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RETOUR DE FORTUNE

cette espèce de rente, j'en étais heureux pour elle. Quelquefois, lorsqu'elle était souffrante ou trop fatiguée, elle me priait de la remplacer.

Un jour, je la remplaçai tout à fait.

C'est que, ce jour-là, ma sœur n'avait plus besoin de si modestes gains.

Comme dans un roman dont la (in est heureuse et montre la vertu récompensée, ma sœur rencontra plusieurs fois, chez notre oncle Guyet, un cousin à lui, riche notaire de Paris, aimable homme, spirituel, qui fut touché du récit de cette courageuse existence, aussi de la grâce et du charme que ma sœur possédait encore. Elle n'avait que trente-deux ans. Un amour très- vif succéda à l'admiration, et, en 1832, Guyet-Desfontaines mit aux pieds de madame ChaSsériau sa brillante fortune.

Ce mariage causa de grandes jalousies parmi les amies intimes de ma sœur; mais tous ceux qui avaient su apprécier son caractère et qui l'aimaient vraiment s'en réjouirent en toute sincérité. Mon nouveau beau-frère avait ce qui ne se rencontre pas toujours avec sa profession : le sentiment des arts, de la littéiaturo.

de la musique surtout. Le milieu dans lequel il se trouva tout de suite lui convint tellement, que je vis diminuer chez lui l'amour des affaires et du notariat. Madame de Girardin , Alexandre Dumas, Delacroix, ancien camarade de mon beau-frère, tous mes amis, qui, en peu d'années, avaient acquis une notoriété très-grande, suivirent ma sœur, devenue madame Guyet -Desfontaines, dans sa nouvelle habitation. Mais que le cadre était changé! Mon beau-frère avait vendu son étude, était devenu député de la Vendée, avait acheté un magnifique hôtel rue d'Anjou-Saint-Honoré, et c'est dans ses salons dorés qu'étaient reçus les anciens habitués du quai Gonti. A ceux-là se joignirent des membres de la Chambre : Odilon Barrot, Luneau, l'amiral Lalande; les ministres Montalivet, Cunin-Gridaine, Lacave-Laplagne; enfin, Armand Bertin, dont la verve et l'esprit ne tarissaient pas un instant. Tous paraissaient heureux d'échapper pendant quelques heures à leur triste politique, pour entendre de la vraie et belle musique, exécutée par les plus fameux artistes, et se retremper au milieu d'une

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société d'hommes distingués, et même illustres. Il y aurait peut-être un récit curieux à faire des soirées de la rue d'Anjou, qui devinrent fort à la mode, et dont les programmes, variés à l'infini par le génie inventif de ma sœur, étaient plus curieux et plus inattendus les uns que les autres. C'est à une de ces soirées, en elTet, qu'Alexandre Dumas nous fit la lecture de Mademoiselle de Belle-Isle, en répétition alors au Théâtre-Français; à une autre, que madame Darcier, Mocker et Bussine chantèrent, avec l'orchestre du Conservatoire, le ravissant opéra de Reber : la Nuit de Noël. Puis, c'étaient des folies extravagantes : VOurs et le Pacha, avec Odry dans son rôle de Marécot, Paul de Musset en pacha, etc., etc.; une très-spirituelle féerie d'Anicet Bourgeois, machinée par Séchan et jouée par madame Damoreau, par Delsarte et par mon ami Geffroy ; une fêle de village oii Alexandre Dumas, en mat de cocagne, était harangué par Méry,

déguisé en maire du pays Bien d'autresdé-

tails encore pourraient ne pas être sans intérêt, d'autant que j'ai conservé tous les maté-

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