‹ Souvenir d'un prisonnier d'Etat canadien en 1838 [microforme]Chapitre 4 sur 12 · HET TRES · texte numérisé non relu

HET TRES

seconde insurrection serait réprimée avec plus de rigueur que la première ; je comprenais que nous avions commencé le mouvement de cette année-là avec moins de chances de succès que celui de 37, puisque le gouvernement était beaucoup mieux préparé ; je compris que nous étions sacrifiés, et plus j’y songeaiïs, plus j’acquérais l’intime certitude que les coups et les vengeances seraient pour nous et non pour ceux qui en étaient la vraie cause.

En 37, il n’y avait pas 4,000 hommes de troupes dans la province; en 88 il y en avait 15,000, et autant de volontaires organisés et parfaitement équipés. Je compris enfin que le bon sens me venait juste deux mois trop tard |

Rendu à la réflexion et à moi-même, en quelque sorte, ma conscience et ma raison reprenaient leur empire. Mes propres actes, mes folies, je pourrais dire, me revenaient à l'esprit. Une voix intérieure me disait ‘Poutré, qui est responsable des souscriptions que tu as sollicitées, des organisations de comités secrets que tu as dirigés? Qui est responsable des trois mille assermentations

e avec ompremouvee chanle gouaré ; je plus jy rtitude at pour la vraie

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me, en raison s actes, aient à disait scripsations Qui est ations

que, sans mission, sans droit, et en violation de la loi et de toute notion de justice et de bon sens, tu as faites dans ces campagnes-ci ? Tu as soulevé plusieurs paroisses, tu as monté les gens contre le gouvernement sur l’espoir illusoire d’obtenir des secours et des armes ; où en êtes-vous tous aujourd’hui? S'il y a du sang de répandu, des exécutions faites, n’as-tu pas ta grande part de responsabilité ? N’es-tu pas un des grands coupables de la situation telle que vous l’avez faite pa: votre ridicuie crédulité ? N’y a-t-il pas longtemps que tu aurais dû voir que l’on se moquait de vous et que l’on spéculait sur votre ignorance? Combien de familles, peut-être, vont être plongées dans le deuil par ta fautel Combien de tes amis vont être ruinés, peutêtre pour toujours ! Peux-tu aujourd’hui réparer le tort que tu as fait à tant de monde?”

Ces réflexions et bien d’autres assiégeaient mon esprit.

En arrivant à Napierville, vers midi, je ne tardai pas à être entouré par les groupes nombreux qui remplissaient les rues. Je n’eus qu’un mot à leur jeter: “ Pas d’armes, mes amis, pas d'armes! Trompés! sacrifiés!

Où sont-ils que je leur dise en face ce qu'ils sont ? ”

— Qui ?

— Eh ! Côte et Nelson, donc!

— Ah ! Il paraît qu’ils sont partis]

— Malédiction! Je m’en doutais! J'arrive trop tard! Comment donc ai-je pu faire pour ne me douter de rien? Ah! ils ont mis leur peau en sûreté! Si j'avais été ici, misérables, vous ne seriez pas partis comme cela!

—— Personne ne les a vus partir! On croit qu'ils ont dû filer avant le jour! On les cherche depuis le matin, mais puisqu'ils ne sont nulle part, c’est bien clair qu’on ne les reverra pas!

— Qu'est-ce que nous allons fai: e, Poutré?

Les troupes seront ici demain matin.

— Que voulez-vous qu’on fasse contre 5,000 hommes, avec 400 mauvais fusils! Ah! fis-je avec rage, si nous en avions donc une fois, des fusils, de vrais fusils de soldats. Mais à quoi bon? Tout est fini, c’est bien clair!

Débandons-nous et prenons chacun notre côté! Malheur à qui sera pris ici!

Chacun reprit donc tristement et en songeant à l'avenir le chemin de sa concession

e qu’ils

arrive re pour is leur rables,

n croit On les ’ils ne ne les

outré ?

e 5,000 ! fis-je e fois, . Mais clair!

notre

en sonession

ÉCHAPPÉ DE LA POTENCE. 37 et de sa maiïson. Je retournai, moi, directement chez mon père.

