‹ SouvenirsChapitre 40 sur 67 · UN PRÉFET GREC · texte numérisé non relu

UN PRÉFET GREC

plissait et nous présentait; la domestique placée près d'elle nous avançait alors un grand verre d'eau, un peu comme lorsqu'il s'agit de faire avaler une médecine. Ma maladresse, au moment où la préfète était devant moi, eut un succès plaisant. La cuiller qu'elle me présentait étant trop pleine, je vis le moment oi^i la confiture allait tomber; d'un mouvement machinal et très-prompt, j'avançai la tète, et la préfète, trouvant ma bouche à portée, y fourra la cuiller en éclatant de rire. Je ne m'y attendais pas, j'avais la bouche pleine, j'étouffais : aussi le verre d'eau me fut fort utile, en ce qu'il me permit de reprendre haleine; je pus alors me mêler aux rires de la société.

Pendant que nous étions chez le préfet, quelques jeunes gens très-éléganls vinrent lui rendre visite. C'était la première fois que je voyais en Grèce un intérieur du monde officiel. Je fus frappé de la différence de politesse qui existait entre cette société et la nôtre. Les femmes y remplissaient plus ou moins un rôle subalterne; les hommes paraissaient peu se soucier de leur présence, causaient constamment entre eux, et

même s'occupaient, à mon grand élonnement, des détails de leur costume, tâlaient l'étoffe de leur foustanelle, en faisaient ressortir la finesse et le moelleux. Cela a-t-il changé? je le suppose et je l'espère.

Si j'avais eu hâte d'arriver à Messène, mon désir était bien plus vif encore de voir cette plaine d'Olympie oii nous devions nous installer pour faire des fouilles, ce qui enfin était le vrai but de notre voyage. M. Dubois, que son âge rendait plus calme, et peut-être moins curieux, nous fit faire entre Pyrgos et Olympie une station inutile. Si sa pensée était de reconnaître l'emplacement d'Héraclée, elle ne fut pas heureuse, car, Trézel et moi, envoyés à la découverte, après avoir remonté le cours de la petite rivière Linitza jusqu'à Lantzoi, qui n'est pas sur la carte, nous ne pûmes apercevoir le moindre vestige de ruines, et cette petite excursion ne nous procura que le plaisir de traverser un défilé où d'immenses pins, poussant au milieu des rochers, produisaient des lignes trèsaccidentées et fort belles.

A notre retour au campement, nous trou-

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