‹ Souvenir d'un enfant du peupleChapitre 4 sur 9 · LE MOYEN DE RAJEUNIR. U · texte numérisé non relu

LE MOYEN DE RAJEUNIR. U

jeunes tapageurs. Déjà vaincu d'une part, je me vois bientôt après contraint de céder encore une fois la victoire à ces trois charmants insoumis. Et d'ailleurs , pourquoi les chers enfants ne défendraient-ils pas bravement contre moi leurs franchises? pourquoi tiendraient-ils compte de mon courroux? ils savent si bien qu'au bout de mes menaces les plus terribles , il y a toujours pour chacun d'eux un sourire.

Donc, quand je suis fatigué d'avoirinutilement enflé ma voix et roulé de gros yeux pour imposer silence à la révolte filiale, voyant bien qu'il faut m'avouer mon impuissance à la réduire , je quitte, de guerre lasse, ce ton de chef de famille qui ne va ni à ma taille , ni à mon caractère ; je m'enfonce dans mon grand fauteuil , je rabats mon bonnet de soie noire sur mes yeux et mes oreilles, et , prenant la ferme résolution de ne plus rien voir, de ne plus rien entendre , je me retire en moi-même, je m'y renferme et m'y cadenasse pour ainsi dire, au triple bruit des chansons de celle-ci , du tambour de celuilà ; et du caquetage incessant de ma toute petite fille.

Enfin , me voilà bien seul ! Ce que j'éprouve d'abord , c'est un profond sentiment de tristesse ; mon cœur se resserre , un voile épais

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et noir s'étend sur mou imagination, et je crois sentir des larmes rouler sous mes paupières baissées. — Pourquoi pleurer? dit la chanson. — Ma loi , je n'en sais rien ! mais quand ma sensibilité , ainsi vivement excitée , commence à me faire souilrir réellement d'un malheur imaginaire; alors que, sans cherchera me l'expliquer, je m'y abandonueavec la résignation du martyr, ne voilà-t-il pas que mes paupières, tout à l'heure humides, se sèchent d'elles-mêmes, et que, d'instant en instant, je vois se dissiper sans effort le chagrin venu sans cause. Tout à coup mon cœur reprend son élasticité, son mouvement redevient uniforme; eusuite , et par intervalle . le voile pesant et noir semble se désassombrir ; on dirait qu'un doux et clair rayon glisse alors mollement sur le tissu de deuil; puis la lueurs égaie et gagne en force, elle pénètre la trame , fond les nuances trop heurtées, harmonise les couleurs, et lance à la lin tant de jets lumineux sur chaque partie du voile , qu'il semble baigner tout entier dans un flot de lumière.

Or, quand j en suis là de ma rêvasserie , il n'est pas besoin de vous dire si je m'y complais et m'y goberge amoureusement, moi qui fus toujours si friand de bonne vie, quoique j aie accepté

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avec assez de philosophie ma large partde mauvaise fortune. Dès que mes pensées ont revêtu leur robe couleur de rose, ce m'est une singulière jouissance de les voir défiler toutes et de prêter une oreille attentive à ces bons souvenirs d'autrefois , qu'elles viennent tour à tour me jeter en passant. Mais, je dois le dire aussi, parmi ces enchanteresses en habits de fête, bien souvent je vois se glisser quelques fantômes en haillons, qui n'ont que de tristes paroles à me faire entendre; cependant, à quelque pénible époque de ma vie que ces lugubres apparitions me ramènent , je ne leur fais pas plus mauvais accueil qu'à leurs joyeuses devancières : — « Soyez les bien venues, leur dis-je, infortunes passées, votre présence m'est douce et consolante, car, si vous me rappelez un temps de souffrance et de misère , vous me prouvez aussi qu'en ce temps-là j'ai bien fait d'espérer, puisque, tôt ou tard , un jour doit arriver où le malheur qu'on subit avec le plus d'impatience ne sera plus pour nous qu'un lointain souvenir. » Cela dit, je me hâte de rappeler à moi les illusions heureuses.

Si, dans ces moments-là, ma pensée errant à l'aventure vient à s arrêter sur ceux qui, faute d'avoir l'osprit de leur Age, s'écoutenl

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