SOUVENIRS. — CHAPELLE ET COUVENT GRECS
Nous étions à peine installés sous un magnifique platane, que plusieurs moines vinrent très-gaiement se joindre à nous, en apportant du vin et quelques excellentes provisions qui nous manquaient. Deux d'entre eux seulement acceptèrent notre invitation et prirent part au déjeuner. Un jeu qui paraissait les amuser beaucoup, et qu'ils nous apprirent, consistait à frapper un œuf rouge contre l'œuf que tenait le voisin, et l'œuf qui résistait indiquait quel était le bon chrétien des deux joueurs. Ce jeu, un peu naïf, contrastait avec la tournure, le costume et les figures à longue barbe des moines. Ils nous firent les honneurs de leur monastère, et, pendant cette visite, l'un d'eux, qui savait quelques mots de français, nous dit qu'ils ne passaient pas un jour sans adresser au ciel des prières pour les Français qui les avaient délivrés d'Ibrahim. Je constate cette reconnaissance. Le cas est assez rare.
Nous prîmes congé de ces bons moines, et je ne pus m'empêcher, en les quittant, de jeter encore un regard sur les beaux pieds de marbre que je ne devais plus revoir.