Les troupes entrèrent dans le village de Napierville vers onze heures le lendemain matin. Plus de deux cents patriotes, presque tous les habitants du village, furent faits prisonniers. Les troupes maltraitèrent indifféremment les patriotes et les loyaux, et ceuxci furent pillés comme les autres. Plusieurs d’entre eux. qu! voulurent se sauver, voyant que leur fidélité ne les mettait pas à couvert des brutalités des troupes, reçurent des coups de feu et furent blessés. Un patriote, du nom de François Chouinard, fut tué. Un autre, du nom de Charles Pouliot, autant que je puis me rappeler, qui se sauvait avec un enfant de quatre mois dans ses bras, fut aussi tué et l'enfant grièvement blessé. La femme de Chouinard a reçu quelques secours, mais l'enfant qu’elle supportait n’a jamais rien eu.

J’arrivai chez mon père le 9 au soir, tard.

Quand je l'avais laissé, il y avait au plus huit jours, je ne pensais pas y revenir sitôt et sous de pareilles circonstances. À mon départ, je me voyais armé bientôt de pied en cap: épée au côté, pistolets à la ceinture et

bonne carabine au bras; et voilà qu’au bout de huit jours je rentrais, non seulement désenchanté et revenu de mes illusions, mais dans un dinger imminent d’être arrêté et.

qui sait? pout-être pendu! car enfin, si je ne l’ai pas été, ça a pas été la faute de ceux qui étaient chargés d'exécuter les vengeances du gouvernement. Je ne leur fais certainement pas d’injustice en disant qu’ils ont eu la plus sincère envie de me voir danser sur autre chose que mes pieds.

Je passai une nuit fort peu tranquille, et le peu de sommeil que je pus prendre fut fréquemment interrompu par des soubresauts que me causait l’idée que quelqu'un mettait la main sur moi pour m’emmener. Je me levai vers deux heures et demie du matin, et descendis en bas, mais mon père avait encore moins dormi que moi, et fumait silencieuse-

ment près du poêle:

— Eh bien! me dit-il, après le plaisir vient la peine ! Qu'est-ce que tu vas faire à présent ?

— Je ne serais pas fâché de le savoir!

— Tu vas certainement être arrêté!

— Peut-être vont-ils se tenir tranquilles.

Je n'ai pas tant fait, après tout!

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ÉCHAPPÉ DE LA POTENCE. 39 — Comment, tu n’as pas tant fait! Mais y penses-tu ? tu as organisé les comités, tu étais capitaine d’une compagnie, tu t'es battu à Odelltown, tu as couru les campagnes pendant six semaines avec une bible pour assermenter les patriotes ; et tu dis que tu n’as pas tant fait! Ah bien! je te dis, moi, que tu en as fait bien plus qu’il n’en faut pour... tu comprends... et une larme coula lentement sur la joue pâlie du vieillard ! Mais se reprenant de suite:

— Allons, allons, bonhomme! se dit-il à lui-même, pas de faiblesse, c'est la part des femmes, cela! plus l’adversité est forte, plus il faut regimber contre... Tiens, Félix, j'ai plus pensé que dormi, cette nuit, dit mon père. Il ne peut rien sortir de bon d’une folie comme celle-là. À de pareils jeux on risque toujours sa tête, et la tienne ne tient pas beaucoup à tes épaules, aujourd’hui! Ça, c’est sûr! Tu sais bien, d’ailleurs, que ce coquin de M... ne t'aime pas. Tu es sur sa liste à présent! La journée ne se passera pas sans qu’on vienne ici voir si tu y es! Si on te trouve, tu es un homme mort. C’est inutile de se flatter, c'est comme ça. Ainsi.

A ce moment, nous voyons entrer précipitamment un de mes amis du village, qui, avant de m’apercevoir, dit à mon père:

— Que Félix ne reste pas ici une minutel parce qu’il va être arrêté. Puis, m’apercevant derrière me père:

— Va-t-en, va-t-en tout de suite, rne dit-il, M... vicant de donner l’ordre de venir te chercher.

