CHARLES. T
Cette déclaration fut remise au Palais-Royal dans a nuit du 1" au 2 août à une heure après minuit, par M. le général Alexandre de Girardin.
M. le duc d'Orléans ne pouvait accepter ce jourlà ce qu'il avait refusé la veille. Les raisons étant les mêmes, il fit la même réponse; mais l'acte de Charles X étant un fait et non plus une simple proposition, un fait officiel et public, la réponse dut prendre le même caractère. M. le duc d'Orléans rédigea, avec le concours de M. Dupin, un simple accusé de réception où il établissait avec soin qu'il était lieutenant général par le choix de la Chambre des députés. M. deBerthois partit à l'instant même
dans une voiture aux armes de la maison d'Orléans, derrière laquelle était un valet de pied en livrée portant la cocarde tricolore. Il arriva à sept heures du matin à Rambouillet, trouva le roi dans son lit, lui remit la lettre du duc d'Orléans, et ne reçut aucune réponse ni écrite ni verbale.
C'est ce que j'appris de M. le duc d'Orléans, au moment où je fus appelé, de bonneheure, dans son cabinet; mais ce ne fut que le premier des incidents de ce mémorable 2 août.
C'était tout au plus, en effet, si cette réponse suffisait; l'orage un moment calmé recommençait à gronder autour de nous. Les clubs se relevaient\ plus menaçants et tumultueux que les jours précédents. Le comité central du xii' arrondissement protestait contre les Chambres de Charles X et réclamait un gouvernement provisoire; la réunion dite Lointier nommait une députation pour sommer le lieutenant général de déposer ses pouvoirs, et la fermentation devenait telle, que M. Mangin lui-même vint engager M. le duc d'Or-V léans à tenir le Palais-Royal en état de défense et à ne négliger aucune précaution pour la sûreté de sa personne.
Mais ce n'était pas ce qui le préoccupait le plus.
"^11 reçut avis que la vie du roi n'était pas en sûreté à Rambouillet, que les populations rurales montraient les dispositions les plus hostiles, et qu'il y avait lieu de craindre une attaque contre le château. Il fit aussitôt appeler M. de Mortemart, pour aviser avec lui aux mesures à prendre. Sans accepter à la lettre des rapports empreints d'exagération, on demeura d'accord que la prolongation du séjour de la famille royale à Rambouillet l'exposerait à de sérieux dangers. Le château entouré par dix ou douze mille hommes de troupes et protégé par une nombreuse artillerie était certainement à l'abri d'un coup de main tenté par des paysans ; mais, sousTinfluence d'excitations sans cesse renouvelées, un conflit pouvait, d'un moment à l'autre, s'engager entre le peuple et les troupes royales. Si le sang venait à couler encore, qui oserait en prévoir les conséquences? Quel que fût, au début, l'avantage des forces en faveur des défenseurs du roi, ne seraient-ils pas bientôt accablés par des masses accumulées et furieuses? Et, sans aller jusqu'à de sinistres appréhensions, ne fallait-il pas avoir égard auxinquiétudesqu'entretenait dans la population de Paris le voisinage de l'armée royale? Comment obtenir que celte population désarmât
et laissât démolir ses barricades, tant qu'elle verrait à quelques lieues de la capitale des canons prêts à revenir la surprendre?
Par ces considérations, on résolut d'envoyer à Rambouillet des commissaires qui presseraient le roi de s'éloigner, et qui l'accompagneraient pour lui servir de sauvegarde. Le lieutenant général désigna pour cet office le maréchal duc de Trévise et, à son défaut, le maréchal Maison, MM. de Schonen, Jacqueminot et Odilon Barrot. M. de Mortemart leur adjoignit M. le duc de Coigny, attaché à la maison militaire de M. le duc de Bordeaux, en lui remettant une dépêche contenant des renseignements détaillés sur la situation, et en le chargeant de rendre compte de tout ce qu'il avait fait et tenté, et des fatales circonstances qui avaient rendu ses efforts inutiles.
Les commissaires partirent du Palais-RoyaL M. de Coigny avait gardé la cocarde blanche; ses collègues portaient la cocarde tricolore. Ils se croisèrent en route avec M. le général de Latour-Foissac. De quoi celui-ci était-il porteur? C'est ce qu'il importe, avant tout, d'expliquer
Après avoir reçu et congédié, sans lui répondre,