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Souvenirs, 1795-1866:

Mort de l'empereur Alexandre. — Anecdotes sur lui et sur le grand-duc Constantin. — Révélation de Mme Pouschkine. — Changement de l'ordre de succession au trône de Russie. — Entretien de Charles X et du comte de Modène. — La révolte du 26 décembre 1825 à Saint-Pétersbourg. — Déception des Polonais. — Rôle de l'Autriche dans la révolte de Saint-Pétersbourg. — Un propos du prince de Metternich. — Monstrueuse arrestation du général Kniaséwicz. — Le cabinet saxon vis-à-vis de ses puissants voisins. — Séjour incognito à Paris. — Les promesses de M. de Damas. — Notes du général Rogniat sur l'état d'esprit de l'armée prussienne. — Mes réflexions à ce sujet. — Au théâtre de Cassel. — A Weimar. — Gœthe. — A la table du grand-duc — Le prince Antoine de Saxe et les fromages du maréchal Mortier. — Je suis nommé contre mon gré sous-chef de division au ministère. — Départ définitif de Dresde. — A propos d'un projet de statue au général Pichegru. — Souvenirs du duc de Rovigo sur la mort du général Pichegru et sur la conspiration du général Malet. — L'abbé de Rohan.

Paris, octobre 1826.

A l'occasion de la mort de l'empereur Alexandre, survenue le 19 novembre 1825, à Taganrog, au cours du voyage qu'il avait entrepris pour visiter les provinces méridionales de son empire, j'ai plusieurs souvenirs à consigner ici.

Quelque temps avant que no survînt ce triste et important événement, je dinais chez le général de Canicoiï, quand il reçut des lettres lui donnant des détails sur le voyage impérial. On lui écrivait que le Tzar était émerveillé de la douce température dont il jouissait dans ces contrées, où il n'avait jamais besoin de porter un manteau; la chaleur était si prononcée II. 1

et la santé du Tzar était si parfaite qu'il avait renoncé à la flanelle et supprimé un vésicatoire qu'il portait depuis plusieurs années. Le général de Canicofï parut sincèrement affligé de ces deux petits derniers détails, et il le déplora tout haut : « L'Empereur, me dit-il, est sujet à des érésipèles, contre le retour desquels il a dû, depuis longtemps, adopter des précautions, que je lui vois, avec un grand chagrin, abandonner. Que l'Empereur, qui, dit-on, fait là-bas, et assez fréquemment, des parties sur l'eau, soit saisi par un refroidissement, ses maux anciens reparaîtront, et, ne trouvant plus les précautions qui les combattaient, ils pourront devenir fort dangereux pour sa vie. Avec de pareilles imprudences, je ne voudrais pas, mon cher Cussy, lui assurer une existence aussi longue que celle qui m'est encore réservée, à moi qui suis bien plus âgé que lui. » Ces imprudences dont parlait le général russe, ne peuventelles suffire à expliquer de façon toute naturelle la maladie et la mort de l'empereur Alexandre, sans que l'imagination -ait recours de suite au poison dont quelques personnes veulent absolument que le Tzar soit mort?... Pour ma part, je n'ai jamais cru à cette mort par le poison, et aujourd'hui je suis plus ferme encore dans ma conviction. Dernièrement, à Paris, j'ai en effet rencontré un médecin français établi à Taganrog, et qui a, en quelque sorte, suivi heure par heure le progrès du mal qui a enlevé le Tzar. Or, ce médecin m'a dit, qu'il peut faire tous les serments les plus sacrés, que l'empereur Alexandre est mort d'une mort naturelle, et, selon lui, d'un refroidissement, à la suite duquel il s'est toujours refusé, quand il en était encore temps, à être saigné. L'Empereur a fini par céder, mais trop tard, aux larmes et aux supplications de l'Impératrice, qui s'est montrée fort attentive et fort dévouée pendant la maladie, et pour laquelle il avait, depuis quelque temps, repris ses manières tendres.

Au surplus, selon MAL de Pachert et de Narischkine, ces gentilshommes russes dont j'ai eu déjà l'occasion de parler (1),

(1) Voir chap. xi.

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