— Comment diable a-t-il su que j'étais déjà arrivé ?

— S'il ne l’a pas su, il s’en doute. Dans tous les cas, voici ce que je viens de voir et d'entendre. Je suis sorti à deux heures pour aller chercher le docteur pour Marie qui est malade, et en passant devant chez ce vieux misérable de M... j'ai vu sortir D...

— Ah! le gueux! fit mon père.

— Puis le bonhomme lui a dit en fermant la porte (je l’ai vu avec sa tuque rouge et ses gros yeux de chat-huant, comme je vous vois là): ‘Tiens ! commence par Félix. S'il est chez son père, le vieux a le nez long et ne le gardera pas longtemps. Vas-y de suitel Je ne veux pas le manquer celui-là; car il y à un an que je le guette.”

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ermant Duge et je vous ix. S'il g et ne suite!

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‘€ J’ai bien compris qu’il s'agissait de toi, et j'ai piqué droit à travers les champs pour venir t’avertir. Si les chemins avaient été beaux, je ne serais peut-être pas arrivé à temps, parce que D... a sa jument blonde; mais par les chemins qu’il fait, il doit encore être à une bonne demi-lieue. C’est donc à peu près vingt minutes qui te restent ; ainsi, profites-en, tu vois que ça presse |

— Quoi! dit mon père, tu n’es pas arrêté chez le docteur; et si Marie est bien malade!

— Et si Félix est pris! Arrêter chez le docteur! C’était assez de retard pour tout perdre, sil avait dormi un peu dur! Quand Marie saura pourquoi j’ai été si longtemps, elle me pardonnera bien. Allons, bonjour; car je suis pressé moi aussi. Maïs tenez, père Poutré, j'ai tant couru, et il faut que je coure encore pour m'en retourner, qu’une petite larme ne me ferait pas de mal.

—Ah! pauvre enfant, dit mon père; et moi qui suis assez sot pour n’y pas penser | C’est bien certain! tu es hors d’état! Tiens, vois-tu, mon enfant, il y a des temps où l’on n’a pas la tête à soi, et je te prie bien de m’excuser, car ce n’est pas mon habitude de mal recevoir mes meilleurs amis.

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— Ah! ce n’est rien, père Poutré; je sais bien que ce n’est pas le cœur qui manque.

Là-dessus, mon père se hâta de verser un bon verre de son vieux rhum à notre ami; nous lui serrâmes tous deux cordialement la main pour le service rendu, et il reprit en courant le chemin du village.

Il faisait encore pleine nuit, je passai des bottes longues, pris un petit paquet de linge, me munis de ce qu’il me fallait pour faire du feu, et pris la route du bois.

Je n'avais pas fait cent pieds, que j’entendis le clapotement des pieds d’un cheval dans la boue. Il faisait très obscur, le temps était couvert, je ne courais donc aucun risque d'être vu. Je revins sur mes pas pour voir ce qui se passerait. J’allai me placer au pignon de la maison, près d’une porte vitrée qui ne servait presque jamais, et d’où je pus apercevoir maître D... avec sa figure de fouine et ges yeux de furet, chercher à percer les cloisons de son regard.

L'entretien était déjà commencé entre mon père et lui quand j’arrivai sur le perron.

Ce sont de bien malheureux temps, père Poutré.

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que j’enan cheval le temps un risque ur voir ce u pignon ée qui ne pus aperfouine et r les cloi-

ntre mon 'ron.

x temps,

— Oui, bien malheureux en effet, car les pauvres Canadiens vont avoir de mauvais quarts d'heure à passer.

— Pourquoi aussi se révolter contre le gouvernement ? Qu'est-ce qui les y pousse ? Il n’y a pas un pays au monde aussi heureux que celui-ci. N'est-ce pas, père Poutré ?

— Hum...

