‹ Souvenir de mon voyage aux Etats-Unis et au Canada [microforme]Chapitre 29 sur 49 · NEW-YORK. — VOYAGE AUTOUR DES ÉTATS-UNIS · texte numérisé non relu

NEW-YORK. — VOYAGE AUTOUR DES ÉTATS-UNIS

WASIHENGTON,

Je restai six semaines à New-York, dans une famille américaine, dont tous les membres S'ingéniérent à me procurer des distractions.

Je fais grâce au lecteur des détails de mes ocecupations journalières; il me pardonnera de passer rapidement sur cette partie de mon voyage, En effet, le premier but de mon voyage était l'acquisition d'une éducation commerciale, que le séjour à New-York pouvait seul me donner. J'employai done ce temps-là à visiter tes grandes industries, à interroger, à comparer, ele, Je commencçais à, parler anglais passablement, ce qui me permettait de tout voir et de tout juger par moi-même, Un petit bureau que les MM. Schorestène avaient gracieuse-

ment mis à ma disposition, dans leur office, me

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E4 servait à faire ma correspondance, qui était alors : \ fort étendue. | | Je préparai aussi Île grand voyage cireulaire 114 dans lequel je devais traverser les États-Unis et le | | mal [4 mit Canada, et effleurer le Mexique ; puis je partis de | \ Al ill New-York le 10 mars. 6 Ra pas” Ma première étape fut Washington, capitale poli- ( 1 | : tique des États-Unis. Je ne fis que traverser Phila- | 1} | delphie et Baltimore, qui se trouvaient sur ma | 1 nil route, n Fi ! À Washington est une jolie ville, bien bâtie, bien À { percée et d'une propreté remarquable. Toutes les l ie El | fl rues sont bitumées. La population est d'environ € (ll 4 50,000 habitants.

nt J'ai visité le palais du Président, qu'on appelle e À communément la Maison-Blanche (White-House). c | V4 J'ai vu le Capitole, où siégént le Sénat et la Chambre, | e } magnifique construction, ornée d'un dôme gigan- c 4:

PE. tesque. Les Américains en sont très-fiers. C À [ya bien d'autres monuments certainement très- e ht 1 beaux, qui sont loin de valoir les splendides édifices | i AE il de Paris. |

nee mme et

Au moment de mon passage à Washington, -le président Grant venait de quitter le pouvoir et de céder la présidence à M. Hayes, J'ai pensé que le lecteur serait heureux d'étudier un peu avec moi la vie intime de cet homme, qui a fait trembler l’orgucilleuse Angleterre dans cette fameuse question de l’'Alabama, et dont les glorieux faits d'armes occuperont une place importante dans l'histoire.

Les détails qui suivent sont très-exacts et m'ont été fournis par un journal bien informé :

« Dans le général Grant, il y a deux personnes, lui et sa femme ; et la meilleure partie de lui, c’est elle. Alors que son horizon et sa souveraineté étaient renfermés dans les étroites limites d'une tannerie, elle était déjà son premier ministre, Quand éelata la guerre, elle le salua capitaine et montra plus de foi en lui qu'il n’en avait lui-même ; elle le soutint, le conseilla et l’aida à monter de grade en grade jusqu'à celui de général, jusqu'au fauteuil présidentiel ; et c'est à son influence, plus encore qu'au cours

impérieux des événements, qu'il a dù de surmouter ,

le penchant à livrognerie qui à failli le perdre.

Noble femme qui, n'étant pas préparée aux grandeurs par l'éducation, à su les porter avec dignité. Brave cœur, qui a liré des triomphes de son mari juste assez de fierté pour s'élever en même temps que lui, et qui s'est arrêtée à la limite de l’orgueil, où avait trébuché la femme, — si cruellement punie, hélas ! — de l'honnête Lincoln.

«On se Iève de bonne heure à la Maison-Blanche, à sept heures. Le bourgeois n’a pas de valet de chambre pour s'habiller, Il passe son pantalon et boutonne ses bretelles comme le premier venu ; son barbier le rase; il fait sa toilette; il jette rapidement un coup d'œil aux journaux de la ville, le Chronicle ct le Zépublican, et à huit heures le déjeuner est servi ; il est simple et substantiel, beefsteak, pommes de terre, quelques gâteaux faits à la maison, et le café. Le repas se prend rapidement ; l'exactitude y est de rigueur ; Jesse seul, qui est un peu gâté, arrive quelquefois en retard, M"° Grant le gronde ; mais le père, après avoir fait mine de bouder, ouvre ses bras, sourit, et le coupable est pardonné.

