CHAPITRE XXXVI
son lugubre s'en est allé, en écho sinistre, de ville en ville, de hameau en hameau, tant en France qu'en Allemagne et en Italie, ébranlant la foi et la croyance politique chez les hommes simples des classes secondaires de la société, que les ambitieux, les intrigants et les mécontents savent» en tous pays, agiter, avec des mots sonores, mais sans portée réelle?...
Après cette récente et déplorable épreuve, n'est-il pas nécessaire, n'est-il pas temps que les provinces sortent de tutelle et cherchent, par une part plus large dans l'administration du pays, à s'affranchir du joug et de la pression de Paris? N'est-il pas temps d'attaquer, de changer, de modifier tout au moins, au profit des provinces, et dès lors, au profit de tout le pays, ce système de centralisation administrative, si absolue, si tendue, qui soumet 35 millions de Français au caprice et à la mobilité de Paris, soumis luimême à une minorité conspiratrice et audacieuse qui s'appuie sur l'émeute? N'est-il pas temps, je le répète, que la pensée de décentralisation, existant depuis longtemps dans des esprits sages et réfléchis, marche et fasse son chemin en France et soit portée à l'Assemblée nationale, afin de voir s'établir chez nous un système mieux entendu d'administration municipale et d'administration départementale, un état de choses, en un mot, à peu près semblable à ce qui se passe en Angleterre, où, en quelque sorte, chaque comté s'administre lui-même, sans l'intervention du ministère?...
Et cette décentralisation administrative, n'est-ellc pas, d'ailleurs, une conséquence forcée de l'adoption que nous avons faite — Dieu veuille que nous n'ayons pas, un jour, à nous en repentir cruellement! — du suffrage universel et de l'état républicain?... Etendu à un corps unitaire de o5 millions d'individus, l'état républicain est exposé à de fréquentes et fâcheuses oscillations, parce que le principe de fixité que présente l'hérédité monarchique lui manque; et encore, parce que trop de vanités, trop d'ambitions se trouvent mises en jeu par le désir d'obtenir le pouvoir. Or,
ces oscillations, en partant du sommet de l'édifice, peuvent devenir beaucoup plus fatales pour tout le pays, avec l'administration unitaire et la centralisation absolue existant actuellement en France, qu'elles ne peuvent l'être, par exemple, aux Etats-Unis de l'Amérique septentrionale, dans la République helvétique ou dans une République telle qu'a été celle des Pays-Bas. Pourquoi donc, je le demande, les provinces françaises doivent-elles, toujours, être obligées, sans être consultées et sans pouvoir résister, d'accepter ce que quelques ambitieux conspirateurs de Paris décident?...
Agen, 8 mai 1849.
Voici de bonnes, d'excellentes nouvelles d'Italie.
Une expédition française, commandée par le général Oudinot, est partie pour Civita-Vecchia, dont elle a pris possession sans coup férir, les 24 et 25 avril. C'est d'un bon augure, et il faut espérer que, bientôt, aura sonné la dernière heure du règne des Mazzini, des Saffi et des Garibaldi, c'està-dire des démagogues rêveurs et ambitieux, des sicaires et des condottieri de l'anarchie et du désordre.
Déjà la Sicile, qui surchargeait ses journaux de phrases héroïques et vantardes et qui, naguère, dans un manifeste aux « nations civilisées » — distinction précieuse! Peaux- Rouges, Cafres, Hottentots et tutti qiiaïUi, il n'y a rien pour vous dans ce manifeste! — rappelant avec un doux cynisme la « valeur » dont elle a fait preuve lors des Vêpres siciliennes — boucherie ignoble dont ces insulaires sont tout aussi fiers que nous, de Marengo, d'Austerlitz, d'Iéna ou de Wagram; que les Prussiens de Rossbach; ou que les Anglais de Waterloo (1) — annonçait que « tous ses fils mourraient plutôt
(1) Les Anglais sont fiers de leur victoire de Waterloo. Mais cette victoire leur appartient-elle réellement?... Le duc de Wellington allait quitter la partie, quand des circonstances tout à fait imprévues se sont produites et ont décidé la perte de la bataille pour les Français : d'une part, l'erreur et l'entêtement du général Grouchy, qui laisse le chemin libre aux Prussiens; d'autre part, l'arrivée inespérée du prince de Blticher. Il a fallu tout cela