— Comment, vous ne trouvez pas le Canadien heureux de vivre sous notre bon gouvernement ? |

— Ecoute, D... ne me fais pas parler! je sais ce qui en est, moi. Je n’ai pas remuél J’ai cru que c'était une folie ! je l’ai même dit aux jeunes gens! malheureusement une fois le branle donné, rien n’a pu arrêter tous ces pauvres enfants-là! Mais de ce que je dis qu’ils ont fait une folie, à dire que le gouvernement est bon, il y a loin. Je n’ai pas dit. qu’il fût mauvais, je ne dis rien à personne, mais avant de dire qu’il est bon, tu sais, mon cher, j'irai danser sur rien.

‘ Au reste, il ne s’agit pas de tout cela qu'est-ce qui t’amène ?

— Ainsi, père Poutré, vous pensez que le gouvernement n’est pas bon ?

Je vis l’œil de mon père s’allumer.

— Je ne dis rien, D... mais je te le répète, ne me fais pas parler, car on pourrait parler d'autre chose que du gouvernement. Dismoi ce que tu viens faire ici.

— Ah! pas grand’chose: histoire de parler en passant. Je m’en vais à Lacadie porter des sommations, et voyant de la lumière ici, cela m'a fait arrêter. Vous avez été bien matinal aujourd’hui, père Poutré!

— Ah! vois-tu, le soleil est paresseux à cette saison-ci, et si nous nous levions aussi tard que lui, le battage ne marcherait guère.

— Avez-vous entendu parler des événements de Napierville? On dit qu'il y a eu bien des malheurs ?

— Je n’en sais rien, dit sèchement mon père.

— Il paraît qu'il y a bien des prisonniers de faits.

—Tant pis!

— Pourquoi donc tant pis, est-ce que ces gens-là ne méritent pas d’être punis pour leur conduite ?

— Si on punissait les vrais coupables au moins |

le répète, ait parler ent. Dis-

de parler

mière ici, bien maresseux à ons aussi ait guère.

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nent mon risonniers e que ces inis pour

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—Et qui sont les vrais coupables, père Poutré ?

Mon père ge leva brusquement de sa chaise, et je voyais qu’il commençait à ne plus pouvoir se contenir. J'étais fort inquiet, car un

homme comme D... tout misérable qu’il était,

était une puissance à cette époque. D... le regardait fièrement |

— Les vrais coupables, reprit-il, ce sont ceux qui vendent et livrent leurs compatriotes, leurs frères.

— Mais de qui parlez-vous donc, père Poutré? Qui est-ce qui livre ses frères ? Est-ce à moi que cela s'adresse? Vous avez l'air fâché.. Je ne dirais certes pas un mot contre un homme comme vous ; mais quand il s’agit

de toute la canaille qui est allée se battre ” | contre le gouvernement. il me semble qu’on

peut bien lui dire son fait.

Il est probable que si D... avait pu soupçonner que mon père était instruit du motif de sa visite, il n’eût pas été si provoquant dans ses remarques ; mais comment s’imaginer qu’à pareille heure, ce motif avait été surpris et l'alarme donnée ?

Je voyais dans les yeux de mon père et

dans le regard qu’il lançait à D... qu’il était terriblement tenté de le faire pirouetter du côté de la rue, et sans la connaissance qu’il avait de sa mission, il l’eût fait sans aucun doute. Il lui dit donc en s’efforçant de prendre un air calme:

— Il n’est pas juste de traiter de canaïlle des gens qui n’ont été que trompés; et je trouve cent fois plus méprisables ceux qui...

— Ceux qui les punissent ?

— Non, maïs ceux qui les cherchent, dit mon père d’une voix étouffée de colère.

Tiens, D... quand on voit, à pareille heure, un oiseau de mauvais augure comme toi, on sait ce que cela veut dire. Si tu t’imagines me tromper avec tes mines innocentes, tu te * fais bien illusion. Je sais ce que tu viens faire aussi bien que toi, et ce qui me fâche, c’est que tu veux me tirer les vers du nez pour pouvoir en emmener deux au lieu d’un.

Je te connais depuis longtemps, D...

