‹ SouvenirsChapitre 2 sur 50 · VIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VIII INTRODUCTION

et dans l'histoire fut composé, de i85- à i<S6i. De son passage chez le maréclial Gouvion Saint-Cyr qu'il aida dans la rédaction de ses mémoires, il avait retenu entre autres choses qu'un auteur n'est pas toujours bon juge de ses propres écrits' ; et il ne dédaignait pas de demander au secrétaire ce qu'il pensait de son style, et de tenir compte de son opinion. Le manuscrit recopié, il détruisait de sa main les pages qu'il avait rédigées.

Les Souvenirs ont été composés de la sorte. Selon son habitude, Cournot exprima ses pensées presque sans rature, et d'un trait. Son écriture minuscule qu'il qualifiait volontiers de (( pâlies de mouche » remplit environ cent pages du format ordinaire des cahiers d'écoliers. Au mois d'août 1809, il se décida à mettre au courant de son entreprise M. L., son secrétaire de confiance. En grand mystère, il lui commit donc le soin de transcrire au net sa brochure ; et lui enjoignit expressément de n'en souffler mot à personne. « Prenez au sérieux votre rôle qui est de garder les secrets », lui dit-il. Par un surcroît de précautions, comme il allait partir à la campagne, il notifia que ses mémoires seraient recopiés durant son absence, dans son propre cabinet de travail, et portes fermées. Ces mesures minutieuses n'ont rien qui doive étonner. Le Comtois était naturellement défiant, et ses biographes l'ont assez dit ; mais c'est le recteur surtout qui poussait jusqu'au scrupule le souci de ne rien faire qui pût porter atteinte à son autorité et à ses devoirs d'état.

Au mois d'octobre suivanl, M. L. s'était acquitté de sa tâche à la lettre ; et les Souvenirs, recopiés, furent précieusement déposés au fond d'un tiroir. Certes, leur auteur n'avait point le désir qu'ils vissent le jour avant sa mort. Un esprit moins délicat que le sien, mais d'un tact ordinaire, n'eût pas songé davantage à publier aussitôt une œuvre remplie de jugements, très sincères sans doute, mais très libres, sur tant de personnages, la plupart vivants alors, ^ous ne doutons pas, cependant, qu'il ait souhaité qu'après lui ses Souvenirs fussent édités. Sa manière d'écrire en est une preuve. Celui qui entend ne parler qu'à ses proches insiste sur des anecdotes, sans intérêt pour les

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