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et te réchauffer sans faire le fainéant devant le feu. Tu vas probablement avoir le temps de bûcher une bonne provision d’hiver. Aïnsi, anmuse-toi, fais bien le guet, et pense à tes blondes.
‘ À propos, je pourrais bien aussi t’'envoyer un fusil. Tu pourras tuer par-ci par-là une perdrix ou un lièvre, et ça te fera un dessert.
— Eh bien, adieu ! dis-je à mon père, en lui tendant la main, et s’il y a quelque chose d’extraordinaire, faites-moi le dire.
Je me retrouvai donc seul et dus, bon gré, mal gré, me remettre à songer. Vers neuf heures, autant que j’en pus juger, j’entendis un chant m’arriver à travers le bois. Comme ça ne pouvait être que Baptiste, je me dirigeai sur la voix, et lui pris une partie de son fardeau. Il me rapportait une peau de bœuf, un oreiller, mon fusil, une hache, une pipe et du tabac, du pain, un peu de linge de corps et quelques hardes; enfin il avait la charge d’un homme et demi. Il m’apprit l'arrestation de quelques amis, les traitements que les volontaires leur faisaient subir, et leurs menaces d’incendier les maisons des patriotes.
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— Tâche donc, dis-je à Baptiste, qu’il en passe un de temps en temps par ici; ceux-là paieroat pour les autres, j’en réponds. Nous nous dîmes bonsoir et il me laissa dans la solitude de la forêt.
J’avais souvent entendu parler du charme des bois, de la vie champêtre, du bonheur de l'isolement; j'avais même lu quelques tirades là-dessus; maïs j’invite ceux qui écrivent ces fadaiïses à essayer, sur la fin d’un automne canadien, de la vie des bois, avec une cabane à sucre pour gîte et pour abri; je pense qu'ils se guériraient vite de leur croyance à la poésie des grands bois et de la solitude qu’ils procurent.
Je restai seul quatre jours, et reçus alors une visite de mon père. On avait fait une recherche à la maison, et les chercheurs paraissaient croire que je n'étais pas loin. Il y avait déjà plus de deux cents arrestations de faites, et ceux que les volontaires tratnaient en prison étaient littéralement traités un peu plus brutalement que des chiens.
— J’en ai pour longtemps, j’ai peur, dis-je à mon père.
— Cela se peut. Mais ne te décourage pas.
S'il n’y a pas moyens de t'éviter. la prison, tu passeras aux États-Unis. Je suis si épié qu’il faut que je reste à la maison. Quand je reviendrai, tu me reconnaîtras en entendant frapper sur les arbres trois coups à intervalles égaux, répétés de temps en temps. Adieu.
Ces huit jours me parurent huit semaines, quoique j’eusse bûché presque assez de bois pour l’hivernement d’une famille. Rien ne me dérangeait, ma conversation étant en dedans.
Le huitième jour je me mis à écouter attentivement aussitôt que la brune commença; mais j’eus beau prêter l'oreille, je n’entendis rien. À neuf heures du soir, je rentrai dans ma cabane passablement découragé. Je savais que rien n’empêcherait mon père, s’il ne lui était rien arrivé, de venir à l'heure dite, ou au moins d'envoyer à sa place. Ce retard signifiait maladie très grave ou arrestation, il n’y avait pas de milieu. Je ne fermai pas l’œil de la nuit. Le lendemain, je n’eus pas le courage de me remettre au travail ; j'avais comme un pressentiment d’un malheur. À midi, personne n'était encore venu; j'étais dévoré d'inquiétude, et je
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réfléchissais si je ne risquerais pas le tout pour le tout, pour m'’assurer s’il s'était passé quelque chose d’insolite à la maison. Vers quatre ou cinq heures, rien encore. Je me dirigeai instinctivement vers la lisière du bois qui correspondait à un coteau d’où l’on découvrait presqu’une lieue de pays. On voyait déjà les étoiles quand j'y arrivai, mais à mon horreur je vis devant moi, à la deuxième concession, trois constructions qui brûlaient, à d’assez grandes distances les unes des autres. Ce ne pouvait donc être de simples accidents. Le gouvernement avait donc commandé de sévir, et ne se contentant pas de la justice ordinaire, il en créait une à la guise des passions et de la colère de nos ennemis.
