U LE MOYEN DE RAJEUNIR
vieillir avec désespoir, je me sens tout aussitôt saisi d'indignation et de pitié : pitié pour leur faiblesse, indignation contre leur ingratitude. — Pauvres mécontents, leur dis-je en moi-même, vous à qui de longs jours ont été accordés et qui prétendez cependant que le siècle a vieilli trop vite, veuillez , avant d'accuser à tort la marche régulière et mesurée du temps, compter un peu avec la Providence, afin de savoir au juste ce qu'elle vous redoit. Pour qui d'entre vous Tannée n'a-t-elle pas eu ses douze mois, et le jour ses vingt-quatre heures? Oubliez-vous qu'on nous a fait à chacun notre part de force , de bonheur et de jeunesse? C était à vous à ne dépenser que jour à jour un si précieux patrimoine. Et puis, enfin, vieillards qui pleurez vos belles années perdues, à quoi bon vous plaindre sans cesse de l'âge que vous avez, quand il est si facile à celui qui a beaucoup vécu , de se donner toujours Tâge qu'il voudrait avoir encore? Eh 1 c'est la justement ce que je fais dans mes heures d'isolement. Dès que je suis pris de la fantaisie de rajeunir, j'invoque aussitôt ma mémoire, qui, servante fidèle, s'empresse d'amener comme par la main devant moi, le jour, 1 heure, la minute pendant lesquels je veux vivre une seconde fois. Tels ils furent jadis, tels ils m'ap-