CHAPITRE XXVIH 2H
sulat de Gênes, de ne plus être doté que d'un poste à peine équivalent à celui dont j'étais en possession, dans un pays agité, où je ne devais pas trouver, d'ailleurs, pour mon fils, les moyens d'instruction classique que j'avais en Allemagne. M. Guizot comprit mon refus, l'approuva, et, voulant me donner un témoignage de grande satisfaction, il me dit d'emporter la promesse que, dans le délai d'un an, j'aurais la cravate de commandeur de la Légion d'honneur. Hélasi voici bientôt deux années écoulées depuis cette formelle promesse du ministre, et j'attends toujours cette distinction, et peutêtre l'attendrai-je longtemps!... Verba isolant (1)...
Un peu plus loin, j'aurai à revenir sur cette affaire et à dire mon opinion sur M. Guizot et ses fallacieuses promesses.
Je retrouvai avec plaisir l'abbé de Pontchevron, que j'avais bien connu, quelque quinze ans auparavant, alors qu'il était aumônier de Mme la duchesse de Berry. Homme distingué par ses manières et son éducation, prêtre éminent, le marquis abbé de Pontchevron exerçait, avant 1830, en même temps que ses fonctions près de la duchesse de Berry, celles de grand vicaire du diocèse de Bcauvais, et se trouvait, dès lors, destiné à devenir évêque avant peu.
Légitimiste par le cœur, l'abbé de Pontchevron ne parle qu'avec convenance de la dynastie que la révolution de 1830 a appelée au trône. Il voulut bien se charger de l'instruction religieuse de mon fils, pour lui faire faire sa première communion et recevoir la confirmation; mais il accepta après force taquineries.
— Oui, c'est entendu; je prends votre fils, et j'en ferai un légitimiste, monsieur le consul général de « l'Usurpateur... »
— Mais, mon cher abbé, faites-en d'abord un bon catholique.
Ces deux grands actes de la vie du catholique eurent lieu,
(1) Oui, Verba volant. Ces années ont marché, sans m'apporter la distinction promise par M. Guizot; 1848 est arrivé, puis lastupide république Ce ne sont pas ces gens qui m'ont disgracié qui me donneront la cravate de commandeur. (Note.de l'auteur, 1849.)
au mois de mai 1842, le même jour, par les mains et dans la chapelle particulière de Mgr de Forbin-Janson, ancien évêque de Nancy, le duc de Rauzan et la marquise de Bonnay, parrain et marraine de mon fils, étant présents.
Homme de bien, d'un esprit ardent, ultra-royaliste avant 1830, légitimiste prononcé depuis, Mgr de Forbin-Janson avait cru, après la révolution de Juillet, par suite de ses opinions politiques, devoir quitter l'administration de son diocèse, et s'était retiré à Paris, faisant, d'ailleurs, de fréquents voyages à l'étranger. Pendant le dernier séjour qu'il a fait à Rome, en 1842, le Pape lui exprima le désir qu'il éprouvait de le voir se rapprocher du roi Louis-Philippe. Mgr de Forbin-Janson a saisi l'occasion de la funeste catastrophe de la mort du prince royal, pour aller exprimer au roi Louis-Philippe les sentiments de tristesse qui avaient animé son cœur en cette fatale circonstance. Il a dit une messe pour le repos de l'âme du prince dans la chapelle ardente où étaient déposés les restes de l'auguste défunt, et, en quittant l'autel il a eu, dans le cabinet du Roi, une conférence de près de deux heures dont il revint fort édifié et satisfait. Lui-même me raconta ces détails, quelques jours après, en présence de M. Charles de Mûller, mon ancien camarade des gardes du corps.
— Cependant, avait ajouté le prélat avec force et fierté, sachez que je suis toujours légitimiste. Le roi Louis-Philippe peut être le meilleur des souverains, jamais il ne sera pour moi qu'un usurpateur. Comme je dois être charitable, j'excuse, toutefois, ceux des anciens fidèles des Bourbons qui ont cru devoir se rallier au gouvernement de Juillet. On peut modifier sa foi politique, selon l'intérêt de son pays, les influences et les circonstances du moment; ce qu'on ne peut faire, par exemple, c'est de renier les préceptes de sa rehgion ni de transiger avec les lois de l'Eglise, et c'est pourquoi je déplore, comme prélat et comme catholique, l'insigne faiblesse des autorités diocésaines qui se sont si facilement laissé circonvenir lors des obsèques de M. Humann.