— Eh bien, faisons notre devoir alors. Je voudrais bien que ce fût un autre que moi, continua-t-il, en reprenant sa mine hypocrite (car cet homme était l’hypocrisie incarnée), mais comme on m’a choisi, il faut bien que j’agisse:

. qu’il était rouetter du ssance qu’il sans aucun int de pren-

* de canaille apés ; et je ceux qui...

erchent, dit de colère.

eille heure, name toi, on t’imagines entes, tu te e tu viens

me fâche, rers du nez

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ir alors. Je e que moi, ine hypobocrisie inpisi, il faut

— Pas d’hypocrisie, dit mon père, tu viens chercher Félix; eh bien! tu t’en retourneras comme tu es venu ; il n’y est pas. Et si tu as peur en retournant, ce qui t’arrive souvent, chante: ‘ J’ai trouvé le nid du lièvre,” cela t'empêchera peut-être de frissonner au bruit des feuilles. A présent, va-t-en, car je ne suis plus disposé à endurer dans ma maison ta face de valet de volontaires! Ainsi, Félix n’y est pas, va-t-en.

— Père Poutré, voici un warrant qu'il faut que j’exécute ; et comme M. M... est informé que Félix est ici, car il le sait, c’est inutile de le nier, père Poutré, je vais le chercher, car il faut que je le trouve.

— Eh bien, cherche, dit mon père.

— Vous feriez mieux de vous épargner ce désagrément, père Poutré! À quoi bon nier?

Félix est arrivé ici hier. On sait ce qui se passe, allez! Pourquoi me forcer de faire le tour de la maison, et de regarder dans tous les coins ?

Mon père prit le bras de D... le serra à le faire pâlir, et lui dit:

— Plus de paroles, entends-tu! Quand je te dis que Félix n’y est pas, c’est que c’est

vrai. Je ne suis pas de ton espèce, moi, pour mentir et me cacher après |! Tu sais l’histoire de Charles B... Personne ne sait cela encore, eh bien, moi, je la sais! Ainsi marche droit, fais ton infâme métier, et va-t-en vite! Si j'étais de ton calibre, je te dénoncerais; mais je ne fais pas ce métier-là, moi. Tu finiras bien par tomber où tu envoies les autres, coquin! Ainsi fais ta recherche!

— Tenez, père Poutré, dit D... en prenant sa mine la plus douce, je sais que vous êtes incapable de mentir.

— Pas de flagorneries, c’est l’histoire de Charles B... qui me les vaut, et tu veux m'engager à ne.rien dire... Ce ne sont ni tes bassesses ni tes hypocrisies qui me feront taire! Si je te ressemblais, tu ne serais pas iei aujourd’hui. Tu as un devoir à remplir, eh bien ! fais-le vite et va-t-en.

—$Si vous me donnez votre parole que Félix n’est pas ici, père Poutré, je m’en contenterai.

— Cherche, lâche! et laisse-moi tranquille avec tes avances! Je ne veux pas te devoir même l’apparence d’un ménagement.

D... gagna donc l'escalier pour monter

moi, pour l’histoire la encore, che droit, \ vite! Si rais; mais lu finiras utres, co-

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ranquille te devoir it.

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dans le haut de la maison, et lança un regard venimeux à mon père. Quant à moi, je m’étais un peu laissé emporter par la curiosité, et le jour commençant à poindre, on pouvait distinguer un homme à deux cents pas. Je restai donc blotti près de la porte, en cas qu’il me vît des fenêtres d’en haut. Quand il redescendit, je ne fis qu’un bond derrière les bâtiments qui me dérobaient à la vue, et je pris ma course du côté des trente.

J’arrivai au bois sans que personne m’eût aperçu. J’allai m’établir dans une cabane à sucre. Je me préparai une bonne cachette à quelque distance en faisant plusieurs tas de broassailles, mais je regrettai d’avoir oublié une hacbe. Je ramassai néanmoins des bois morts et fis un bon feu dans la cabane, puis je me mis à faire la seule chose que fait d’ordinaire un homme qui est obligé de se cacher: je songeai au passé, au présent, à l’avenir, à mon ancienne vie tranquille, à ma situation présente. combien cela pouvait durer. allais-je passer l’hiver dans cette cabane?.. M'y découvrirait-on? Si cela arrivait, que ferait-on de moi? Ne ferais-je pas mieux de passer de suite aux Etats-Unis ?..