Cette manière de punir était aussi stupide que méchante. Quand les propriétaires étaient déjà en prison, pour être jugés par des tribunaux exceptionnels, c'était une atroce barbarie que de priver leurs familles de tout asile. Cela se faisait au moment des rudes hivers du Canada ! Rendre la femme et les enfants responsables de la faute du père, ce n’était plus de la punition, mais de lu vengeance.
Ces excès étaient indignes d’un grand peuple. La haine nationale, les rivalités locales de partis, y avaient plus de part, d’ailleurs, que tout autre sentiment. Le pays était alors gouverné par la faction dont le procureur général Ogden était le chef, et cette faction n'avait d’autre but que de tyranniser par tous les moyens possibles, sous prétexte de punition, tout ce qui était canadien.
La répression a été hors de toute proportion avec la faute.
Douze exécutions, et en moins de quatorze mois plus de quatre cents incendies allumés sur divers points du pays, par ordre des autorités, en sus des sentences illégales des cours martiales, en voilà pour faire apprécier à sa juste valeur, l’odieuse flagornerie de gens repus qui ont osé dire à l’Angleterre: ‘Vous êtes un gouvernement juste ! ”
Les troupes anglaises sont repoussées à St- Denis par l’inconcevable ineptie de leur «1!
nel. Douze jours après elles reviennen ate résistance a cessé, et on brûle un quart du village ! Sur quelles indications ? Celles des traîtres de l'endroit qui vengeaient leurs injures personnelles en indiquant les proprié-
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tés à brûler. Incendier dans la chaleur du combat, cela se conçoit, cela est souvent exigé par les circonstances, permis par les lois de la guerre ; il faut déloger l’ennemi, détruire les positions où il pourrait s’établir de nouveau. Mais revenir brûler de sang-froid quel-
ques maisons parce que l’on a été battu, cela
devient du pur brigandage ; c’est là une lâcheté que la pression seule, probablement, des haïnes provinciales, a pu faire commettre à une armée anglaise. Au reste, je sais que les officiers anglais déploraient souvent les excès qu’on leur faisait commettre; je sais qu’ils avaient honte d'agir avec les volontaires, à cause de leur jactance et de leur brutalité vis-à-vis des femmes et des enfants, et du soin qu’ils avaient de s’abriter derrière les troupes quand ils le pouvaient. Nombre d’incendies n’ont été dus qu'aux délations de la canaïlle des grands villages, qui voulait piller. Nombre d’innocents ont été punis par suite des rancunes personnelles de toute cette classe de traîtres à laquelle le gouvernement donnait de l’importance, tout en la méprisant, afin d'obtenir le plus de délations possible,.
Ces destructions de nropriétés étient si odieuse que dès 1847 on comprit qu’il fallait indemniser les gens que l’on avait ruinés de sang-froid et pour le simple plaisir de faire du mal. Le ministère Draper proposa une mesure d’indemnité, mais comme il exceptait de l’opération de la loi ceux qui avaient été comdamnés par les cours martiales, cours qui avaient été déclarées illégales en Angleterre même, le parti libéral s’opposa à la passation de la loi de M. Draper, et celui-ci, craignant d’être battu, laissa tomber sa mesure.
En 1849, le parti libéral, qui était revenu au pouvoir, reprit le projet de M. Draper.
Les élections de 1848 avaient en grande partie roulé sur la mesure da: l’indemnité. Le pays la demandait et le parti libéral s’épuisa en reproches contre M. Draper et ses collègues, qui avaient fait des exceptions. À l’avènement de M. Lafontaine tout le pays crut enfin que justice serait faite et les malheureux que l’on avait ruinés espérèrent de meilleurs jours.
Mais ils comptaient sans les intrigues ministérielles et les lâchetés de parti.
Après dix mois d'attente, dix mois de sou-
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revenu Draper.
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rires et de promesses de la part du gouvernement libéral ; après de nombreuses assemblées publiques dans lesquelles les libéraux avaient blâmé sans merci le ministère Draper des exceptions qu’il avait faites (chose toute naturelle, disait-on, c'était un ministère tory qui ne pouvait avoir aucune sympathie réelle pour les Canadiens), la session arrive et la mesure d’idemnité est la première intsoduite, La bataiïlle s'engage.
