SÉJOUR A MODON
tout; mais ce petit ensemble avait une couleur orientale qui faisait penser aux tableaux de Decamps, et qui me ravissait.
Sur une grande place, la seule qu'il y eût, s'ouvrait la porte d'entrée, de construction vénitienne; et près de là on voyait l'habitation d'Ibrahim, où de petites fenêtres, fermées par des treillages d'un bois foncé, indiquaient le harem.
Cette ville a-t-elle été construite sur l'emplacement de l'ancienne Méthone? Je ne me chargerai certes pas de résoudre la question; mais ce que je puis dire, c'est que j'allai, avec M. Dubois, visiter l'endroit où quelques savants prétendaient qu'existait la ville antique, et il nous fut impossible de trouver aucune trace de constructions helléniques, si ce n'est, plus loin, dans un torrent, des fragments de mosaïque et quelques morceaux de vases antiques.
On le voit, il n'y avait pas à espérer une bien belle récolte dans un endroit pareil, et nous ne faisions pas grand'chose, comme le remarquait ma sœur; aussi saisissions-nous avec empressement toutes les distractions qui
se présentaient. L'arrivée du colonel Fabvier fut donc pour nous un sujet de bien vive curiosité. Il était accompagné de deux jeunes gens, ses aides de camp. J'ai vu peu d'hommes aussi élégants, aussi beaux, et de caractères aussi différents, que M. de Mollière et 31. Desmaisons : celui-ci, blond, d'une figure douce et aimable; l'autre, brun, noirci par le soleil; tous deux ayant donné déjà des preuves nombreuses d'une bravoure chevaleresque. Le beau costume de palikare ajoutait encore à leur élégance.
Fabvier même, que j'ai revu depuis en simple habit noir à Paris , gagnait au costume grec, et il avait beaucoup à faire, car sa tête n'était rien moins que belle; mais, vêtu ainsi, sa tournure massive et commune disparaissait un peu, et le turban lui donnait une certaine physionomie. J'avais pour lui une lettre, qui me fit accueillir de la meilleure grâce, et je le rencontrai souvent chez les aides de camp du maréchal, qui habitaient l'ancien harem d'Ibrahim.
C'était là que nous allions le plus souvent passer nos soirées, et il eût été difficile de