LE DÉPART. — LA TRAVERSÉE
Par une de ces belles après-midi de mai, alors que j'étais seul et tranquillément occupé à mettre en ordre quelques correspondances, un jeune homme se présenta devant moi, et, par l'entremise de son interprète, un charmant gentleman, me fit comprendre qu'il désirait parler à mon père pour affaires.
Ce jeune homme arrivait de Toronto (Canada), parlait fort hien l'anglais, mais ne comprenait pas un mot de français; son nom était Georges Beardmore,
et il dirigeait, paraît-il, une des premières tanneries
du Canada.
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Mon père était absent et ne devait être de retour que dans la soirée ; je l’invitai à diner, ce qu'il accepta.
A cette époque, j'avais l'intention de partir pour l'Angleterre, et d'aller passer quelques mois dans ce pays afin de me fimiliariser avec la langue. Au diner, ce jeune Canadien me parla si avantageusement de son pays, où, disait-il, j'apprendrais l'anglais aussi bien qu’en Angleterre, me raconta tant de choses bizarres sur l'Amérique, qu'il excita ma curiosité au plns haut degré, et qu'il fut aussitôt décidé qu’au lieu d'aller en Angleterre, j'irais faire un tour en Amérique.
Mon Canadien partit ; je fis mes malles, et quinze jours après, le 3 juin 1876, je m'embarquais à bord du steamer transatlantique Saint-Germain, en partance pour New-York.
Mon père était venu m'accompagner jusqu'au Hâvre, et je me souviendrai toujours de ces recommandations intimes qu'il me fit à ce moment solennel du départ ; il vit le navire qui m'emportait
disparaitre dans les lointains brumeux de l'horizon,
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