VOYAGE DE MA SOEUR A VICHY
De nombreux parents de notre mère, fille d'un médecin de Cusset, existaient encore dans ce pays : cela décida ma sœur à suivre les conseils de M. Ferrus. Elle demanda l'hospitalité à une de ses cousines, qui la reçut à bras ouverts.
Quoique ce voyage soit postérieur de quelques mois à l'époque de notre existence que je me propose de raconter ici, j'y ai fait allusion pour citer la lettre que ma sœur m'écrivit alors de Cusset, et qui donnera tout de suite la note juste de son caractère.
« Samedi 2 juillet. — Cusset.
(( Eh bien, cher Amaury, que fais-tu? que (( deviens-tu? Depuis huit jours, une seule lettre (( de Paris m'est parvenue, et je n'ai aucune (( nouvelle de notre père, de ma fille! Sois « assez gentil pour m'en donner le plus tôt « possible, et de longs détails sur ce Paris que « je ne puis quitter sans éprouver une tristesse (( profonde.
(( Rien de plus beau que ce pays-ci : c'est-à- (( dire que je te regrette à chaque pas, à chaque « beauté nouvelle. Je n'ai encore vu que
c( Vichy, Cusset et les Grivats : eh bien! je ne sais « lequel de ces sites je préfère; chacun de ces « pays a un aspect différent. Quelle belle nature !
« La société est moins belle que la nature; et i< puis j'ai tant de parents que je m'y perds, et ce que cela devient fatigant.
« Il m'a fallu, en arrivant, rétablir ma « réputation endommagée très- fortement par « madame F..., dont je n'avais pas vu la fille (( à Paris, et qui a répandu le bruit que j'étais (( une bégueule, une chipie, une Parisienne (( enfin! Mais j'ai paru, et j'ai triomphé! J'ai « dans ce moment un succès d'enthousiasme. (( On me trouve d'une amabilité si rare que les « prévenances, les parties de plaisir m'acca- « blent. Je n'entre pas dans une maison qu'on « ne fasse sur-le-champ de la musique, parce « qu'on sait que je suis une tres-grande musi- (( cienne, et alors on fait chanter des enfants de « cinq ans; et que me chantent-ils?... la Pari- (.( sienne! Les plus âgés jouent des petits airs :( connus sur le piano, ou bien leur sonate sur le (( violon : c'est à en mourir.
(( Il y a spectacle ici dans une grange, au-