‹ Souvenir de mon voyage aux Etats-Unis et au Canada [microforme]Chapitre 17 sur 49 · DD · texte numérisé non relu

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sont toujours assez aimables pour leur offrir un lunch ou collation, ce dont elles sont très-friandes. Elles saluent toujours les premières, ce qui était fort agréable pour moi, qui n'aurais jamais pu les reconnaître toutes. Cette mode de saluer les jeunes gens a sa raison d'être : en inclinant la tête la première, la jeune fille semble vous permettre de la saluer, et par conséquent vous met en demeure de lui faire une politesse et en même temps croit vous accorder un grand privilége. Telle est l’explication de celte étrangeté.

Elles n'hésitent pas non plus à s'embarquer dans un tramway, et elles sont si habituées à ce qu’un gentleman leur cède sa place qu'eiles oublient bien souvent de l'en remercier.

Uombien de théories ne leur ai-je pas entendu formuler sur le mariage, la liberté, et une foule d'autres points, etc. Elles sont toujours dans le doute et ne peuvent se faire une opinion arrêtée touchant la religion et les lois morales.

Gomme conclusion, je dirai que cette ilberté, qui

m'avait tant étonné à mon arrivée, m'a semblé toute

naturelle après une explication qu’une jeune fille elle-même m'a donnée. En Amérique, les mariages se font entre jeunes gens et jeunes filles. Les parents n'ont rien à voir dans les préliminaires, les jeunes filles se chargent seules de ce soin. Quand elles . désirent se marier, et ce n’est guère avant vingt-deux ou vingt-trois ans, afin de jouir le plus longtemps

possible de leur liberté, elles mettent tout en œuvre

ps,

pour gagner un cœur parmi les nombreux jeunes

gens qu'elles fréquentent. Aussitôt qu'elles ont | l rencontré, elles s'engagent et se fiancent. Les Lt | parents sont alors avertis, et si les partis ne se F 6 ï conviennent pas du tout, ils le leur font observer ; 0 rt 1 | mais, si la jeune fille annonce que c'est sa volonté Ù Ï expresse, ils n’ont qu’à s’incliner et à consentir. ve ÿ Dans ce pays, il y a plus de jeunes filles que de L le A | jeunes gens; elles jouent donc un peu : A qui l'aura! L Fi et pour un Français au caractère assez froid pour de ne pas se laisser prendre à toutes ces petites muti- D nc neries, c’est fort amusant. à Fe lil Ces coutumes sont aussi particulières au Canada ; D pe

mais ce que j'aime chez les jeunes filles cana-

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diennes, c’est le désintéressement, qualité manquant aux Américaines, qui ne regardent que la position et la richesse du mari. Le cœur est tout pour les Canadiennes, les accessoires viennent ensuite.

Malgré cela, je préfère encore la Française pour plusieurs raisons ; d’abord parce qu'elle est ma compatriote, ensuite parce que son éducation me garantit mieux son cœur.

Mes lectrices me permettront cependant de regretter l'abolition, en France, des lois sur la séduction. Ges lois, aux États-Unis, obligent le jeune homme à épouser la jeune fille, ou à lui donner 50,000 francs de dommages-intérèts; en cas de refus, on le met en prison. C’est sévère, j'en conviens, et mon regret vous semblera étrange; mais vous comprendrez faci-

lement qu’à l'abri d’une telle loi, si elle existait en

‘ France, les jeunes filles auraient certainement plus

de confiance en nous, et ne redouteraient plus notre perfidie. Nos rapports seraient donc beaucoup plus libres et, par conséquent, plus agréables! Qu'en pensez-vous ?

Quant aux gentlemen, je n'en dirai qu'un mot :

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