«A table, M. Dent, qui est le beau-père du prési-

dent, el qui a quatre-vingt-cinq ans, occupe la place d'honneur, M, Grant est à sa gauche, Me Grant à sa droite ; Nellie Grant, une charmante jeune fille, à côté de son père, et M. Jesse, déjà nommé, à côté de sa mère, M. Dent a, au milieu de la famille, le rang el l'influence d'un patriarche, et tous les Dent, petits et grands, doivent à cette influence une faveur particulière, tandis qu'en dehors du cercle étroit de l'intimité, les Grant n'ont rien gagné à l'élévation du président, Il y à eu des propos à Washington et ailleurs sur la situation respective des deux familles. Les uns ont commenté, non sans malice, la prééminence de la famille de madame sur celle de monsieur ; les autres ont fait honneur à la discrétion du président ; mais tout le monde, en somme, professe un grand respect et une grande déférence pour M. Dent, qui passe, sans conteste, pour un bon et digne vieillard,

«On ne parle jamais politique à la table de famille ; cependant il n’est pas rare, quand M. Grant rencontre quelque critique malsonnante dans les

journaux, qu'il porte avec lui et qu'il parcourt en

mangeant, de le voir céder à un mouvement d'impa-

lience; mais cela ne dure pas, et se termine gé-

| Hat néralement par une plaisanterie à l'adresse de h 11 M"° Grant.

nil “ :

W: «Après le déjeuner, qui dure trois quarts d'heure 1 environ, le président allume un cigare, descend le (8 :

FR j' DT . np + | 4 perron, rend le salut militaire au sous-officier de | planton, devant lequel il passe, et fait un tour dans {: le jardin en se promenant lentement une main der- ES IL rière le dos. [Il y a des gens qui lui trouvent, dans Win cette attitude, quelque ressemblance avec Napo- (1 LS | léon I, par derrière, | | «M, Grant rentre à son bureau à dix heures. Il IEEE | reçoit des visites et s'occupe des affaires publiques. 1j Les membres du cabinet, puis les sénateurs et les 11144 , Il ê représentants sont reçus avant tout le monde. Il h 1 \l 6 Lie arrive quelquefois, cependant, que les uns et les F F ' ER , | :

\F TE autres font le pied de grue dans l’antichambre, en IR: 14 Hi | attendant la sortie de quelque privilégié. C'est (Me À F4 . x . . . . :

HUE M. Dent qui règle les introductions; il est omnipo- {!

| tent dans cette besogne, el il n’est pas étranger non | LE plus à la façon dont les gens sont reçus ; il connait F1 k ki

LA Se #00 | pa- son monde, et un signe de lui, suivant qu'il est ou vé- non favorable, décide souvent du sort des sollici- AU) de teurs qui vont se frotter à l'humeur, — pas toujours Ÿ aimable, — du président, À ure «M, Grant n’a pas l’abord gracieux, ni l'accueil : 1518 L'le encourageant. Pour les gens qu'il ne connaît pas ll [æ] 4 k . 2e Ur L de personnellement, il est boutonné Jusqu'au menton, L'IEl ; . | EAU A . : * ne 3 4 : À ans et c'est une rude tâche que de lui arracher les paroles LE ler- de la gorge. Soit sentiment de sa gaucherie vis-à- W! ll ë Ô 9 10 Ni . * ir, 112 th ans vis des étrangers, soit répugnance naturelle à l'égard SE OM Puë S ll 1 po- des politiciens qui forment la grande masse des jl | importuns, il prend généralement un air de sphinx ( | AE . Il impénétrable, Il écoute sans sourciller, mais il est 8 D Q s L ” < D . . , Cr “ (| Y Les. rare qu'il réponde autrement que par monosyllabes; a les as un muscle de son visage ne remue : il ne refuse ‘IN o ? ñ n 214 . Q . | NI nl = pl fi », Il rien, ni n'accorde rien, et le solliciteur s’en va décon- Ath è ë 4 : ’ j les tenancé, et ne sachant jamais s’il a conquis la faveur je il , À Ut.

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, en ou s’il s'est aliéné l'esprit de son taciturne interlo- h 'est cuteur, qi 1pO- «Mais ceci touche aux affaires publiques, et nous 1 , . ; à î non ferons bien, au lieu de nous y arrêter, de retourner 1

naît à la famille. ji

«M0 Grant ne sort jamais avant onze heures, et elle est Loujours rentrée à une heure et demie pour le lunch, qui est un repas de demi-cérémonie, où il y à presque toujours quelques personnes étrangères, mais où le président n'assiste que très-rarement, une fois par semaine au plus.

« Les enfants, Nellie et Jesse, font leurs études à la Maison-Blanche, où des professeurs de la ville viennent leur donner des lecons. Ils ont le maitre d'anglais tous les jours, le maitre d'allemand tous les deux jours, et M'e Nellie le maitre de musique deux fois par semaine. L'étude n'est pas leur fort. M'e Nellie aime beaucoup les fleurs, et M. Jesse cultive le calembour avec un succès particulier.

«À trois heures, les bureaux ferment à la Ma son- Blanche, et le président rentre dans la vie privée. Il lui reste deux heures à dépenser avant le diner. Il allume un cigare et va par la maison à la recherche de ses enfants. Il prend Jesse par la main, et l’emmène aux écuries. On sait que M. Grant à une passion pour les chevaux. Il en a douze, L'un

d'eux est le célèbre Cincinnati, le cheval de bataille

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