‹ SouvenirsChapitre 1 sur 50 · Souvenirs (1760-1860) · texte numérisé non relu

Souvenirs (1760-1860)

Lorsque Cournot entreprit d'écrire ses « souvenirs », il avait 58 ans. Le début du manuscrit nous en fournit la preuve. « Je ne crois pas, écrit-il en effet, qu'à aucune époque la société ait subi en tous sens des changements aussi profonds et aussi rapides que ceux dont j'ai été le témoin dans le cours d'une vie qui ne m'a encore conduit qu'au seuil de la vieillesse. » D'autre part, la dernière page du texte porte cette date : « Dijon, octobre i85g ». Quelques précisions sur la vie de Cournot nous permettront de nous rendre compte de la manière dont fut composé cet ouvrage.

On sait que de très bonne heure il eut la vue fatiguée. Etant à Paris, il fut obligé de recourir aux bons offices d'un lecteur qui, chaque jour, à deux reprises souvent, montait à son appartement, rue de la Sorbonne, et lui faisait la lecture à haute voix. Il garda cette habitude à Dijon; et le secrétaire de l'Académie devint son secrétaire particulier. Celui-ci, quotidiennement, pendant plus d'une heure, lisait, dans le cadre sévère du cabinet de travail, les œuvres qui plaisaient à l'esprit du philosophe. L'éclectisme de Cournot allait ainsi d'Hippocrate à Vanini, et de Vanini à l'histoire de Louis XV par Tocqueville'. Cournot écoutait attentivement. 11 fit plus. Après avoir rédigé lui-même quelques chapitres où il exposait ses idées, il prit l'habitude de donner à recopier à son secrétaire, — ou plutôt à l'un de ses secrétaires, car il en eut plusieurs — les pages qui, revues ensuite, étaient destinées à la publication. C'est ainsi que le Traité de l'enchaînement des idées fondamentales dans les sciences

Page 1