M. Blake, alors soliciteur général, fait un magnifique discours de cinq heures au soutien de ia mesure: il déploie contre le torysme la plus terrible puissance d'invective; il foudroïe sir Allan McNab de son éloquence et l’ér'ase de ses sarcasmes; il affirme en plein parlement que les vrais rebelles à la loi et à l'autorité ce sont les tories et non les condamnés de 1837... puis, tout à coup, toute cette éloquence n’est plus qu’un boulet perdu, une bombe qui a éclaté er l'air. La faction tory, qui avait épuisé sa rage sur un homme de paille qu’elle avait brûlé dans les rues, finit par faire peur à M. Lafontaine ; M. Boulton fait adopter, par le ministère, ses amendements d’abord rejetés, et le tout se termine
par une mesure moins libérale que celle qui avait été proposée par le ministère Draper.
Le ministère libéral avait augmenté le nombre des exceptions faites par le ministère tory, au lieu de le diminuer! Ces libéraux qui devaient être si sympathiques aux souffrances de leurs compatriotes ruinés sans merci, donnaient moins que M. Draper. Ils avaient forcé celui-ci de retirer sa mesure parce qu’elle ne donnait pas assez, et ils donnaient moins encore! Le parti libéral avait opposé la loi de M. Draper parce qu’elle ganctionnait de fait, au moyen des exceptions qu’elle contenait, les décisions des cours martiales, et la loi votée par le parti libéral faisait exactement la même chose! et plus encore, puisqu'elle exceptait de l’opération de la loi ceux qui avaient été transportés à la Bermude, cg que la loi de M. Draper ne faisait pas! Ainsi, après tant de belles parolés aux hustings, après tant d’assemblées dans lesquelles on avait si énergiquement dénoncé le ministère Draper, après tant de protestations et de promesses, on octroyait au pays une loi qui lui faisait regretter celle du ministère Draper! Jactance et promesses Pril-
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lantes avant d’être ministre ; faiblesse et nullité une fois au port !! Comme tous les ministères libéraux du Canada se sont fidèlement copiés les uns les autres!
Mais la masse des ayants droit à une indemnité allait-elle au moins étre indemnisée avec justice? Allaït-on les payer honnôêtement? voilà ce que le pays se demandait, voilà ce qu’il était en quelque sorte sûr d’obtenir avec un ministère lvéral qui avait tant attaqué le ministère Draper que l’on appelait tory ! Eh bien, là encore, un-désappointement cruel, poignant, attendait les intéressés. Non seulement la loi faisait des distinctions odieuses, mais, dans le mode de paiement, elle commettait une infamie à laquelle, nous, intéressés, nous avons refusé de croire jusqu’au dernier moment. Au ‘ieu de statuer que les gens que l’on avait 1:échamment et sottement ruinés seraient au moins payés intégralement, elle contenait cette disposition si complètement dénuée du plus simple bon sens, les intéressés seraient payés avec des débentures !
Quel devait être l’effet de cette inepte disposition ?
On avait pourtant devant les yeux un exemple bien frappant. Les débentures émises alors pour venir au secours des incendiés de Québec étaient à courte échéance, comparativement, et elles étaient à 20 x d'’escompte. On avait émané, en 1848, des débentures à un an seulement de date pour les besoins immédiats du gouvernement, et ces débentures étaient de 5 °‘% d’escompte. Or la loi statuait que l’on paierait les victimes des brutalités des volontaires avec des débentures à vingt ans d'échéance, portant 6 % d'intérêt !! Les libéraux, nos amis, nos protecteurs, n’avaient refusé la mesure Draper que pour nous en donner une bien pire encore !
Aujourd’hui, l'oubli a passé sur tout cela.
Aujourd’hui ceux qui nous ont trahis alors remplissent les plus hautes charges du pays, vivent sur un passé qu’ils regardent comme bien glorieux, et que nous, leurs victimes, nous regardons comme bien odieux et bien coupable. Toute cette indemnité, dont on a fait tant de bruit, qui en a profité? Ceux à qui elle était destinée? Pas le moins du monde, au moins pour le plus grand nombre d’entre eux! Ceux qui en ont profité, ce sont
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les spéculateurs, les usuriers; ceux qui, quand il y a un sou à arracher à un pauvre, sont toujours là prêts à le prendre, non pas en le volant directement, je l’admets, mais en l’obtenant par des mensonges, de fausses représentations sur sa vraie valeur, en l’arrachant sous de faux prétextes; ceux en un mot que l’on qualifie si justement de mangeurs de chrétiens !