Puis mes désappointements, le manque d’armes, mon voyage inutile à Lacolle, la moquerie de Côte, tout cela me repas at dans l’esprit, et je me disais: “ Ah! si je vais aux États, gare à toi, monsieur le général sauve qu* peut! ”

Avec tout cela, le temps ne passait pas vite, et on s'ennuie bientôt en se parlant à soi-même. Puis sur l'après-midi, je commençai à sentir que je mangerais bien quelque chose, et je compris que si j'avais emporté quelques vivres, cela eût rendu peut-être mes idées moins noires. Il n’y a pas grand’chose à manger dans le bois au milieu de novembre, et les perdrix et les lièvres ne vous tombent pas tout rôtis ! Quand le jour commença à baisser, il me semblait que j’aurais fait entrer une sonde de dix pieds dans mon estomac.

Ah ça, me dis-je à moi-même, il faut toujours bien que je mange, bon gré mal gré. Si rien ne me vient, je vais aller à la maison, car dormir dans une cabäne à sucre, c’est-àdire rôtir d’un côté et geler de l’autre, ça n’est pas du luxe: et il n’y a rien, d’ailleurs, qui refroidisse le feu comme de ne pas man-

Je

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ÉCHAPPÉ DE LA POTENCE. 51 ger. Ah! maudit D... si je te tenais, je t’en taillerais une grillade !

Je songeais donc à la manière dont je m’y prendrais pour obtenir des vivres avant la nuit, quand j’entendis un cri lointain m'’arriver à travers les arbres. Je tressaillis et me trouvai sur mes pieds comme si j'avais été poussé par un ressort. Je courus hors de la cabane, maïs ne pus rien voir, comme de raison. “ Imbécile, me dis-je à moi-même, ce cri vient d’au moins six ou sept arpents, et tu t’imagines, en plein bois, apercevoir celui qui l’a fait ? ”

Je rentrai donc dans ma cabane, ne sachant si je devais répondre. Il était probable, sans doute, que l’on me cherchait pour me donner à manger; car mon père avait dû certainement penser au plus nécessaire. D'un autre côté, il n’était pas impossible non plus que ce fût D... ou quelque autre furet de son espèce qui fût à mes trousses! Si tel était le cas, je ne devais pas rester dans la cabane, où l’on me trouverait infailliblement. Je sortis donc et me cachaiï derrière le tas de broussailles que j'avais fait le matin. De là je regardai à travers l'épaisseur du bois et je

me ——-

mt 2

RE

bp2 ÉCHAPPÉ DE LA POTENCE.

crus entendre deux hommes se parler. Cela me fit réfléchir, car pourquoi mon père eût-il mis un autre hor ne dans le secret? Les voix se rapprochant, je m’enfonçai complètement sous les branches et j’attendis. Au bout de quelques instants, j’entendis distinctement quelqu'un parler de moi.

—Où diable peut-il être fourré ? disait cet homme. Voilà plusieurs cabanes à sucre que ous ouvrons et il n’y a nulle trace d'homme.

Il a dû pourtant... tiens en voilà une autre. Visitons-la toujours. J'étais à peine à cinquante pieds de la cabane; j’entendais parfaitement, maïs je ne pouvais rien voir. En ouvrant la porte, la même voix dit: ‘ Rien ici non plus.” Mais tout à coup, j’entendis la voix de mon père qui dit à l’autre: ‘“ Ah!

ah! on a fait du feu ; la cendre est chaude, il n’est pas loin d'ici.” Ils sortirent tous deux de la cabane et mon père dit : ‘‘ Il n’est certainement pas loin d'ici, voilà une piste d'homme toute fraîche.” Comme il achevait ces mots, je me levai subitement en faisant sauter en l’air les broussailles qui me couvraient, et je m’avançai vers eux.

— Joli nid pour un patriote, me dit mon

. Cela eût-il 8 voix ement put de ement

ait cet re que mme.

autre.

