CHAPITRE XXXVI
que de se soumettre «s'est soumise, avant même que Palerme ait été attaquée et les chefs de son gouvernement provisoire sont partis précipitamment pour Malte! Brave île!... Déjà la Toscane, secouant enfin le joug des Guerrazzi, des Montanelli, des La Cecilia et des Livournais, a rappelé son grandduc!... Déjà la fougue guerrière s'est éteinte en Piémont, par suite de la défaite que le vieux maréchal autrichien Radetzki a infligée aux jactances italiennes, à Novare!... A bas donc la démagogique République romaine, proclamée par ce fou de prince Canino, fils de Lucien Bonaparte! A bas donc les Mazzini, les Saffi et les Garibaldi! A bas les hommes qui ont glorifié l'assassin du comte Rossi!
A Livourne, j'ai vu cet individu du nom de Garibaldi. Quelle ovation, quels hommages il a reçus de la populace stupide!... Dans cette foule, on distinguait les sicaires de la bande qu'il promenait en Italie, porteurs d'une blouse rouge, symbole, sans doute, de l'esprit sanguinaire qui les animait. Cette misérable populace! n'est-ce pas à cette époque que je l'ai vue venir crier, hurler la mort aux hommes qu'elle avait encensés huit jours avant!... Quand l'abbé Gioberti était venu à Livourne, il avait été l'objet de l'engouement des masses. Peu de temps après, on avait effacé son nom partout où il était inscrit et on le vouait aux enfers. Le marquis Ridolfi a été successivement applaudi et hué. On a crié : « Vive Pie IX ! Vive Léopold! Vive Charles-Albert! «; et, peu après : « Mort à Pie IX! Mort à Léopold! Mort au traître Charles-Albert! ... » Dans toutes les occasions, ce sont les mêmes hommes, ce sont les mêmes voix qui exaltent, puis qui maudissent.
Ah! grand Dieu! quand viendra pour nous, en France, le moment où l'on n'entendra plus crier : « Vive Ledru-Rollin! Vive Barbes! Vive Raspail!... » Tous ces noms de rhéteurs, d'énergumènes et de sicaires, proclamés, criés, hurlés, vomis par les voix qui, à l'occasion, font retentir les clubs et les
pour que les Anglais aient pu enregistrer une victoire au lieu d'une défaite. (Note de l'auteur.)
rues, sont autant de symboles et d'indices des mauvaises passions qui bouillonnent au fond des cœurs d'un trop grand nombre d'hommes chez nous!... Quand viendra le moment où notre pays, ayant retrouvé le calme, où la société, rentrée dans la voie de l'ordre et de la légalité dont une secousse imprévue, une surprise, un escamotage de l'opinion publique l'ont faite si violemment sortir au 24 février 1848, sera appelée par la Providence à apprendre encore à respecter, à aimer «es races de rois sous lesquels, en dernier lieu du moins, elle a été heureuse et prospère et a connu toutes les libertés désirables et dans toute l'étendue de la mesure possible pour une nation (1)?
N'est-ce pas une honte pour la France de maintenir en exil des jeunes princes de mérite et de vertu tels que le duc de Bordeaux, les ducs de Nemours et d'Aumale, le prince de Joinville et les enfants du noble duc d'Orléans?... N'est-ce pas à la branche aînée des Bourbons que la France doit l'établissement réel du gouvernement représentatif; la valeur rendue aux immeubles territoriaux dont la vente ne s'annonce plus sous la désignation « domaine patrimonial » et « domaine non-patrimonial », ces derniers, entachés par leur origine de confiscation sur les émigrés, trouvant difficilement acheteurs et se vendant au-dessous de leur valeur réelle; la reprise des relations de commerce et de navigation avec l'univers entier; la destruction de la piraterie dans la Méditerranée; la conquête de l'Algérie, etc.? N'est-ce pas au roi Louis-Philippe que la France doit tant d'institutions favorables aux basses classes et aux malheureux : crèches, salles d'asile, caisses d'épargne?... N'est-ce pas à lui que l'on devrait être reconnaissant de l'essor du commerce et de l'industrie, ainsi que de la durée de la paix?... Et le développement sage et sans secousses des principes égalitaires
(1) Beaucoup trop même. Je crois que la France sera toujours ingouvernable avec la liberté de la presse et celle des séances publiques des Chambres législatives, avec la garde nationale, avec le jury dans les affaires politiques... {Note de V auteur.)