‹ Souvenir de mon voyage aux Etats-Unis et au Canada [microforme]Chapitre 30 sur 49 · AI · texte numérisé non relu

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du général, qu'il monte encore quelquefois, ou qu'i attelle à la voiture. C'est un grand bai brun, qui a treize ans et qui a encore le sentiment de sa dignité, Non loin de la stalle de Cincinnati est celle de Jeff. Davis, un cheval très-rapide, qui va l'amble, et que Je président monte dans des excursions aux environs de la ville. Enfin un animal sur lequel M. Grant fonde de grandes espérances, c'est un beau poulain hambletonien de deux ans, alezan brülé, qui a pour lui tout seul une stalle grande comme un salon.

« Tous les gens de cheval et d'écurie sont des nègres; ils portent une livrée brun olive avec d'énormes boutons d'argent, des bottes à revers, le chapeau tuyau de poële galonné d'argent à grosses boucles, et des gants blancs. Ils adorent M. Grant, qui les régale de cigares et jase avec eux comme une pie. Une fois sur le chapitre des chevaux, il se déboutonne tout du long et ne tarit plus, il n’est avec personne aussi communicatif qu'avec les palfreniers.

«Les animaux le connaissent, lui font fête, et hen-

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nissent à son approche. Le vieux Cincinnati, en particulier, dresse les oreilles, bai le scl du pied, tourne vers lui ses gros yeux aimants, souffle bruyamment des nascaux, et tend son coù à ses caresses. En retour, le président Ôte son cigare de sa bouche, ce qui est une rare politesse de sa part, passe ses doigts dans la crinière de la bête, et Tui donne une tape ou deux sur la eroupe. Puis les deux amis se séparent; — et M. Grant reprend son cigare, qui ne lui quittera plus les lèvres jusqu'au soir.

«Avant diner, le président fait souvent dans la ville une promenade à pied. Puis il revient l’appétit aiguisé et se met à table de bonne humeur. C’est le véritable repas de l'intimité, et M. Grant est à peine reconnaissable. Il est gai, il cause agréablement, et, sil y a des dames, il s'entend parfaitement aux questions de toilettes ou aux sujets légers qui font les frais de la conversation mondaine. I! est bon, libre, affectueux avec ses enfants, et il pousse la condescendance jusqu'à sourire aux remontrances

du vénérabie M. Dent, qui a des opinions démocra-

tiques et n'est qu'à moitié tendre pour les règres. Puis vient le café, et en avant le cigare! C'est le quatorze ou quinzième de la journée, et ce n'est pas le dernier, car les mauvaises langues prétendent qu'il en a toujours une provision sous son traversin, et que la nuit même il lui arrive d’enfumer le lit conjugal !

« Le soir, les journaux de New-York arrivent. Le World et la Tribune sont les premiers sur lesquels il jette les veux, quelquefois il s'y arrête longtemps, quand une question l'intéresse; parfois aussi il n'y promène qu'un regard distrait, et bientôt il revient à sa femme et à ses enfants, avec qui s'achève gaiement la soirée. Il ne faut rien moins qu'une affaire de la plus haute importance pour qu'il donne audience le soir. On reçoit cependant quelques visites, mais sauf le jour de réception, les intimes ou les relations personnelles sont seuis admis.

« Le président est alors plus expansif que dans aucune autre occasion; on assure même qu'il a de

l'esprit, ce qui est une surprise pour les élus de ces

intimités exceptionnelles; car, pour ‘out le monde,

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| ; | Lt — 11 — | M. Grant, dans la vie privée comme dans la vie Et publique, reste à l’état de charade, et les personnes h 11 LALE: mêmes qui ont été à même de le voir souvent se demandent avec inquiétude si c’est un génie caché 1 sous les dehors d'un marbre inerte paré des attribuis ; du génie. »

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