à cins parir. En jen ici

ÉCHAPPÉ DE LA POTENCE. 53 père, qui portait un petit coffre sous son bras. Je suppose que le patriote mangerait bien un Anglais par le temps qui court.

— J'en mangeraiïis bien trois, répondis-je… j'ai une faim d’enfer.

— Il y a deux heures au moins qu’on te cherche. Tu es venu bien loin!

— Eh bien, puisque je me cache, autant vaut le faire bien tout de suite.

— Tiens, ne babillons pas et mange, me dit mon père en ouvrant son coffret, qui fit briller à mes yeux une magnifique brique de lard blanc de six doigts d'épaisseur, avec du pain, et une bouteille de réconfortant. La table fut bientôt mise et le dîner vite avalé. Pendant que je dévorais plutôt que je ne mangeais, mon père me dit:

— Je t’assure que j’ai arrangé cet animal de D... cette nuit.

— Je le sais bien, j’ai tout entendu.

— Quoi, tu n'étais pas parti!

— J'ai été m'écraser à la porte du pignon, et je l’avais en face; j’entendais tout,

— Franchement je ne sais comment j'ai fait pour me dominer, et ne pas lui tordre le cou. I] me semblait que je le lui aurais turdu comme à un coqÎ

ô4 ÉCHAPPÉ DE LA POTENCE.

— J'étais réellement inquiet, tenez; car vous n'avez pas été prudent. Vous lui avez dit des choses qui pourraient tourner contre vous. C’est pourtant bien assez d’un dans le trouble!

— C’est vrai, c’est vrai, maïs le moyen de rester de sang-froid quand vous avez un coquin de cette espèce qui cherche à vous, compromettre ! J'ai su, vers midi, qu'on a déjà arrêté plusieurs patriotes. Je crois que tu es mieux ici que dans leurs pattes. Il paraît qu’il y a beaucoup de menaces de brûler les propriétés ; je ne serais pas surpris de voir quelque feux de joie à la mode anglaise prochainement.

— Pourvu que ce ne soit pas chez nous!

— Eh bien, si c’est chez nous, il faudra bien l’endurer. Mais tiens, cela me fait songer qu’il vaudrait peut-être tout autant prendre ses précautions. C’est bientôt fait, avec eux, une brélade !

— C'est bon de prendre ses précautions, mon père, mais il est encore plus nécessaire d'être prudent dans ses paroles, et vous ne l’étiez pas beaucoup, cette nuit! Pensez donc un peu... si vous étiez arrêté, et moi qui ne

lez; car lui avez * contre dans le

yen de Z UN COà vous, qu'on a rois que attes. Il aces de surpris

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faudra ne fait autant Ôt fait,

autions, cessaire ous ne ez donc qui ne

ÉCHAPPÉ DE LA POTENCE. 55 pourrais me montrer. où en seriez-vous, Où en serait toute la famiile ?

—$Sois tranquille, j’y yenserai à l'avenir, et je ne m’emporterai plus. Ah! coquin de D... va!

— Tenez, voyez-vous, si vous voyiez ce brigand-là passer ici, vous l’écharperiez.

— Ah oui, ça, c’est sûr ; mais au village ou à la maison, je serai prudent et ne me fâcherai pas ; ou si je le fais, je ne me fâcherai qu’en dedans. Sois tranquille.

‘Saïis-tu que tu as choisi la meilleure cabane et le meilleur coin pour te cacher, continua mon père. Tu vois d'assez loin; tu peux te jeter en deux sauts au bas de la côte, et prendre assez d'avance pour te moquer d’une balle ; tu te fais des nids de broussailles où il faudrait un bon chien pour te découvrir ; tu es aussi bien que les circonstances le permettent. Dorénavant, on ne te laissera plus crever de faim. Tu as des vivres là pour trois jours. Je ne puis venir souvent, cela éveillerait les soupçons.

‘ Nous allons retourner et Baptiste te rapportera ce soir des couvertures et une hache pour que tu puisses travailler à quelque chose

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