IV
dante au bannissement de l'ex-roi Charles X (c'était le langage du temps), et le premier acte de M. Parier en qualité de ministre fut, tout en reconnaissant, à son grand regret, ce qu'il y avait là d'inévitable, de réserver aux personnes royales les droits de la propriété privée, et d'écarter d'avance tout ce qui pourrait tendre, sous une forme ou démonstration quelconque, à faire revivre la confiscation, abolie par notre pacte fondamental.
Ce même intervalle vit éclore, sans perte de temps, un projet renouvelé du temps de la Ligue, dont le prospectus fut bravement inséré dans les journaux de la capitale.
Il était conçu en ces termes :
« Un comité s'est formé à Paris et a arrêté l'acte d'association suivant, présenté à la signature des patriotes du département delà Seine...
» Considérant que la révolution de Juillet a fait de la souveraineté nationale la base de notre droit public ;
»Que déjà, en 1789,1e triomphe de ces principes avait armé contre nous la plupart des souverains de l'Europe qui n'ont posé les armes qu'après avoir deux fois rétabli un gouvernement fondé sur le droit divin;
» Considérant qu'il est naturel de craindre que les mêmes intérêts ne dictent aux rois de l'Europe la même conduite à l'égard de la France;
» Considérant que cette nouvelle coalition 'ne pourrait atteindre son but qu'en relevant le trône de Charles X, ou en partageant la France ;
«Considérant qu'en 1815, la France, livrée à l'étranger par la trahison ou la lâcheté de quelques dépositaires du pouvoir, n'eût pas succombé s'il eût existé, dans chaque département, des centres d'action ralliant tous les citoyens prêts à périr pour sauver la patrie de l'invasion;
» Les patriotes du département de la Seine, applaudissant aux sentiments qui ont dicté à leurs frères de la Moselle l'acte d'association patriotique de la Moselle ;
» Ont arrêté :
» Article premier. — Une association est fondée dans le département de la Seine pour assurer l'indépendance du pays et l'expulsion perpétuelle de la branche aînée des Bourbons;
» Art. 2. — Sont membres de la Société tous ceux qui s'inscriront ou se feront inscrire sur les listes insérées dans les journaux ci-indiqués;
» Art. 3. — Chaque associé s'engage à payer une cotisation de vingt-cinq francs par mois;
» Art. 4. — Tous les associés s'engagent sur la vie et l'honneur à combattre, par tous les sacrifices personnels et pécuniaires, l'étranger et les Bourbons, et à ne jamais transiger avec eux, à quelque extrémité que la patrie se trouve réduite. »
Il était temps, et grand temps, on le voit, que le gouvernement, le gouvernement à titre d'office, se levât et plantât son drapeau, sous peine de rencontrer un rival et bientôt un maître. La nouvelle Ligue, née comme la première hors de la capitale, comme elle prompte à s'y propager, y plantait déjà le sien. Tel était même le désordre, ou, pour mieux dire, le dévergondage des esprits, qu'on voyait figurer sur les listes non seulement les débris de l'hôtel de ville et les sociétés populaires, mais des hommes graves, des fonctionnaires haut placés, des magistats et même des officiers attachés à la personne du roi. Parmi les premiers signa-\ taires, on remarquait M. de la Fayette, M. Dupont (de l'Eure), M. Odilon Barrot, le général Lamarque, et vingt députés du côté gauche.
Le 18 donc, le 18 enfin, c'est-à-dire quatre jours après la formation du ministère, M.Casimir Perier,
ouvrant la discussion sur les douzièmes provisoires (loi proposée par M. Laffitte), M. Casimir Perier prit la parole.
La salle était comble et l'anxiété grande.
€ Messieurs, dit-il, nous vous demandons un vote de confiance ; il importe au cabinet nouvellement constitué de vous faire connaître les principes qui ont présidé à sa formation et qui dirigeront sa conduite. » Faisant d'abord allusion aux tiraillements qui, depuis la révolution de Juillet, avaient incessamment paralysé l'action du pouvoir, il se déclarait résolu à ne les plus tolérer à l'avenir. « L'accord doit régner dans toutes les parties de l'administration. Le gouvernement doit être obéi et servi dans le sens de ses desseins; il attend, sans restriction, le concours de ses agents. Sans ce concours, la responsabilité n'est qu'un vain mot; le pouvoir perd sa force et sa dignité. »
Traçant ensuite, à grands traits, le caractère général de son administration : « Les principes que nous professons, reprit M. Perier, les principes hors desquels nous ne laisserons aucune autorité s'égarer, sont les principes mêmes de notre Révolution. Nous devons les établir nettement sans les exagérer ni les affaiblir. Le principe du gouvernement