‹ Souvenir de mon voyage aux Etats-Unis et au Canada [microforme]Chapitre 18 sur 49 · ROM | DUR · texte numérisé non relu

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au contraire des jeunes filles qui sont à l’école jusqu'à vingt ans, les jeunes gens sont mis très-jeunes dans le commerce : de sorte que s'ils arrivent à la fortune, ils se trouvent bien souvent embarrassés dans un salon, et n’ont point cette conversation charmante et variée qui est le résultat de toute bonne instruction.

Sous le rapport industriel et commercial, les Américains sont donc très-forts : leur Exposition de Philadelphie l’a assez prouvé. Geci ne les empêche pas de faire faill'te <rès-souvent. Quand un homme fait faillite en Amérique, ses créanciers s'entendent pour lui prêter de l'argent, afin de lui permettre de rétablir ses affaires; il peut faillir ainsi deux ou trois fois. Ses créanciers ne l’abandonnent pas, ils espèrent qu'il réussira au moins une fois. Du reste, faire faillite est un moyen de faire fortune très-employé; celui qui devient riche de cette manière n'en est pas moins considéré ; il est qualifié d'homme habile et intelligent.

Quant à la justice, elle est fort mal rendue. Un

individu a-t-il commis un crime, on l'emmène devant

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RE 0 un juge, qui lui demande comme caution une certaine somme proportionnée à son délit; puis on le remet en liberté. Son affaire s’instruit et se juge ; l'individu est cité à comparaître ; mais s’il croit plus prudent pour lui de déguerpir et de ne point venir, on ne le cherche pas, la caution qu'il a versée a satisfait la justice et les juges surtout, Il n'y a qu’en cas d’assassinat ou de manque de fortune que le prévenu est écroué immédiatement.

Les policemen en font autant de leur côté ; s'ils

prennent un voleur sur le fait, ils Le laissent partir,

quand celui-ci a la bonne idée de leur glisser un ou

deux dollards dans la main.

En un mot, l'Américain ne connaissant que les affaires et ne vivant que pour gagner de l'argent, il s'ensuit nécessairement qu'il ne sait pas toujuurs apprécier les douceurs du foyer domestique, et, dans beaucoup de ménages, l'on voit assez souvent Monsieur aller d'un côté et Madame de l’autre.

Telle est l'opinion bien incomplète et bien impar-

faitement exprimée que j'ai des mœurs américaines.

Elles sont, vous le voyez, fort intéressantes par leur

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M A originalité, et l'Américain, au caractère froid, peut s’en accommoder ; mais le Français enthousiaste userait, je pense, son âme, dans ce langage passionné qui brûle le cœur et cuirasse les sentiments.

En un mot, aux États-Unis comme au Canada, la jeune fille fait apprentissage de sa liberté avant son mariage ; en France, elle n’en jouit qu'après. Quel est le meilleur système ? A vous de juger !

J'allais oublier de parler de la puissance de la réclame, qui est une des choses les plus curieuses en Amérique. Je n’en citerai qu'un exemple : il y a un gargarisme appelé Gargling oil et une poudre dentifrice nommée Sozodont. Je ne pouvais faire un pas dans Philadelphie ou New-York sans apercevoir ces deux ingrédients affichés sur le moindre bout de mur, et, à mon arrivée aux États-Unis, le premier mot que j'avais lu, c'était Sozodont !

Quel n’a pas été mon étonnement de revoir encore ce mot à deux cents lieues de New-York, dans les déserts du Canada. Partout enfin, je l’ai retrouvé le long des murailles et sur les planches de « piers, »

tantôt seul, tantôt serré de près par Gargling, comme

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un honnête homme poursuivi par des assassins.

Un moment, j'ai cru, je l'avoue, à la victoire de Gargling ; toutes les perches horizontales qui clôturent les champs le long du chemin de fer de Pensylvanie célèbrent la gloire du Gargling oil ; de plus, j'avais vu un jour un cheval de car tomber de faligue après avoir trainé cinquante personnes pendant toute la journée, quand tout à coup un

gamin s'élança et lui colla cette affiche sur le nez :

GARGLING OIL

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