‹ Souvenir de mon voyage aux Etats-Unis et au Canada [microforme]Chapitre 15 sur 49 · LONG-BRANCH. — DÉPART POUR TORONTO. — MOEURS AMÉRICAINES · texte numérisé non relu

LONG-BRANCH. — DÉPART POUR TORONTO. — MOEURS AMÉRICAINES

Le lendemain, 5 juillet, je quittai Philadelphie, allant à New-York, et abandonnant mes amis, qui allaient d’un autre ‘côté. A New-York, je vis partir un de mes compagnons de route, M. Buniot. Je l'accompagnai au steamer, lui faisant mille recommandations pour ce beau pays de France (qu'il allait revoir). Le navire partit, disparut peu à peu: les personnes qui me quittaient n'étaient que des amis, et cependant j'étais fortement ému. Alors seulement je compris tout ce qu'avait dû ressentir le cœur d'un père au départ de son fils, six semaines auparavant.

J'allai aussi à un endroit appelé Long-Branch, situé sur le bord de la mer, et où la haute société américaine se donne chaque année rendez-vous. C'est là que l'aristocratie de New-York va chercher la

fraicheur; les dames étalent des toilettes qui ne

doivent rien à celles de leurs sœurs, les élégantes habituées de Trouville; tous les comforts et tous les À plaisirs sont réunis dans les immenses hôtels de cette villégiature aristocratique. Les bals sont une des | attractions de cette charmante ville d'eaux. Une 4 danse inconnue en France et appelée le Boston, ajoute encore par sa gracieuseté à l'élégance de ces superbes Américaines, dont la mise et La har-

diesse étonnent le Français. C'est de là que les

modes, venues de Paris, rayonnent sur les régions

les plus reculées du Nouveau-Monde. On ne s'y

habille point et même on n'y marche point avec la

simplicité et le laisser-aller qui m'ont frappé à New-

York. Les reines de la mode viennent même d’in-

venter une nouvelle manière de marcher dite à la

Kanguroo, dont les journaux du high life sont una-

nimes à vanter Îles attitudes et les mouvements gra-

cieux.

Bien cambrées sur les hanches, le buste autant

que possible en saillie, les avant-bras coliés au

buste, les deux pattes, je me trompe, les deux

mains portées en avant, à la manière distinguée de

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‘animal venu d'Australie ,' les kanguriennes pro-

cèdent par une série de soubresauts légèrement

ondulatoires dont l'effet est innénarrable et irrésistible.

Quand elles ne dansent pas, les Américaines, en général, ont pendant l'été une manière de passer leurs soirées qui pourrait à la rigueur sembler monotone, mais qui a l'avantage de n’exiger aucun effort du corps ni de l'esprit. Elles se balancent mollement dans leurs rocking chairs (chaises à bascule), ou s’asseyent tout bonnement sur l'escalier de la rue. Les: riches aussi bien que les pauvres partagent cette habitude démocratique. Que faire, au surplus, par cette chaleur tropicale où tout mouvement est une fatigue et où les maisons sont des fournaises ?

Quoique j'aie dit plus haut que Long-Branch était un rendez-vous aristocratique, on s'aperçoit vite qu'il n'existe en Amérique, sauf exception, ni aristocratie, ni populace, et l'absence de raffinement et d'élégance chez les hommes n’est pas moins frap-

pante.

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Le contact de la classe supérieure a élevé le niveau de la masse ; peut-être aussi le contact de la masse a-t-il abaissé le niveau de la classe supérieure, Les mœurs forment ainsi une sorte de moyenne, également éloignée de l'extrême grossièreté et de l’extrème raffinement.

Je restai deux jours à Long-Branch et retournai à New-York, où je ne fis qu'un séjour de vingt-quatre heures ; puis je partis pour Toronto (Canada), par le chemin de fer de New-York central et Hudson river.

C'était la première fois que j'entreprenais seul un long voyage dans un pays inconnu. La route fut agréable, grâce à quelques gentlemen que je rencontrai et avec lesquels je liai connaissance. Il faisait tellement chaud que je ne pus fermer l'œil de la nuit, malgré le bon lit qui m'avait été préparé dans le wagon transformé en temple de Morphée.

Le lendemain matin, quand je me levai, je retrouvai mes connaissances; nous avions traversé

Albany, grande ville sur l’Hudson et capitale de

l'État de New-York, et nous étions sur le point

d'arriver à Rochester. Je me mis alors à contempler

levé le le pays qui, dans certains endroits, avait un aspect

tact de sauvage ; on traversait souvent d'immenses forêts, des e supé- torrents impétueux, etc. De plus, la ligne est très-bien ! rte de ! installée, et il y a quatre voies, deux pour les voyagrossiè- ! geurs et deux pour les marchandises : les accidents à sont donc à peu près impossibles sur cette ligne. \urnai à Quelques minutes d'arrêt à Rochester me per- À -quatre mirent de déjeuner au buffet qui était très-beau et | , par le fort bien approvisionné. Un nègre se tenait à la 1 river. : porte d'entrée, tapant sur un tam-tam. Plus l'heure 1 seul un 4 du départ du train approchait, moins le bruit était | te fut 4 fort, et quelques secondes avant que la locomotive e ren- 3 se mit en marche, le nègre cessa sa musique. Alors l ce. Il i à ce moment il me fallut quitter précipitamment le br l'œil É buffet et attrapper le train au vol. réparé 1 Puis nous reprimes notre course à travers les bois hée. : et les montagnes. Quelques heures après, nous hi, je É atteignions le Suspension-Bridge (pont suspendu), aversé 4 frontière des États-Unis. Ce pont, travail admirable ile de | de hardiesse et de génie, fait communiquer les Étatspoint Unis au Canada et est jeté à une hauteur effrayante

mpler au-dessus de la rivière Niagara.

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