DES DÉBENTURES PAYABLES DANS 20 ANs!
et presque tous ceux que l’on voulait indemniser étaient des pauvres qui attendaient après
cet argent pour se rebâtir une chaumière, ou
même pour se procurer à eux et à leurs familles le pain qui leur manquait depuis longtemps! La grande majorité des réclamations étaient de cinquante louis! Cela représentait trois louis ou moins de revenu. Y avait-il la plus légère apparence de bon sens dans la prétention que ces gens ne vendraient pas leurs débentures et se contenteraient d'en percevoir l'intérêt du gouvernement ?
Etait-ce la peine de se déranger pour aller chercher 6, 9 ou 12 piastres d'intérêt ? Qu'est-ce que cette misère pouvait produire de soulagement dans une famille? On avait alors
DS ends 326
l'audace de prétendre que l’on voulait soulager les pauvres, et c’étaient précisément les pauvres que l’on maltraitait par ce système |
Un homme qui avait droit à £500 recevait £30 d'intérêt du gouvernement. Cela faisait au moins un revenu appréciable; et une débenture de Æ£500 avait une valeur réalisable, représentant à peu de chose près sa valeur nominale. On avait une assez bonne chance de la vendre au pair, ou à un faible escompte, parce que cela valait la peine d’être acheté, ou d’être conservé si on ne trouvait pas son prix. Maïs une débenture de £100, de £50, qu'est-ce cela valait? A peine 50 «9 de sa valeur nominale! Cela a été dit alors, représenté à satiété par les membres et les journaux de l’opposition. On ne les a pas écoutés et on a passé outre, faisant la sourde oreille au bon sens comme on avait manqué à sa parole, à la foi jurée, quand, après avoir si fortement blâmé le ministère Draper, on faisait pis que luil La conséquence des lâchetés de 49 a été que beaucoup de débentures, celles des pauvres, ont été achetées à 70 vx d’escompte! Ceux qui avaient
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réellement besoin d’être indemnisés n’ont rien eu ou à peu près; ceux qui ont profité de la mesure ont été précisément ceux pour lesquels elle n'avait pas été faite!
Les £100,000 votés alors ont à peine produit £30,000 aux victimes, maïs les mangeurs de chrétiens se sont enrichis! Le gouvernement paie donc aujourd’hui environ 20 % sur la somme qu’il a réellement versée aux malheureux de 37 et 38. Car les £6,000 environ d'intérêts qu’il paie aux détenteurs actuels des débentures ne représentent, quant aux victimes des troubles, que les £30,000 que celles-ci ont reçus. Sous prétexte d’indemniser des malheureux, on a donc fait un splendide présent de £60,000 environ aux spéculateurs sur le pain du pauvre!
Voilà comme on s’est moqué du bon sens, et de ses devoirs, et de la foi jurée, et de la justice, et des malheureux, et du public!
Le gouvernement, de l’aveu de tous les journaux ministériels et de l’opposition d’alors, pouvait emporter une mesure complète et juste. Mais on a voulu flatter le pari tory et lui céder quelque chose, afin de le pacifier. Voilà pourquoi on a fait l’exception relative
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aux exilés de la Bermude, qui a conduit à cette autre exception plus odieuse encore, de payer le Dr Nelson, quoique l’un des exilés de la Bermude, en récompense de ses odieuses calomnies contre M. Papineau; et de ne rien donner aux autres! Voilà pourquoi on a sanctionné les décisions des cours martiales| Et ces faiblesses, ce manque absolu d’énergie et de calcul, ont abouti à quoi? A l'incendie du parlement parce que l’on donnaït encore trop !
Voilà ce que l’on a gagné à flatter ses ennemis, à faire céder son devoir à ses intérêts de partisan.
