PARIS
AlIBROISE DUPONT, ÉDITELR
l)i;S MÉMOIRES DU DIABLE, PAR FRÉDÉRIC SOIMÉ,
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in 2010 witii funding from
University of Ottawa
littp://www.arcli ive.org/details/souvenirdunenfan01mass
L'ouvrier qui se fit couleur , le romancier taille-rubis qui écrivit par uu temps de chômage ses premières nouvelles sur la table oisive de son moulin de lapidaire; celui-là que les nécessités quolidie/ines du ménage poussèrent de Tatelier d'un bijoutier dans le magasin d'un libraire, et qui rencontra d'honorables succès là où il n'était venu chercher I i
qu'un gagne-pain pour attendre la fin de la morte-saison ; l'auteur des Contes de C atelier enfin , vient, après quelques excursions dans un monde qui n'était pas le sien , de rentrer franchement dans la voie qui lui est familière. Si quelquefois il s'est hasardé à changer et de route et d'allure, du moins il s'est toujours si bien tenu en vue de son point de départ , qu'il a pu , de prime-saut , revenir aujourd'hui aux véritables objets de sa prédilection , à ses premiers amis : les braves gens du pauvre peuple, ses compagnons , ses frères , pour qui la vie et la vertu sont également difficiles.
S'il faut avoir été bas placé pour pouvoir se flatter de bien connaître ceux que le sort a cachés dans la foule ; personne plus que l'auteur de ce livre n'a eu le triste avantage de jouir d'une situation favorable à l'étude des mœurs populaires.
Il fut quelques philosophes , nous le savons, qui , favorisés de la fortune et privilégiés de la naissance, ne dédaignèrent pas de descendre de la sphère élevée qu'ils habitaient, afin d'observer de plus près des vices que la distance grossit presque toujours, et des natures généreuses qu'on ne peut apprécier à leurjuste valeur quand on ne les
regarde que d'en haut. Sans doute nous devons toute notre estime à ceux qui se firent ainsi les hommes du peuple, pour aller ensuite raconter aux heureux habitants de leur région élevée ce qu'il y a de nobles courages, de sublimes résignations et d'élans magnifiques dans cette foule si souventcalomniée. Mais aussi quelleconfiance ne devons-nous pas au véritable enfant du peuple qui vient avec âme et franchise, la vérité sur les lèvres, la main sur la conscience, nous dire quels drames poignants s'accomplissent tous les jours , dans cette même foule, dont le premier malheur est peut-être, encore aujourd'hui, de ne pas assez bien comprendre que partout et toujours le bonheur est possible !
Telle est la grande et salutaire vérité que l'auteur essaie de prouver à ses vieux compagnons des bons et des mauvais jours d'autrefois ; mais , pour parvenir à forcer leur conviction , il s'est bien gardé de se draper en orateur, et de développer des théories, lorsque tant de faits intéressants se pressaient dans sa mémoire, et ne demandaient qu'une issue pour se répandre au dehors. Jadis conteur par nature , aujourd'hui par métier, il n'a oublié ni sa veste de travail, ni l'établi qui fut sa première tribune; aussi
sa façon de dire est toujours la même; c'est du fond de ses récits qu'il s'efforce de faire jaillir la vérité morale. H espère qu'elle ne sortira que plus vigoureuse , plus vivace, pour ainsi dire, do ce nouvel ouvrage , puisqu'au lieu dune fable combinée à plaisir, les Souvenirs d'un Enfant du Peuple^ comme un miroir fidèle , sont destinés à réfléchir non seulement ce qu'il a vu , mais ce qu'il a lui-même éprouvé.
L'auteur ne doit rien au hasard d'une rencontre ; car ce n'est pas par hasard seulement qu'il a puétudierdans larue lessouffrancesinconnuesde ceux que la mendicité y appelle; ce n'est pas fortuitement non plus, et parce qu'il avait monté quelques étages de trop, qu'il s'est trouvé face à face avec le désespoir et l'épuisement , dans une mansarde nue ; ce ne fut pas encore un simple mouvement de curiosité qui lui permit de surprendre dans nos guinguettes des faubourgs la joie vineuse de l'artisan endimanché , et de contempler, à l'heure de l'agonie, ceux que les ravages de la débauche ou les fatigues d'une vie laborieuse conduisent dans nos hôpitaux pour y expier , ceux-ci leur courage et ceux-là leurs vices. Partout il fut acteur ou du moins spectateur intéressé des scènes dramatiques qu'il
raconte. Ainsi la main qui s'est tendue aux passants, ce lut peut-être la sienne? L'habitant de la mansarde , c'est lui peut-être encore? Il s'est assis à la table du cabaret où Ton venait arroser la paie du samedi , et victime ., comme tous ses compagnons , d'un métier qui envoie ceux qui l'exercent , ou mourir ou souffrir à l'hôpital de la Charité , dans ce refuge des douleurs , où chacun échange son nom contre le chiffre de son lit, l'auteur des Souvenirs d'un Enfant du Peuple se nommait le numéro 66 !
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