ARTE
Quand mon père me vit ainsi lié, il me dit:
— Tiens, veux-tu que je te dise, tout cela a fort mauvaise mine. On t’en veut plus que je ne pensais. Tu aurais mieux fait de t’en aller de l’autre côté des lignes. Vous avez tort, vous autres jeunes gens, de ne pas écouter ceux qui ont plus d'expérience que vous, Je me sens le cœur serré comme s’il allait m'arriver un grand malheur.
— Tranquillisez-vous, lui répondis-je. Une fois en prison, je sais ce que j’ai à faire, et je vous reviendrai peut-être plus tôt que vous ne le pensez.
— Dieu le veuille, fit mon père.
Il me fit encore quelques recommandations, et me quitta pour retourner consoler un peu la famille.
Je couchai à St-Jean cette nuïit-là. Je ne dormis pas tout à fait si bien que la nuit précédente, car on dort mal les mains atte hées, et v’ayant que le plancher pour lit. Le lendemain, personne ne m'interrogea et, vers une heure, je partis par le chemin de fer, en compagnie de quelques prisonniers et d’un piquet de volontaires, pour Montréal. Nous y
arrivâmes à quatre heures de l'après-midi.
Où nous achemina de suîte du côté de la prison. Les rues étaient dans un état affreux.
La boue liquide nous couvrait le pied. En voyant une escouade de prisonniers, la canailie se mit à se grouper autour de nous et à nous lancer des pierres et de la boue. Les injures et les hurlements de cette foule étaient formidables. Autant cette canaille était lâche devant des hommes en état de lui faire face, autant elle était brutale et audacieuse avec des hommes hors d'état de se défendre. Les volontaires formaient deux haies de chaque côté de notre petite banille et eurent à repousser la foule qui ne leur épargnait pas plus la boue et les pierres qu'à nous-mêmes, car les projectiles volant au hasard, ils en avaient leur bonne pari,
A cinq heures, nous arrivâmes enfin devant les murs de la prison. La foule redoubla ses projectiles et ses hurleinents, et on nous fit entrer dans la cour avec toute la peseipitation possible. Quelques-uns des prisonniers étaient littéralement couverts de boue de la tête aux pieds et étaient mécennaissables.
Une fois dans la prison, en entra nos n0mSs dans un registre et je fus conduit au quutriè-
ni