^veèreii;trémitédûf4iuI>oiirg Saint-Antoine, rue de Picpus, ij[? j t5. On e n t re tFatrord dans uile vaste cour dont les bâtiments sont occupés par une communauté religieuse, et au fond de laquelle se présente une modeste chapelle ; on tratraverse ensuite un grand jardin couvert d'arbres fruitiers, d arbustes et de plantes d agrément , avant d'arriver à une longue allée de tilleuls, bordée de charmilles, qui conduit à l'enceinte réservée pour le cimetière. Celui-ci, clos de murs, représente un carré long dans lequel on peut entrer par trois portes. Il ne contient que deux rangées de mausolées appartenant à des familles distinguées (les familles de Noailles, de Grammont, de Montaigu, Destillière, Freteau , Gouy-d'Arsy, Rosambo , Lamoignon , de Périgord , etc.). Un chemin sablé, à l'extrémité duquel s'élève une croix de pierre , sépare ces deux^ rangées de tombes. A l'anglç^ud-est du terrain se trouve la place réservée à Lafayette et à safaimlle. En-

tourée d'une grille de fer , la tombe de Lafayette est peu élevée au-dessus du sol et formée de deux grandes tables de marbre noir, légèrement inclinées et formant un angle très ouvert. Sur cet angle est mie petite croix dont les branches latérales s'étendent sur les deux côtés du monument qui jcouvre comme un toit les deux époux réunis.

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