Si on veut prétendre que tel n’était pas l’objet du ministère à cette époque, on pourrait se convaincre de la vérité de l’accusation que je porte ici contre les libéraux du temps, par la lecture d’un discours de M. Gugy dans la séance de la chambre du 27 février 1849, dont voici un extrait :
“Les ministres en adoptant cet amendement (celui de M. Boulton),—au moins, c'est ainsi que je vois la chose, —ont déclaré qu’ils prenaient pour bonnes et valables toutes les décisions des cours martiales, Avec une déci-
it À sion pareille, il est bien clair que le ministère , de a fait un pas, je dirai même vingt pas, vers s de nous ; qu'il a voulu en effet se rapprocher du 1868 parti tory, en déclarant que tous ceux qui ben avaient été condamnés par la cour martiale ne ne recevraient aucune partie de la compenles! sation voulue par la chambre. N'est-ce pas rgie là déclarer que ceux qui étaient condamnés ndie par les cours martiales étaient coupables ?
Et maintenant, comme, pour nous, ces cours
ee martiales avaient en effet droit de juridiction s en- en cette matière, nous devons nous ranger érête ’ avec le ministère, qui admet cette opinion comme vraie.
pas “Pourquoi le ministère ne s'est-il pas op- Our posé à l’amendement présenté à ses résoluton tions par l’hon. membre pour le comté de ps, Norfolk (M. Boulton), à cet amendement dans par lequel on blâme, on fiétrit des gens qui se 1849, sont sacrifiés eux-mêmes, qui se sont dévoués pour le salut et le bonheur de leurs compades triotes (les exilés de la Bermude) ?
c'eat ‘ENCORE UN COURT ESPACE DE TEMPS ET VOS Lu'ils \ CONCITOYENS VOUS FERONT MONTER LA HONTE
»s dé- AU FRONT AU SOUVENIR D'UNE PAREILLE Ladéci- CHETÉ | :
‘ Ce n’est pas à moi qu’on pourra faire le reproche d’avoir sacrifié personne en cette occasion; on comprendra que je ne fais qu'être consistant avec mes principes. Mais il y a des gens auxquels on pourra avec toute raison faire ce reproche qu’ils ont consenti à sacrifier ceux de leurs compatriotes qui ont pris part à la rébellion, il est vrai, mais qui ont expié leur mauvaise conduite, leurs actes imprudents, par un long exil et des confiscations qui entraînaient le deuil et l’indigence pour leurs familles.
‘ Pour moi, si j'avais été pour quelque chose dans cette affaire, j'aurais préféré aujourd’hui partager leur honte que d’enregistrer ici, comme vous le faites, un vote qui aura l'effet de valider les jugements de la cour exceptionnelle qui les a condamnés. Je suis heureux de dire que leur condamnation par cette chambre n’est pas un acte dont je sois aucunement responsable ! C’est un acte dont je vois avec plaisir que le ministère lui-même a bien voulu prendre la responsabilité ! C’est donc un acte qui me rapproche de lui, ou plutôt qui LE RAPPROCHE BEAUCOUP DE Nous! Je voterai donc avec le ministère parce que, par
son vote, 4 concourt avec nous pour reconnaître que les cours martiales étaient des cours légitimement constituées. ”
Voilà donc un tory de vieille roche qui félicite le ministère libéral d'alors de sacrifier les droits de ses compatriotes ! qui se félicite lui-même de ce que les ministres se rapprochent des tories, et qui, dit-il, ne peut se refuser à voter des deux mains avec un ministère qui commet la lâcheté de sacrifier les droits des Canadiens!
Cette leçon même ne fut pas comprise!
Quand nous voyions le ministère recevoir des leçons de libéralisme de M. Paæpineau, cela ne surprenait personne, chacun étant dans son rôle. Maïs voir un ministère libéral recevoir des leçons de libéralisme de M. Gugy!
cela nous fit comprendre, à la campagne, combien les libéraux étaient déchus, combien ils reniaïent leur passé ! Pour que Béelzébuth applaudît les bons anges, il devenait clair qu’ils avaient perdu leurs ailes! Le fait est que les libéraux donnaient le baiser de paix eu torysme en la personne de M. Gugyl Celui-ci n’approuvait certes pas ce que M.
Papineau voulait! Ce baiser de paix portait
DIT EE EEE nr Faite einen
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ses fruits un peu plus tard, quand les libéraux s’alliaient avec sir Allan McNab, l’idole des incendiaires de 49!
Depuis ce temps, nous avons vu les libéraux graviter sans cesse vers le torysme, et rompre de plus en plus avec les traditions qui formaient autrefois la base de la foi politique du peuple. Autrefois, la qualité distinctive de nos chefs était le désintéressement personnel ; aujourd’hui l’égoïsme, l'ambition, le besoin de rester ministre sont tels que le mensonge, la corruption et dans une très célèbre occasion, la moquerie du serment d'office, sont devenus les meilleurs moyens de conserver ses charges. Autrefois, le mobile des hommes au timon des affaires était l’honneur, aujourd’hui c’est l'intérêt qui se résume invariablement dans la sordide cupidité de ses membres.
Autrefois, pour devenir chef politique du Bas-Canada, il fallait avoir acquis les plus hautes qualités intellectuelles et morales:
aujourd’hui, pour rester ministre, on dirait, en vérité, qu’il ne s’agit plus que de les perdre ou de ne les avoir jamais possédées, et même alors, on ne s’en croit pas moins, pour cela, du bois dont on fait les ministres.
On voudra bien me pardonner cette digreseion en faveur de l’importance du sujet.
Le lecteur se rappelle que j’ai laissé mon récit au moment où je voyais, de la lisière du bois, brûler diverses constructions dans la campagne.
Je retournai à ma cabane irrésolu et complètement découragé. Ces vengeances ne m'annonçaient rien de bon pour moi-même.
Il me faudrait donc passer aux Etats-Unis, car pour hiverner dans le bois, je n'y songeais plus ; j’en avais assez du langage des arbres!
Il y avait longtemps que je réfléchissais sur ma position, quand j’entendis au loin les trois coups promis. Je courus du côté d’où ils venaient, et au bout de quelques instants,
je me trouvai face à face avec un de mes amis.
— Et mon père? lui dis-je.
— ]l m'envoie à sa place. Il est surveillé de près, et on lui a signifié aujourd’hui que s'il ne disait pas le lieu de ta retraite, ses propriétés seraient brûlées. Cette exigence l'a fâché. Il a dit au colonel qu’il n’était pas homme à livrer son propre enfant quand même il saurait où le trouver, et que si on voulait brûler, il ne demandait qu’une demi-
heure d'avis. Le colonel a trouvé cela insolent; ton père lui a dit que tous les colonels de la terre ne lui feraient pas faire une chose déshonorante, et le colonel lui dit qu’il enverrait brûler ses propriétés demain.
“Ton père te fait dire de t’en aller aux Etats-Unis. Tu as assez d'argent avec toi; si ses propriétés sont brûlées, il dit qu’il pourra les rebâtir avec ses épargnes, et il te supplie de ne pas t’inquiéter de lui.
— Brave père, je ne te laisserai pas ruiner comme cela, répondis-je.
‘ Partons de suite, je m’en retourne avec toi.
— Mais tu vas être pris.
— Sans doute. Mais puisque c’est moi qui ai fait la folie, je ne leisserai nas mon père en supporter les conséquences, je vais me livrer.
Je partis donc malgré les représentations de mon ami, et nous arrivämes à la maison vers onze heures du soir.
Mon père était seul, fumant la pipe devant le poêle. En me voyant, il devint d’une pâleur mortelle.
— Toi, Félix, et pourquoi viens-tu ?
— Mon père. je ne me pardonnerais jamais l'incendie de vos propriétés. C’est moi qui ai
tiré le vin, c’est à moi de le boire. Vous voir ruiner à votre âge! Ah! ce n’est pas moi qui permettrai cela! Puisqu’ils administrent le pays comme des sauvages, il n’est plus possible aux hommes de cœur de rester cachés.
Vous n’avez pas approuvé le mouvement, il serait trop injuste que le châtiment retombât sur vous.
— Félix, me dit mon père, des maisons et des granges se rebâtissent, mais une vie d'homme, c’est fini! Un dommage se répare, une tête tombe pour toujours. Epargne aux vieux jours de ton père la plus grande douleur qui puisse maintenant tomber sur lui. Il est encore temps, sauve-toi et passe les lignes.
— Mon père, je ne cours aucun risque en me livrant, cer, quelque chose qui arrive, je m'en tirerai. Je vais donc d’abord sauver vos propriétés, puis je trouverai bien le tour de me sauver moi-même. Ne craignez rien pour moi, je serai aussi en sûreté en prison qu'aux Etats-Unis. Les Anglais nous ont battus, mais je me vengerai d'eux tout en n’exposant pas ma vie. J’ai toujours dit qu’un Canadien était plus fin qu’un Anglais, je tiens à le
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